🌍 Contexte : un homme comblé de bienfaits
Ayyub est un descendant d’Ibrahim, de la lignée bénie des prophètes. Ibn Kathir rapporte qu’il vivait dans la région du Levant (ash-Sham), et qu’Allah l’avait comblé de bienfaits en tous points : une santé robuste, une grande richesse, des terres fertiles, du bétail en abondance, et une famille nombreuse avec des enfants qu’il aimait profondément.
Mais Ayyub n’était pas un homme ordinaire. Sa richesse ne l’avait pas rendu arrogant. Il était connu pour sa générosité envers les pauvres, sa bonté envers les orphelins et sa dévotion constante envers Allah. Il remerciait Allah pour chaque bienfait et ne laissait jamais la prospérité le détourner de l’adoration.
Allah le mentionne parmi les meilleurs de Ses serviteurs :
Sourate An-Nisa (4) : 163
« Nous t’avons fait une révélation comme Nous fîmes à Nuh et aux prophètes après lui. Et Nous avons fait révélation à Ibrahim, à Isma’il, à Ishaq, à Ya’qub, aux Tribus, à 'Issa, à Ayyub, à Yunus, à Harun et à Sulayman. »
Et dans un autre verset, Allah le cite parmi ceux qu’Il a guidés et élus :
Sourate Al-An’am (6) : 84
« Et Nous lui avons donné Ishaq et Ya’qub et Nous les avons guidés tous les deux. Et Nuh, Nous l’avons guidé auparavant, et parmi la descendance [d’Ibrahim], Dawud, Sulayman, Ayyub, Yusuf, Moussa et Harun. C’est ainsi que Nous récompensons les bienfaisants. »
Ayyub n’est pas un personnage secondaire. Il figure dans les listes les plus prestigieuses du Coran, aux côtés des plus grands prophètes de l’histoire.
⚔️ L’épreuve : tout lui est retiré
Puis vint l’épreuve. Et quelle épreuve. Allah décida de tester Ayyub d’une manière qui dépasse ce que la plupart des êtres humains pourraient endurer.
Ibn Kathir rapporte, d’après les récits des savants, que les bienfaits d’Ayyub lui furent retirés un par un. D’abord ses biens : ses troupeaux périrent, ses récoltes furent détruites, sa fortune disparut. Puis ses enfants moururent. Et enfin, la maladie frappa son propre corps.
Cette maladie fut terrible. Ibn Kathir décrit une affliction grave qui toucha tout son corps, ne laissant intacts que son coeur et sa langue — son coeur pour se souvenir d’Allah, et sa langue pour L’invoquer. La maladie dura des années. Certains récits rapportent qu’elle dura sept ans, d’autres dix-huit ans. Seul Allah connaît la durée exacte.
Les gens qui l’entouraient, ceux-là mêmes qui profitaient de sa générosité quand il était riche, l’abandonnèrent un à un. Ses amis s’éloignèrent. Ses voisins le rejetèrent. On le chassa de la ville. Il se retrouva seul, malade, sans biens et sans enfants, en dehors de la cité.
💕 Sa femme : la compagne fidèle
Dans cette solitude, une seule personne resta à ses côtés : sa femme. Les savants divergent sur son nom — certains rapportent qu’elle s’appelait Rahma, d’autres Layya. Mais tous s’accordent sur un point : elle ne l’abandonna jamais.
Elle travaillait pour les gens afin de gagner de quoi nourrir son mari. Elle le soignait, le lavait, le portait quand il ne pouvait plus marcher. Des années durant, elle fut son unique soutien dans ce monde.
Ibn Kathir rapporte que la situation devint si difficile que les gens refusèrent même de l’employer, de peur d’être « contaminés » par le malheur de son mari. Elle finit par vendre ses tresses de cheveux pour acheter du pain.
Malgré tout cela, Ayyub ne se plaignit jamais. Et sa femme non plus ne le quitta pas.
🤲 L’invocation qui traversa les cieux
Pendant toutes ces années de souffrance, Ayyub garda une attitude qui stupéfie par sa grandeur. Il ne maudit pas son sort. Il n’accusa pas Allah d’injustice. Il ne demanda même pas explicitement la guérison. Il prononça simplement ces mots, parmi les plus beaux du Coran :
Sourate Al-Anbiya (21) : 83
« Et Ayyub, quand il invoqua son Seigneur : “Le mal m’a touché et Tu es le plus Miséricordieux des miséricordieux !” »
Observez la finesse de cette invocation. Ayyub ne dit pas « guéris-moi ». Il ne dit pas « pourquoi moi ? ». Il constate simplement sa situation — « le mal m’a touché » — puis il rappelle un attribut d’Allah : « Tu es le plus Miséricordieux des miséricordieux. »
C’est une plainte adressée à Allah, pas contre Allah. Il reconnaît sa faiblesse devant la puissance divine, et il s’en remet entièrement à Sa miséricorde. Les savants disent que c’est cela, la véritable patience : ne pas se plaindre aux gens, mais ne pas non plus prétendre qu’on ne souffre pas. On souffre, et on le dit à Allah. Et on Lui fait confiance pour répondre.
💧 La guérison : frappe le sol de ton pied
Allah entendit l’invocation d’Ayyub. Et après ces longues années d’épreuve, le soulagement vint enfin. Allah s’adressa à Ayyub et lui ordonna un geste simple :
Sourate Sad (38) : 41-42
« Et rappelle-toi Notre serviteur Ayyub, quand il appela son Seigneur : “Le diable m’a infligé détresse et souffrance.” [Nous lui dîmes :] “Frappe [le sol] de ton pied : voici une source d’eau fraîche pour te laver et de quoi boire.” »
Ayyub frappa le sol de son pied. Une source d’eau fraîche jaillit. Il s’y lava, et la maladie quitta son corps. Il but de cette eau, et la maladie intérieure disparut aussi. En un instant, après des années de souffrance, Allah le guérit complètement.
Ibn Kathir rapporte qu’Ayyub sortit de cette épreuve plus beau et plus fort qu’avant. La guérison ne fut pas partielle. Elle fut totale, miraculeuse, instantanée.
🎁 Allah lui rendit tout, et plus encore
Non seulement Allah guérit Ayyub, mais Il lui rendit tout ce qu’il avait perdu — et davantage :
Sourate Sad (38) : 43
« Et Nous lui rendîmes les siens et autant qu’eux avec eux, par miséricorde de Notre part et en tant que rappel pour les doués d’intelligence. »
Allah lui rendit sa famille et doubla ce qu’il avait. Ce verset est une promesse pour tout croyant : ce qu’on perd par patience pour Allah, Allah le remplace par quelque chose de meilleur. Pas « équivalent ». Meilleur. Doublé.
Les savants commentent ce « rappel pour les doués d’intelligence » : l’histoire d’Ayyub n’est pas un simple récit du passé. C’est un enseignement vivant pour quiconque traverse une épreuve et se demande si elle aura une fin.
🌿 Le serment et la botte d’herbes
Le Coran mentionne un épisode particulier qui montre la miséricorde d’Ayyub lui-même :
Sourate Sad (38) : 44
« Et prends dans ta main un faisceau de brindilles, puis frappe avec cela. Et ne viole pas [ton serment]. Oui, Nous l’avons trouvé vraiment endurant. Quel bon serviteur ! Il était plein de repentir. »
Ibn Kathir explique cet épisode : pendant sa maladie, Ayyub avait fait le serment de frapper sa femme de cent coups si Allah le guérissait. La raison exacte de ce serment varie selon les récits — peut-être un moment de frustration, ou peut-être un désaccord sur une question précise. Quand il fut guéri, il regretta ce serment mais se sentait lié par sa parole.
Allah, dans Sa miséricorde, lui donna une issue : prendre une botte de cent brindilles et frapper un seul coup avec. Ainsi, le serment serait techniquement respecté sans faire souffrir son épouse fidèle.
Ce passage montre plusieurs choses. D’abord, qu’Ayyub était un homme juste qui prenait ses serments au sérieux. Ensuite, qu’Allah récompense la patience non seulement en rendant les bienfaits, mais aussi en facilitant les situations difficiles. Et enfin, qu’Allah apprécie la loyauté : cette femme qui avait tout donné pour son mari méritait d’être protégée, et Allah veilla à ce qu’elle le soit.
🌟 Quel bon serviteur !
Allah conclut le récit d’Ayyub par un éloge direct :
« Quel bon serviteur ! Il était plein de repentir. »
« Quel bon serviteur » — ni’ma al-'abd. C’est un titre que peu de gens reçoivent dans le Coran. Allah Lui-même témoigne de la qualité d’Ayyub. Après des années de maladie, de pauvreté, de solitude, après avoir tout perdu, Ayyub mérita ce titre divin parce qu’il ne perdit jamais la chose la plus importante : sa foi.
Le Prophète ﷺ a dit :
« Qu’il est étonnant le cas du croyant ! Tout ce qui lui arrive est un bien pour lui, et cela n’appartient qu’au croyant : s’il est touché par une joie, il remercie Allah et c’est un bien pour lui ; et s’il est touché par un mal, il patiente et c’est un bien pour lui. »
— Sahih Muslim
Ayyub est l’incarnation parfaite de ce hadith.
📖 Leçons à retenir
1. La patience n’est pas la résignation
Ayyub n’a pas simplement « accepté » son sort en serrant les dents. Il a continué à invoquer Allah, à espérer, à croire que la guérison viendrait. La vraie patience (sabr) est une confiance active en Allah, pas un abandon passif.
2. Se plaindre à Allah, pas contre Allah
L’invocation d’Ayyub est un modèle. Il dit « le mal m’a touché » — il reconnaît sa souffrance. Puis il dit « et Tu es le plus Miséricordieux » — il affirme sa confiance. Il ne demande rien de précis : il s’en remet à la sagesse d’Allah. C’est la plus haute forme de du’a.
3. L’épreuve ne signifie pas la punition
Ayyub était l’un des meilleurs serviteurs d’Allah, et pourtant il fut éprouvé plus durement que la plupart. L’épreuve n’est pas un signe de colère divine. C’est parfois un signe d’amour : Allah éprouve ceux qu’Il aime pour élever leur rang.
4. La récompense dépasse toujours la perte
Allah rendit à Ayyub ses biens doublés, sa famille retrouvée, sa santé restaurée. Pour ceux qui patientent, la compensation divine est toujours supérieure à ce qui a été perdu. Dans cette vie ou dans l’autre.
5. La fidélité dans l’épreuve
La femme d’Ayyub est un exemple pour toute l’humanité. Rester aux côtés de quelqu’un quand tout va bien est facile. Rester quand tout s’effondre, quand le monde entier vous tourne le dos, quand il n’y a plus rien à gagner — cela, c’est la vraie loyauté.