⚔️

Les versets de combat dans le Coran

Contexte historique, exégèse et réponse aux décontextualisations

Introduction

Certains versets du Coran sont régulièrement cités — par les critiques de l’Islam et par les extrémistes — comme preuve que l’Islam prône la violence aveugle. L’ironie est que les deux camps commettent exactement la même erreur méthodologique : ils isolent un verset de son contexte, ignorent les versets qui l’entourent, et en tirent une lecture universelle que les savants musulmans ont toujours rejetée.

Ce que je vais démontrer dans cet article :

  1. Chacun de ces versets a un contexte historique précis (asbab an-nuzul) sans lequel il est inintelligible
  2. Les versets adjacents, systématiquement omis, contredisent la lecture violente
  3. Les savants classiques (Ibn Kathir, Al-Qurtubi, At-Tabari) ont toujours compris ces versets dans un cadre défensif et conditionnel
  4. Le cadre coranique global pose des limites strictes au combat

Je couvrirai les 9 versets les plus fréquemment décontextualisés, un par un, avec le texte complet, le contexte de révélation, l’exégèse des savants, et les versets adjacents que l’on omet systématiquement.


Principes d’exégèse à connaître avant tout

Avant d’analyser les versets, il faut comprendre quatre principes fondamentaux de lecture du Coran que tout étudiant en sciences islamiques connaît :

1. Le Coran n’est pas organisé chronologiquement

Les sourates ne suivent pas l’ordre de révélation. La sourate At-Tawbah (n°9) — qui contient les versets les plus cités — est l’une des dernières révélées, dans un contexte de conflit ouvert avec les tribus polythéistes qui avaient violé les traités de paix. Ignorer ce contexte, c’est lire un article de loi sans connaître le code dans lequel il s’inscrit.

2. Un verset ne se lit jamais seul

L’unité de sens en exégèse coranique n’est pas le verset isolé, mais le passage entier (maqta’). Citer le verset 9:5 sans les versets 9:1-13 qui forment un bloc indissociable, c’est comme citer l’article 122-5 du Code pénal français (« N’est pas pénalement responsable la personne qui, devant une atteinte injustifiée, accomplit un acte commandé par la nécessité de la légitime défense ») en omettant le mot « légitime défense » pour prouver que la loi française autorise le meurtre.

3. Les asbab an-nuzul (causes de révélation) sont essentiels

Chaque verset a été révélé en réponse à une situation précise. Sans cette information, toute interprétation est spéculative. C’est pour cela que des sciences entières (ulum al-Quran) existent depuis le IIe siècle de l’Hégire.

4. La distinction entre commandements universels et contextuels

Les savants distinguent entre :

  • Les principes universels (al-ahkam al-'amma) : « Nulle contrainte en religion » (2:256), « Quiconque tue une âme […] c’est comme s’il avait tué l’humanité entière » (5:32)
  • Les commandements contextuels (al-ahkam al-khassa) : liés à un événement, un lieu, un ennemi spécifique

Les versets de combat appartiennent à la seconde catégorie. Les versets de paix, de justice et de non-contrainte appartiennent à la première.


Les 9 versets les plus cités, analysés un par un

1. Sourate At-Tawbah (9) : 5 — « Le verset de l’épée »

Le verset isolé (tel qu’il est cité)

« Tuez les associateurs où que vous les trouviez. Capturez-les, assiégez-les et guettez-les dans toute embuscade. »
— Coran, Sourate At-Tawbah (9) : 5

Le contexte complet : versets 9:1-13

Ce verset fait partie d’un bloc de 13 versets qui raconte un événement précis : la rupture unilatérale des traités de paix par les tribus polythéistes de La Mecque. Voici le début de ce bloc :

« Désaveu de la part d’Allah et de Son Messager à l’égard des associateurs avec qui vous avez conclu un pacte. »
— Coran, Sourate At-Tawbah (9) : 1

Puis Allah accorde un délai de 4 mois aux polythéistes :

« Parcourez la terre durant quatre mois ; et sachez que vous ne réduirez pas Allah à l’impuissance. »
— Coran, Sourate At-Tawbah (9) : 2

Le verset 9:4 exclut explicitement ceux qui respectent le traité :

« À l’exception des associateurs avec lesquels vous avez conclu un pacte, puis ils ne vous ont manqué en rien, et n’ont soutenu personne [à lutter] contre vous : respectez pleinement le pacte conclu avec eux jusqu’au terme convenu. »
— Coran, Sourate At-Tawbah (9) : 4

Puis vient le verset 9:5. Et immédiatement après, le verset que personne ne cite :

« Et si l’un des associateurs te demande asile, accorde-le lui, afin qu’il entende la parole d’Allah, puis fais-le parvenir à son lieu de sécurité. C’est parce que ce sont des gens qui ne savent pas. »
— Coran, Sourate At-Tawbah (9) : 6

Ce que dit le Tafsir

Ibn Kathir explique que ce verset concerne exclusivement les polythéistes qui avaient violé les traités et déclaré la guerre aux musulmans. Le verset 9:6 prouve qu’il ne s’agit pas d’un commandement universel de tuer tout non-musulman, puisque l’asile doit être accordé à quiconque le demande — même en plein milieu de ce conflit.

Al-Qurtubi (le grand exégète malékite) précise dans son Al-Jami’ li Ahkam al-Quran que le « tuez-les » est conditionné par la rupture du pacte et l’agression préalable, et que le verset 9:6 constitue une abrogation partielle du verset 9:5 : même dans le cas de guerre, la protection doit être accordée.

Synthèse

Élément Réalité
Cible Les polythéistes qurayshites ayant rompu le traité
Condition Après violation du pacte ET un délai de 4 mois
Exception Ceux qui respectent le traité (9:4)
Immédiatement après Obligation d’accorder l’asile (9:6)
Commandement universel ? Non — contexte de conflit spécifique

2. Sourate Al-Baqarah (2) : 191 — « Tuez-les où que vous les trouviez »

Le verset isolé

« Et tuez-les, où que vous les rencontriez ; et chassez-les d’où ils vous ont chassés. »
— Coran, Sourate Al-Baqarah (2) : 191

Le verset d’avant (2:190) — toujours omis

« Combattez dans le sentier d’Allah ceux qui vous combattent, et ne transgressez pas. Certes, Allah n’aime pas les transgresseurs. »
— Coran, Sourate Al-Baqarah (2) : 190

Le verset d’après (2:192) — toujours omis

« S’ils cessent, Allah est, certes, Pardonneur et Miséricordieux. »
— Coran, Sourate Al-Baqarah (2) : 192

Analyse

Le verset 2:190 pose trois conditions avant tout combat :

  1. « Ceux qui vous combattent » — c’est défensif
  2. « Ne transgressez pas » — limites strictes
  3. « Allah n’aime pas les transgresseurs » — avertissement divin

Le verset 2:191 est donc la suite d’un commandement défensif, pas un ordre d’agression. Et le verset 2:192 ordonne explicitement d’arrêter si l’ennemi cesse.

Ibn Kathir commente : « Ce verset a été le premier à être révélé au sujet du combat. Il limite le combat à ceux qui combattent les musulmans, et interdit de combattre ceux qui ne combattent pas. »

Contexte historique : ce passage a été révélé lorsque les musulmans, chassés de La Mecque, ont reçu l’autorisation de se défendre après 13 ans de persécution sans aucune riposte.


3. Sourate Al-Anfal (8) : 12 — « Frappez au-dessus des cous »

Le verset

« [Rappelle-toi] quand ton Seigneur révéla aux anges : “Je suis avec vous : affermissez donc les croyants. Je vais jeter l’effroi dans les cœurs des mécréants. Frappez donc au-dessus des cous et frappez-les sur tous les bouts des doigts.” »
— Coran, Sourate Al-Anfal (8) : 12

Analyse critique

Ce verset présente deux éléments que les lecteurs hors contexte ignorent :

  1. Le sujet de la phrase est Allah s’adressant aux anges (إِذْ يُوحِي رَبُّكَ إِلَى الْمَلَائِكَةِ — « quand ton Seigneur révéla aux anges »). Ce n’est pas un commandement adressé aux musulmans.

  2. Le contexte est la bataille de Badr (2e année de l’Hégire) — un affrontement militaire spécifique où 313 musulmans faisaient face à 1000 combattants qurayshites venus les attaquer.

Ibn Kathir explique que ce verset décrit l’intervention divine à Badr : Allah rassure les croyants en disant qu’Il envoie les anges les aider dans cette bataille précise. Ce n’est pas un commandement général de violence.

Le verset suivant (8:13) confirme le contexte défensif :

« Cela, parce qu’ils se sont opposés à Allah et à Son messager. »
— Coran, Sourate Al-Anfal (8) : 13


4. Sourate At-Tawbah (9) : 29 — « Combattez ceux qui ne croient pas » (la jizya)

Le verset

« Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier, qui n’interdisent pas ce qu’Allah et Son messager ont interdit et qui ne professent pas la religion de la vérité, parmi ceux qui ont reçu le Livre, jusqu’à ce qu’ils versent la capitation (jizya) par leurs propres mains, après s’être humiliés. »
— Coran, Sourate At-Tawbah (9) : 29

Contexte historique

Ce verset a été révélé dans le contexte de l’expédition de Tabuk (9e année de l’Hégire), lorsque l’Empire byzantin massait des troupes aux frontières nord de l’État médinois, menaçant d’envahir la péninsule arabique.

La jizya en contexte

La jizya était un impôt de protection versé par les non-musulmans en échange de :

  • La protection militaire (les dhimmis étaient dispensés de service militaire)
  • La liberté de culte totale
  • L’accès aux services publics de l’État

À titre comparatif, les musulmans payaient la zakat (2,5% de leur richesse), souvent supérieure à la jizya. Le calife 'Umar ibn al-Khattab رضي الله عنه a même remboursé la jizya aux chrétiens de Homs lorsque l’armée musulmane ne pouvait plus assurer leur protection face aux Byzantins, en leur disant : « Nous vous rendons votre argent car nous ne pouvons plus vous protéger. »

Al-Qurtubi commente que ce verset ne s’applique qu’en cas de conflit armé avec des puissances hostiles, et que la jizya est une alternative au combat — c’est-à-dire que le verset offre une porte de sortie au conflit, pas un appel à la guerre.


5. Sourate Muhammad (47) : 4 — « Frappez les cous »

Le verset complet (qu’on ne cite jamais en entier)

« Lorsque vous rencontrez [au combat] ceux qui ont mécru, frappez-en les cous. Puis, quand vous les avez dominés, enchaînez-les solidement. Ensuite, c’est soit la grâce, soit la rançon, jusqu’à ce que la guerre dépose ses fardeaux. »
— Coran, Sourate Muhammad (47) : 4

Ce qu’on omet systématiquement

La partie essentielle du verset est la fin : « soit la grâce, soit la rançon » (فَإِمَّا مَنًّا بَعْدُ وَإِمَّا فِدَاءً). Cela signifie que les prisonniers de guerre doivent être soit libérés gratuitement, soit échangés contre rançon. C’est un commandement de clémence après la victoire, pas un appel au massacre.

De plus, l’expression « jusqu’à ce que la guerre dépose ses fardeaux » indique clairement que tout ceci est conditionnel à un état de guerre. Ce n’est pas un commandement permanent.

Ibn Kathir commente : « Allah ordonne de bien traiter les prisonniers de guerre, et offre le choix entre la libération gratuite et la rançon. »

Position malékite : L’imam Malik dans le Muwatta et les juristes malékites ultérieurs considèrent que la libération des prisonniers (al-mann) est préférable lorsqu’elle ne présente pas de risque pour les musulmans.


6. Sourate Al-Baqarah (2) : 216 — « Le combat vous a été prescrit »

Le verset

« Le combat vous a été prescrit alors qu’il vous est désagréable. Or, il se peut que vous ayez de l’aversion pour une chose alors qu’elle est un bien pour vous ; et il se peut que vous aimiez une chose alors qu’elle est un mal pour vous. Allah sait, alors que vous ne savez pas. »
— Coran, Sourate Al-Baqarah (2) : 216

Analyse

Ce verset est souvent présenté comme si l’Islam imposait la guerre comme obligation permanente. Trois éléments à noter :

  1. Le contexte est celui de Médine : les musulmans, récemment installés après avoir fui la persécution mecquoise, devaient se défendre contre les attaques des Quraysh. Ce verset reconnaît que le combat est pénible mais nécessaire dans ce contexte défensif.

  2. « Alors qu’il vous est désagréable » (وَهُوَ كُرْهٌ لَّكُمْ) : le Coran lui-même dit que le combat est détestable par nature. C’est l’exact opposé d’un appel à la violence.

  3. Les conditions du combat sont définies par les autres versets de la même sourate, notamment 2:190 (ne combattre que ceux qui vous combattent) et 2:192 (cesser si l’ennemi cesse).

At-Tabari commente que ce verset a été révélé lorsque les musulmans hésitaient à se défendre, préférant endurer la persécution. Allah leur rappelle que la défense de la communauté est un devoir, même si elle est pénible.


7. Sourate An-Nisa (4) : 89 — « Saisissez-les et tuez-les »

Le verset

« Ils aimeraient vous voir mécréants comme ils ont mécru, afin que vous soyez tous égaux. Ne prenez donc pas d’alliés parmi eux, jusqu’à ce qu’ils émigrent dans le sentier d’Allah. Mais s’ils se détournent, saisissez-les alors, et tuez-les où que vous les trouviez. »
— Coran, Sourate An-Nisa (4) : 89

Le verset d’après (4:90) — toujours omis

« Excepté ceux qui se joignent à un groupe avec lequel vous avez conclu une alliance, ou ceux qui viennent chez vous, le cœur serré d’avoir à vous combattre ou à combattre leur propre peuple. Si Allah avait voulu, Il leur aurait donné l’emprise sur vous et ils vous auraient certainement combattus. S’ils restent neutres à votre égard et ne vous combattent point, et qu’ils vous offrent la paix, alors Allah ne vous donne pas de chemin contre eux. »
— Coran, Sourate An-Nisa (4) : 90

Contexte

Ibn Kathir et At-Tabari rapportent que ce passage concerne les munafiqun (hypocrites) qui faisaient partie de la communauté musulmane de Médine mais espionnaient pour le compte des Quraysh et trahissaient les musulmans en temps de guerre. Ce sont des traîtres en temps de conflit armé — pas des non-musulmans en général.

Le verset 4:90 établit ensuite quatre exceptions à cette règle :

  1. Ceux qui ont un pacte avec les musulmans
  2. Ceux qui refusent de combattre les musulmans
  3. Ceux qui restent neutres
  4. Ceux qui offrent la paix

Et la conclusion est sans appel : si l’ennemi offre la paix, « Allah ne vous donne pas de chemin contre eux » — c’est-à-dire que le combat est interdit.


8. Sourate At-Tawbah (9) : 123 — « Combattez les mécréants proches de vous »

Le verset

« Ô vous qui croyez ! Combattez ceux des mécréants qui sont près de vous ; et qu’ils trouvent de la dureté en vous. Et sachez qu’Allah est avec les pieux. »
— Coran, Sourate At-Tawbah (9) : 123

Contexte

Ce verset est un conseil stratégique militaire, pas un principe théologique. Il a été révélé dans le contexte des menaces multiples qui pesaient sur l’État médinois :

  • Au sud : les tribus polythéistes hostiles
  • Au nord : l’Empire byzantin
  • À l’intérieur : les hypocrites

Ibn Kathir commente que ce verset indique une priorité stratégique : en cas de menaces simultanées, traiter d’abord les menaces les plus proches. C’est de la doctrine militaire, pas un commandement religieux permanent.

Al-Qurtubi ajoute que « ceux qui sont près de vous » désigne spécifiquement les tribus hostiles qui menaçaient directement les frontières de Médine.


9. Sourate Al-Anfal (8) : 39 — « Combattez-les jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de fitna »

Le verset

« Et combattez-les jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de fitna et que la religion soit entièrement à Allah. S’ils cessent, Allah observe bien ce qu’ils font. »
— Coran, Sourate Al-Anfal (8) : 39

Le mot-clé : fitna

Tout repose sur la traduction de fitna (فِتْنَة). Ce mot est souvent traduit par « mécréance » ou « tentation » par les traducteurs non spécialisés. Mais les exégètes classiques sont unanimes :

Ibn Kathir : « La fitna ici signifie le shirk (associationnisme) et la persécution des croyants. »

At-Tabari : « Combattez-les jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de persécution religieuse (fitna), c’est-à-dire que plus personne ne soit torturé ou forcé à abandonner sa religion. »

Le verset ordonne donc de combattre la persécution, pas les personnes. Et la condition de fin est claire : « S’ils cessent » — si la persécution s’arrête, le combat s’arrête.

Et 22 versets plus loin, dans la même sourate :

« Et s’ils inclinent à la paix, incline vers celle-ci [toi aussi] et place ta confiance en Allah. »
— Coran, Sourate Al-Anfal (8) : 61

C’est un commandement divin d’accepter la paix quand l’ennemi la propose.


Le cadre général du jihad en Islam

Définition : effort, pas « guerre sainte »

Le mot jihad (جهاد) signifie littéralement effort ou lutte. L’expression « guerre sainte » est une invention des chroniqueurs des Croisades — elle n’existe pas en arabe et n’a jamais été utilisée dans les sources islamiques.

Le Prophète ﷺ a dit, en revenant d’une expédition :

« Nous revenons du petit jihad vers le grand jihad. » On lui demanda : « Qu’est-ce que le grand jihad ? » Il répondit : « Le jihad de l’âme (contre soi-même). »

Note méthodologique : Ce hadith est rapporté par Al-Bayhaqi dans Az-Zuhd et considéré faible (da’if) dans sa chaîne de transmission. Cependant, son sens est confirmé par de nombreux versets et hadiths sahih sur la lutte intérieure (mujahadat an-nafs). Je le mentionne pour sa notoriété, tout en signalant sa faiblesse.

Les conditions du jihad militaire selon le madhab Maliki

Les juristes malékites, notamment Ibn Rushd (Averroès) dans Bidayat al-Mujtahid, et Al-Qurtubi dans son Tafsir, ont établi des conditions strictes :

Condition Détail
Autorité légitime Seul le dirigeant légitime (imam/calife) peut déclarer le jihad. Aucun individu ni groupe ne peut le faire de son propre chef.
Caractère défensif Le jihad est avant tout une réponse à une agression. La norme est la paix.
Dernière option Le combat n’intervient qu’après épuisement des voies diplomatiques.
Proportionnalité L’interdiction de « transgresser » (2:190) implique le respect de limites strictes.
Protection des non-combattants Femmes, enfants, vieillards, religieux, civils sont intouchables.

Les interdictions explicites en temps de guerre

Le Prophète ﷺ a posé des règles claires, rapportées dans des hadiths sahih :

« Le Prophète ﷺ interdit le meurtre des femmes et des enfants. »
— Sahih al-Bukhari 3015, Sahih Muslim 1744a

Abu Bakr as-Siddiq رضي الله عنه, premier calife, a donné ces instructions à Yazid ibn Abi Sufyan lorsqu’il envoyait les armées en Syrie :

« Je te recommande dix choses : ne tue pas de femme, ni d’enfant, ni de vieillard infirme. Ne coupe pas d’arbre fruitier. Ne détruis pas de lieu habité. N’égorge pas de mouton ni de chameau sauf pour te nourrir. Ne brûle pas d’abeilles et ne les disperse pas. Ne vole pas du butin. Et ne sois pas lâche. »
— Muwatta Malik, Livre 21, Hadith 10 (réf. arabe : 971)

Le verset fondateur : « Nulle contrainte en religion »

« Nulle contrainte en religion ! Car le bon chemin s’est distingué de l’égarement. Quiconque donc renie le Taghut tandis qu’il croit en Allah saisit l’anse la plus solide, qui ne peut se briser. Et Allah est Audient et Omniscient. »
— Coran, Sourate Al-Baqarah (2) : 256

Ce verset est considéré comme non abrogé par l’écrasante majorité des savants, y compris Ibn Taymiyyah, At-Tabari et As-Suyuti. Il établit un principe universel et permanent : personne ne peut être forcé à embrasser l’Islam.


Réponse aux objections courantes

Objection 1 : « Le verset de l’épée abroge les versets de paix »

Cette position est minoritaire et rejetée par la majorité des savants.

L’idée que le verset 9:5 abroge (naskh) les 124 versets de paix du Coran a été avancée par certains juristes tardifs, mais elle est rejetée par :

  • Ibn Kathir : qui interprète 9:5 comme contextuel et non abrogatoire des principes universels
  • At-Tabari : qui maintient que les versets de paix et les versets de combat s’appliquent chacun à leurs contextes respectifs
  • Al-Qurtubi : qui considère que le verset 9:6 (asile) limite lui-même la portée du verset 9:5
  • Ash-Shafi’i : qui rejette l’abrogation massive et considère que les versets se complètent

La position du madhab Maliki est que les versets de combat sont contextuels (khass) et les versets de paix sont généraux ('amm). Le contextuel s’applique à son contexte ; le général s’applique universellement.

Objection 2 : « L’Islam s’est répandu par l’épée »

L’histoire réfute cette affirmation.

  • L’Indonésie (le plus grand pays musulman au monde, 270 millions de musulmans) n’a jamais été conquise par une armée musulmane. L’Islam y a été propagé par des marchands et des soufis.
  • L’Afrique de l’Ouest (Mali, Sénégal, Guinée, Nigeria) : l’Islam s’est propagé par le commerce transsaharien et les confréries soufies, pas par la conquête militaire.
  • L’Asie centrale et la Malaisie : même schéma — commerce et prédication pacifique.

Si l’Islam s’était répandu par l’épée, comment expliquer que des millions de chrétiens coptes vivent en Égypte après 14 siècles de gouvernance musulmane ? Que des communautés chrétiennes et juives aient prospéré dans l’Espagne musulmane (Al-Andalus) pendant 800 ans ?

Objection 3 : « Mais les extrémistes citent ces versets »

C’est précisément le problème : les extrémistes font la même erreur de méthode que les islamophobes. Ils isolent des versets de leur contexte pour justifier leur idéologie, en ignorant :

  • Les conditions posées par les versets adjacents
  • Les hadiths qui limitent le combat
  • Les 14 siècles de jurisprudence qui encadrent ces textes
  • Le consensus des savants sur le caractère défensif du jihad

Daesh, Al-Qaida et les groupes similaires sont condamnés par l’écrasante majorité des institutions islamiques mondiales : Al-Azhar (Égypte), Dar al-Ifta (Égypte), la Ligue islamique mondiale, le Conseil Européen de la Fatwa, et des centaines de savants qui ont signé la Lettre à Al-Baghdadi (2014), un document de 18 pages détaillant les 24 violations des principes islamiques commises par Daesh.


Position des savants et consensus

Consensus (ijma’) sur le caractère défensif

Le consensus ('ijma) des savants contemporains, soutenu par la majorité des savants classiques, est que :

  1. Le jihad militaire est défensif comme norme (al-asl)
  2. L’agression offensive est interdite (2:190)
  3. La paix est obligatoire quand l’ennemi la propose (8:61)
  4. Les non-combattants sont protégés sans exception
  5. La conversion forcée est interdite (2:256)

Position malékite détaillée

Ibn Rushd (Averroès, m. 595 H) écrit dans Bidayat al-Mujtahid :

Les juristes malékites considèrent que le jihad est un fard kifaya (obligation collective, pas individuelle) qui ne devient fard 'ayn (obligation individuelle) que lorsque l’ennemi envahit un territoire musulman. En dehors de ce cas, c’est une obligation collective dont la communauté s’acquitte par la présence d’une armée.

Al-Qurtubi (m. 671 H), le plus grand exégète malékite, résume ainsi dans son Tafsir : les versets de combat ont des contextes précis, et les principes de paix, de justice et de non-contrainte sont les fondements permanents.

Positions des autres madhahib

  • Hanafi : Abu Hanifa considère que le combat n’est justifié qu’en cas d’agression. La cause du combat est l’agression (al-harb), pas la mécréance (al-kufr).
  • Shafi’i : Ash-Shafi’i maintient que les versets se complètent et ne s’abrogent pas. Le jihad défensif fait consensus ; le jihad offensif est conditionné à l’autorité légitime.
  • Hanbali : Ibn Qudama dans Al-Mughni détaille les conditions strictes du combat et l’obligation de protéger les non-combattants.

Degré de certitude : le caractère défensif du jihad comme norme fait l’objet d’un consensus large (quasi-ijma’) parmi les savants contemporains. L’avis selon lequel le jihad offensif est la norme est un avis minoritaire qui ne reflète pas la position dominante des quatre madhahib.


Conclusion

Les versets de combat du Coran ne sont ni des appels à la violence universelle ni des textes obscurs impossibles à comprendre. Ce sont des commandements contextuels révélés dans des situations de guerre spécifiques, encadrés par des conditions strictes, et limités par les principes universels de paix, de justice et de non-contrainte que le Coran établit par ailleurs.

Les deux lectures extrêmes — celle des islamophobes qui y voient une preuve de barbarie, et celle des extrémistes qui y voient un permis de tuer — partagent la même erreur méthodologique : l’isolement du texte hors de son contexte. C’est exactement ce que 14 siècles de sciences coraniques (ulum al-Quran) ont été développés pour éviter.

Le dernier mot revient au Coran lui-même :

« Et s’ils inclinent à la paix, incline vers celle-ci [toi aussi] et place ta confiance en Allah. »
— Coran, Sourate Al-Anfal (8) : 61


Sources et références

Sources primaires (vérifiées)

  • Coran — Versets vérifiés sur quran.com : 2:190-195, 2:216, 2:256, 4:89-91, 5:32, 8:12-13, 8:39, 8:61, 9:1-13, 9:29, 9:123, 47:4
  • Sahih al-Bukhari — Hadith 3015 (interdiction de tuer femmes et enfants), vérifié sur sunnah.com
  • Sahih Muslim — Hadith 1744a (interdiction de tuer femmes et enfants), vérifié sur sunnah.com
  • Muwatta Malik — Livre 21, Hadith 10 / réf. arabe 971 (dix commandements d’Abu Bakr), vérifié sur sunnah.com

Tafsir (exégèse)

  • Ibn KathirTafsir al-Quran al-'Adhim (référence principale pour l’exégèse de chaque verset)
  • Al-QurtubiAl-Jami’ li Ahkam al-Quran (perspective malékite)
  • At-TabariJami’ al-Bayan 'an Ta’wil Ay al-Quran (le plus ancien tafsir complet)

Jurisprudence (fiqh)

  • Ibn Rushd (Averroès) — Bidayat al-Mujtahid wa Nihayat al-Muqtasid (jurisprudence comparée, position malékite)
  • Ibn QudamaAl-Mughni (position hanbalite)
  • Ash-Shafi’iAl-Umm (position shafi’ite)

Contemporain

  • Lettre ouverte à Al-Baghdadi (2014) — Signée par plus de 120 savants musulmans du monde entier, détaillant les violations des principes islamiques par Daesh. Disponible sur lettertobaghdadi.com

Référence non vérifiée (signalée)

  • Le hadith « Nous revenons du petit jihad vers le grand jihad » est rapporté par Al-Bayhaqi dans Az-Zuhd. Sa chaîne de transmission est considérée faible (da’if) par la majorité des muhaddithin, dont Al-Albani. Son sens est néanmoins corroboré par de nombreux versets et hadiths sahih sur la lutte intérieure. Je le cite pour sa notoriété tout en signalant sa faiblesse, conformément à ma méthodologie.
🎯 Testez vos connaissances !
Lancer le Quiz →