🌍 Contexte : les Bani Isra’il demandent un roi
Après la mort de Moussa, les Bani Isra’il vécurent une longue période de troubles. Ils avaient perdu leur terre, leur honneur, et même le Tabut (l’Arche d’Alliance), symbole sacré de leur alliance avec Allah. Leurs ennemis les opprimaient et ils subissaient défaite après défaite.
Désespérés, ils se tournèrent vers leur prophète de l’époque et lui firent une demande :
Sourate Al-Baqarah (2) : 246
« N’as-tu pas su l’histoire des notables, parmi les enfants d’Isra’il, lorsqu’après Moussa ils dirent à un prophète à eux : “Désigne-nous un roi, et nous combattrons dans le sentier d’Allah.” Il dit : “Et si le combat vous était prescrit, ne se pourrait-il pas que vous ne combattiez point ?” Ils dirent : “Et qu’aurions-nous à ne pas combattre dans le sentier d’Allah, alors qu’on nous a expulsés de nos demeures et séparés de nos enfants ?” Et lorsque le combat leur fut prescrit, ils tournèrent le dos, sauf un petit nombre d’entre eux. Et Allah connaît bien les injustes. »
Le prophète les avertit : ils réclamaient le combat, mais seraient-ils vraiment prêts à se battre ? L’histoire allait lui donner raison.
👑 Talut : le roi choisi par Allah
Allah désigna Talut (Saul) comme roi. Mais les notables de Bani Isra’il protestèrent : Talut n’était ni riche ni de lignée royale. Comment pouvait-il être roi ?
Sourate Al-Baqarah (2) : 247
« Et leur prophète leur dit : “Voici qu’Allah vous a envoyé Talut pour roi.” Ils dirent : “Comment régnerait-il sur nous ? Nous avons plus de droit que lui à la royauté. On ne lui a même pas prodigué beaucoup de richesses !” Il dit : “Allah l’a élu sur vous, et l’a pourvu abondamment en science et en stature. Allah donne Son royaume à qui Il veut. Et Allah a la grâce immense, et Il est Omniscient.” »
La leçon était claire : Allah choisit Ses serviteurs selon des critères que les hommes ne perçoivent pas toujours. Ce n’est ni la richesse ni la lignée qui font le roi, mais la science et la force de caractère.
🏞️ L’épreuve de la rivière
Talut mena son armée au combat, mais Allah voulut d’abord éprouver leur sincérité par un test simple :
Sourate Al-Baqarah (2) : 249
« Puis quand Talut partit avec les soldats, il dit : “Voici qu’Allah va vous éprouver par une rivière : quiconque en boira ne sera pas des miens ; et quiconque n’y goûtera pas sera des miens, sauf celui qui y puisera un coup dans le creux de sa main.” Ils en burent, sauf un petit nombre d’entre eux. »
La majorité de l’armée échoua à ce test élémentaire. Ils ne purent même pas résister à la soif, alors comment auraient-ils résisté sur un champ de bataille ? Seule une poignée de soldats fidèles resta.
⚔️ Dawud terrasse Jalut
Les soldats restants se retrouvèrent face à l’armée de Jalut (Goliath), un guerrier géant et redoutable. La peur saisit même certains d’entre eux. Mais les croyants sincères gardèrent confiance :
Sourate Al-Baqarah (2) : 249
« Ceux qui étaient convaincus qu’ils rencontreraient Allah dirent : “Combien de fois une troupe peu nombreuse a, par la grâce d’Allah, vaincu une troupe très nombreuse ! Et Allah est avec les endurants.” »
C’est alors que Dawud, un jeune berger dans les rangs de l’armée de Talut, s’avança pour affronter le géant Jalut. Ibn Kathir rapporte que Dawud était le plus jeune des fils de Yassa (Jesse), et que ses frères aînés faisaient partie de l’armée. Malgré sa jeunesse, il possédait un courage que les autres n’avaient pas.
Le combat fut bref :
Sourate Al-Baqarah (2) : 251
« Ils les mirent en déroute, par la grâce d’Allah. Et Dawud tua Jalut ; et Allah lui donna la royauté et la sagesse, et lui enseigna ce qu’Il voulut. Et si Allah ne repoussait pas les gens les uns par les autres, la terre serait certes corrompue. Mais Allah est Détenteur de la Faveur pour l’univers. »
Ce verset contient un principe fondamental : Allah utilise certains hommes pour repousser le mal des autres. Sans cet équilibre, la terre serait corrompue. Dawud, jeune berger sans prétention, fut l’instrument choisi par Allah pour libérer tout un peuple.
📖 Le Zabur : les Psaumes de Dawud
Après avoir reçu la royauté, Dawud reçut aussi la prophétie et un Livre révélé : le Zabur (les Psaumes).
Sourate An-Nisa (4) : 163
« Nous t’avons fait une révélation comme Nous fîmes à Nuh et aux prophètes après lui. Et Nous avons fait révélation à Ibrahim, à Isma’il, à Ishaq, à Ya’qub, aux Tribus, à 'Issa, à Ayyub, à Yunus, à Harun et à Sulayman, et Nous avons donné le Zabur à Dawud. »
Sourate Al-Isra (17) : 55
« Et Nous avons donné à certains prophètes plus qu’à d’autres. Et à Dawud Nous avons donné le Zabur. »
Le Zabur était un livre de louanges, de supplications et de sagesse. Il ne contenait pas de lois nouvelles (les Bani Isra’il suivaient la Torah de Moussa), mais il était rempli d’invocations et de glorification d’Allah.
🎵 La voix magnifique : montagnes et oiseaux en choeur
Parmi les grâces les plus extraordinaires accordées à Dawud, il y avait sa voix. Allah lui donna une voix si belle que la création entière s’unissait à lui dans le dhikr (le rappel d’Allah) :
Sourate Saba (34) : 10
« Nous avons certes accordé une grâce à Dawud de Notre part : “Ô montagnes ! Faites écho avec lui ! Et [vous aussi] oiseaux !” Et Nous avons amolli le fer pour lui. »
Sourate Al-Anbiya (21) : 79
« Nous la fîmes comprendre à Sulayman. Et à chacun Nous donnâmes la sagesse et le savoir. Et Nous asservîmes les montagnes à glorifier [Allah] avec Dawud, ainsi que les oiseaux. Et c’est Nous qui sommes le Faiseur. »
Imaginez la scène : Dawud récitait les Psaumes, et les montagnes répétaient ses louanges en écho, tandis que les oiseaux se rassemblaient autour de lui et chantaient avec lui. La création tout entière participait à cette glorification d’Allah.
Le Prophète Muhammad (paix et salut sur lui) a dit au sujet de la voix de Dawud :
« Dawud a reçu un beau timbre de voix. »
– Sahih al-Bukhari
🔨 L’art de forger le fer
Allah ne donna pas seulement à Dawud une voix magnifique. Il lui enseigna aussi un métier :
Sourate Saba (34) : 10-11
« Et Nous avons amolli le fer pour lui : “Fabrique des cottes de mailles complètes et mesure bien les mailles.” Et : “Agissez bien. Je suis certes Clairvoyant sur ce que vous faites.” »
Allah amollit le fer pour Dawud : il pouvait le façonner à mains nues, sans avoir besoin de le chauffer au feu. Ibn Kathir rapporte cette grâce particulière. Dawud fabriquait des cottes de mailles pour protéger les soldats au combat. Ainsi, même son travail manuel était au service de la protection de son peuple.
Ce détail est révélateur : Dawud était roi et prophète, mais il travaillait de ses mains. Il ne vivait pas du trésor public. Le Prophète Muhammad (paix et salut sur lui) a dit :
« Dawud ne mangeait que du fruit de son travail manuel. »
– Sahih al-Bukhari, n°2073
Un roi qui travaille de ses mains plutôt que de vivre aux dépens de son peuple : voilà un modèle de gouvernance.
⚖️ L’épreuve des deux disputeurs
Dawud, malgré toutes ces grâces, fut aussi éprouvé. Le Coran relate l’épisode des deux disputeurs qui escaladèrent le mur de son mihrab (son lieu de prière) :
Sourate Sad (38) : 21-24
« Et t’est-il parvenu l’histoire des disputeurs quand ils escaladèrent le mur du mihrab, quand ils entrèrent chez Dawud et qu’il en fut effrayé ? Ils dirent : “N’aie pas peur ! Nous sommes deux disputeurs dont l’un a fait tort à l’autre. Juge donc entre nous en toute équité et ne sois pas injuste, et guide-nous vers le droit chemin. Celui-ci est mon frère. Il a quatre-vingt-dix-neuf brebis, tandis que moi je n’en ai qu’une seule. Il me dit : Confie-la-moi, et il m’a dominé par sa parole.” [Dawud] dit : “Il t’a certes fait du tort en demandant ta brebis en plus de ses brebis.” Et Dawud comprit que Nous l’avions mis à l’épreuve. Il demanda donc pardon à son Seigneur, tomba prosterné et se repentit. »
Sourate Sad (38) : 25
« Nous lui pardonnâmes. Il a près de Nous une place rapprochée et un beau refuge. »
Dawud comprit immédiatement la leçon. Il ne chercha pas d’excuse, ne se justifia pas. Il tomba en prosternation et demanda pardon. Et Allah lui pardonna aussitôt, confirmant sa place élevée auprès de Lui.
Puis Allah lui confia une responsabilité encore plus grande :
Sourate Sad (38) : 26
« Ô Dawud, Nous t’avons désigné calife sur terre. Juge donc entre les gens en toute équité. Et ne suis pas la passion, car elle t’égarerait du sentier d’Allah. »
🕌 L’adoration de Dawud : le jeûne le plus aimé d’Allah
Dawud n’était pas seulement un roi juste et un prophète inspiré. Il était aussi un adorateur exemplaire. Le Prophète Muhammad (paix et salut sur lui) a décrit son jeûne comme le plus aimé d’Allah :
« Le jeûne le plus aimé d’Allah est le jeûne de Dawud : il jeûnait un jour et mangeait un jour. Et la prière la plus aimée d’Allah est la prière de Dawud : il dormait la moitié de la nuit, priait le tiers, et dormait le sixième. »
– Sahih al-Bukhari, n°1131
Jeûner un jour sur deux est un rythme exigeant, mais durable. Ce n’est pas l’excès qui plaît à Allah, mais la constance. Dawud avait trouvé l’équilibre parfait entre l’adoration et les besoins du corps, entre le service de Dieu et le service de son peuple.
📖 Leçons à retenir
1. Le pouvoir au service de la justice
Dawud réunit en lui la royauté et la prophétie. Mais jamais il n’utilisa son pouvoir pour son intérêt personnel. Il travaillait de ses mains, jugeait avec équité, et priait la nuit pendant que son peuple dormait. Le pouvoir n’est pas un privilège, c’est une responsabilité devant Allah.
2. La victoire ne dépend pas du nombre
Une poignée de soldats sincères vainquit une armée immense. Un jeune berger terrassa un géant. La victoire vient d’Allah, pas du nombre ni de la force brute. Ce qui compte, c’est la sincérité de la foi et la confiance en Allah.
3. L’humilité devant Allah malgré le pouvoir
Dawud, roi et prophète, tombait en prosternation dès qu’il comprenait une faute. Le pouvoir ne l’avait pas rendu arrogant. Plus on est élevé en rang, plus on doit être humble devant son Créateur.
4. La constance dans l’adoration
Le jeûne d’un jour sur deux et la prière du tiers de la nuit : Dawud ne faisait pas des efforts ponctuels spectaculaires, mais un effort régulier et constant. Allah aime les actes réguliers, même s’ils sont modestes, plus que les actes intenses mais passagers.
5. Les talents sont des cadeaux à mettre au service d’Allah
Allah donna à Dawud une belle voix, il l’utilisa pour glorifier Allah. Allah lui amollit le fer, il l’utilisa pour protéger son peuple. Chaque talent est un don divin qui doit être mis au service du bien.