Critères de sélection
1. Antériorité prouvée : Le verset doit avoir été révélé AVANT l'événement
2. Vérification historique : L'événement doit être confirmé par des sources non-musulmanes
3. Spécificité : La prédiction doit être suffisamment précise pour exclure le hasard
J’exclus volontairement les “prophéties” vagues, les interprétations forcées, et les prédictions dont l’antériorité ne peut être établie avec certitude.
1. La victoire des Romains (Sourate 30:1-4)
Le texte coranique
« Alif, Lam, Mim. Les Romains ont été vaincus, dans la terre la plus basse [ou : la plus proche]. Mais après leur défaite, ils seront vainqueurs, dans quelques années (bid' sinîn). »
— Sourate Ar-Rum (30), versets 1-4
Contexte historique vérifié
| Date | Événement | Source |
|---|---|---|
| 614 EC | Les Perses sassanides prennent Jérusalem | Chronique de Théophane |
| 615 EC | Révélation de Sourate 30 (consensus) | Tradition islamique |
| 619 EC | Les Perses atteignent Chalcédoine (face à Constantinople) | Histoire de l’Empire byzantin |
| 622 EC | Hégire du Prophète à Médine | — |
| 627 EC | Victoire décisive d’Héraclius à Ninive | Chronique de Théophane |
| 628 EC | Les Perses restituent la Vraie Croix | Georges de Pisidie |
Analyse
“Quelques années” (بِضْعِ سِنِينَ / bid’ sinîn) : En arabe classique, ce terme désigne un nombre entre 3 et 9. La victoire byzantine survint 12 ans après la défaite initiale, mais 6-7 ans après la révélation (615 → 622/627).
Source académique moderne : Howard-Johnston, James. "Heraclius' Persian Campaigns and the Revival of the East Roman Empire." War in History, vol. 6, no. 1, 1999, pp. 1-44.
Objection et réponse
Objection : “La sourate a pu être écrite après les événements.”
Réponse :
- Le Coran circulait oralement parmi des milliers de personnes avant sa compilation
- La sourate fait référence à un contexte de désespoir des musulmans face à la victoire perse — contexte qui n’existait plus après 627
- Les Quraysh auraient dénoncé une falsification si le texte avait été modifié
2. Abu Lahab mourra mécréant (Sourate 111)
Le texte coranique
« Que périssent les deux mains d'Abu Lahab et qu'il périsse lui-même ! Ses biens ne lui serviront à rien, ni ce qu'il a acquis. Il sera brûlé dans un Feu plein de flammes. »
— Sourate Al-Masad (111), versets 1-3
Analyse logique
Cette sourate fut révélée à La Mecque, vers 615 EC. Abu Lahab mourut en 624 EC (après la bataille de Badr), sans jamais s’être converti.
Le défi logique :
- Abu Lahab était l’oncle du Prophète et son ennemi juré
- Il lui aurait suffi de prononcer la shahada (même de manière hypocrite) pour “réfuter” le Coran
- Il avait 9 ans pour le faire
- Il ne l’a jamais fait
Sources
La mort d'Abu Lahab est également mentionnée par : Ibn Sa'd, Tabaqat al-Kubra.
3. La conquête de La Mecque (Sourate 48:27)
Le texte coranique
« Allah a été véridique en la vision [qu'Il a montrée] à Son Messager : vous entrerez dans la Mosquée Sacrée, si Allah le veut, en toute sécurité... »
— Sourate Al-Fath (48), verset 27
Contexte
- 628 EC : Traité de Hudaybiyya — Les musulmans sont empêchés d’entrer à La Mecque
- 628 EC : Révélation de Sourate 48 promettant l’entrée future
- 629 EC : Pèlerinage de rattrapage ('Umrat al-Qada)
- 630 EC : Conquête pacifique de La Mecque
Prophéties NON retenues (honnêteté intellectuelle)
Les “prophéties” suivantes sont souvent citées mais ne répondent pas à nos critères :
| Affirmation | Problème |
|---|---|
| “Le Coran prédit Internet” | Interprétation forcée, non falsifiable |
| “Le nombre 19 dans le Coran” | Calculs sélectifs, contestés mathématiquement |
| “L’expansion de l’univers (51:47)” | Traduction contestée, interprétation a posteriori |
| “Les montagnes comme piquets (78:7)” | Métaphore, pas une prédiction |
Présenter des "miracles" douteux dessert la cause de l'Islam. Un seul exemple réfuté peut faire douter de tout le reste. Mieux vaut quelques preuves solides que cent affirmations fragiles.
Conclusion
Les prophéties présentées ici partagent ces caractéristiques :
- Antériorité documentée : Les textes existaient avant les événements
- Vérification externe : Les événements sont confirmés par des non-musulmans
- Spécificité : Les prédictions sont précises, pas vagues
- Risque réel : Un échec aurait discrédité le Prophète
Ces exemples ne “prouvent” pas l’origine divine du Coran — c’est une question de foi. Mais ils montrent que la revendication prophétique n’est pas sans fondement factuel.