🌍 L’ascension de Gengis Khan
Au début du XIIIe siècle, Temüdjin, futur Gengis Khan, unifia les tribus mongoles des steppes d’Asie centrale et bâtit la machine militaire la plus redoutable que le monde ait connue. En 1206, proclamé Khan universel, il lança une série de conquêtes qui allaient remodeler le monde.
⚔️ L’invasion du monde musulman (1219)
En 1219, le sultan du Khwarezm (actuel Ouzbékistan), Ala ad-Din Muhammad, commit une erreur fatale : il fit massacrer une caravane d’envoyés mongols. Gengis Khan, furieux, lança une invasion dévastatrice.
Les villes de Boukhara, Samarcande, Merv et Nishapur furent rasées. Ibn al-Athir, contemporain des événements, écrivit :
« Si quelqu’un disait que depuis qu’Allah a créé Adam jusqu’à aujourd’hui, le monde n’a pas connu une telle calamité, il dirait la vérité. »
— Ibn al-Athir, Al-Kamil fi al-Tarikh
Les pertes humaines furent colossales : des centaines de milliers, peut-être des millions de morts. Merv à elle seule aurait perdu 700 000 habitants selon les chroniqueurs (chiffre probablement exagéré mais révélateur de l’ampleur du désastre).
💔 La chute de Bagdad (1258)
Le point culminant de la catastrophe survint le 10 février 1258. Houlagou Khan, petit-fils de Gengis Khan, assiégea et prit Bagdad, capitale du califat abbasside depuis cinq siècles.
Le dernier calife abbasside, Al-Musta’sim, fut exécuté (roulé dans un tapis et piétiné par des chevaux, selon la coutume mongole qui interdisait de verser le sang royal).
La destruction fut apocalyptique :
- La population fut massacrée pendant une semaine entière
- Les estimations varient de 200 000 à plus d’un million de morts
- La Maison de la Sagesse (Bayt al-Hikma) et ses bibliothèques furent détruites
- Les livres jetés dans le Tigre auraient teinté ses eaux d’encre noire pendant des jours
- Les canaux d’irrigation furent détruits, ruinant l’agriculture de la Mésopotamie pour des siècles
Ibn Kathir rapporte que cette catastrophe marqua la fin d’une ère entière de la civilisation islamique.
🛡️ Ayn Jalut — Le tournant (1260)
Après Bagdad, les Mongols prirent Alep et Damas. L’avancée semblait irrésistible. Mais en septembre 1260, les Mamelouks d’Égypte, sous le commandement du sultan Qutuz et de son général Baybars, affrontèrent les Mongols à Ayn Jalut (la Source de Goliath, en Palestine).
Ce fut la première défaite majeure des Mongols. Ayn Jalut stoppa l’expansion mongole vers l’Égypte et l’Afrique du Nord et marqua un tournant décisif dans l’histoire.
Baybars succéda à Qutuz et entreprit de reconquérir la Syrie, consolidant la puissance mamelouke.
☪️ La conversion des Mongols à l’Islam
L’un des retournements les plus remarquables de l’histoire : de nombreux Mongols embrassèrent l’Islam au fil des décennies suivantes.
- Berke Khan, chef de la Horde d’Or (Russie actuelle), fut le premier souverain mongol à se convertir, dès les années 1260
- Ghazan Khan (1295-1304), Ilkhan de Perse, se convertit officiellement et fit de l’Islam la religion d’État
- Les descendants de Gengis Khan en Asie centrale adoptèrent aussi l’Islam
Ce phénomène illustre la force de conviction de l’Islam : les conquérants finirent par être conquis spirituellement par la religion de leurs sujets. Les marchands, les soufis et les oulémas jouèrent un rôle majeur dans ces conversions.
🏛️ L’héritage
La période mongole, malgré ses destructions, eut des conséquences durables :
- Réorientation géopolitique : le centre du monde musulman se déplaça de l’Irak vers l’Égypte (Mamelouks) et l’Anatolie (futurs Ottomans)
- Fusion culturelle : les Ilkhanides de Perse, une fois islamisés, patronnèrent une brillante culture persano-islamique (Rashid ad-Din, le peintre Bihzad)
- Leçon de résilience : même après la pire catastrophe de son histoire, la civilisation islamique se reconstitua et engendra de nouveaux empires (Ottomans, Moghols, Safavides)
La chute de Bagdad reste dans la mémoire musulmane comme un avertissement : aucune civilisation n’est à l’abri de la destruction si elle se divise et néglige sa défense.