🌍 Contexte : un peuple plongé dans l’idolâtrie
Après l’époque glorieuse des rois prophètes Dawud et Sulayman, le royaume d’Isra’il connut un déclin spirituel profond. Les générations suivantes, au lieu de préserver le monothéisme pur que leurs ancêtres avaient reçu, se tournèrent progressivement vers les idoles des peuples voisins.
Parmi ces idoles, l’une des plus répandues était Ba’l — une divinité païenne adorée dans la région du Levant. Des temples furent érigés en son honneur, des offrandes lui étaient consacrées, et le peuple délaissa le culte d’Allah pour se prosterner devant une statue qui ne pouvait ni entendre, ni voir, ni répondre.
C’est dans ce contexte qu’Allah envoya Ilyas. Ibn Kathir le décrit comme un descendant de Harun (Aaron), envoyé spécifiquement aux Bani Isra’il pour les ramener au monothéisme. Sa mission était claire : déraciner l’idolâtrie de Ba’l et rappeler son peuple à Allah, le seul Créateur.
📢 L’appel d’Ilyas : une question bouleversante
Le Coran rapporte la prédication d’Ilyas avec une concision remarquable. En quelques versets, tout est dit — l’appel, le reproche, et le rejet :
Sourate As-Saffat (37) : 123-126
« Et Ilyas était certes parmi les Envoyés. Quand il dit à son peuple : “Ne craignez-vous pas [Allah] ? Invoquerez-vous Ba’l et délaisserez-vous le Meilleur des créateurs ? Allah, votre Seigneur et le Seigneur de vos premiers ancêtres ?” »
Ilyas posa à son peuple une question simple mais profonde : « Ne craignez-vous pas Allah ? » C’est la question fondamentale que chaque prophète a posée à son peuple. Avant même de parler de règles ou de lois, il s’agit de réveiller le cœur, de rappeler à l’être humain qu’il a un Créateur devant Qui il se tiendra un jour.
Puis il formula son reproche : comment pouvez-vous invoquer Ba’l — une statue inerte — et délaisser « le Meilleur des créateurs » ? Ce titre, « Ahsan al-Khaliqin », est d’une éloquence saisissante. Il met en contraste la création parfaite d’Allah avec la nullité absolue d’une idole fabriquée de main d’homme.
🚫 Le rejet : seul contre tous
Malgré la clarté de son message et la force de ses arguments, le peuple d’Ilyas le rejeta. Le Coran résume cette tragédie en un seul verset :
Sourate As-Saffat (37) : 127
« Ils le traitèrent de menteur. Et ils seront certes emmenés [au châtiment]. »
Ils le traitèrent de menteur. Trois mots qui résument des années de souffrance. Imaginez un homme seul, debout face à une nation entière, qui leur dit la vérité en sachant qu’ils ne veulent pas l’entendre. C’est le lot de nombreux prophètes, et Ilyas n’y fit pas exception.
Ibn Kathir rapporte que le combat d’Ilyas contre l’idolâtrie fut d’une grande intensité. Il affrontait non seulement l’ignorance de son peuple, mais aussi l’influence des puissants qui tiraient profit du culte de Ba’l. Les dirigeants encourageaient cette idolâtrie pour maintenir leur pouvoir, et un prophète qui prêche le monothéisme menaçait directement leurs intérêts.
Mais Ilyas ne recula pas. Il continua à prêcher, seul s’il le fallait, car la vérité ne dépend pas du nombre de ceux qui la suivent.
🛡️ Les élus d’Allah : l’exception qui sauve
Le Coran mentionne cependant une lueur d’espoir au milieu de ce rejet massif :
Sourate As-Saffat (37) : 128
« Sauf les serviteurs élus d’Allah. »
Même dans la pire des époques, il y a toujours des âmes sincères qui répondent à l’appel de la vérité. Ils étaient peut-être peu nombreux, peut-être cachés parmi la foule, mais Allah les connaît et les épargne. Cette réalité est un réconfort pour quiconque se sent isolé dans sa foi : même si la majorité s’égare, celui qui reste ferme dans le monothéisme fait partie des élus d’Allah.
🌟 L’honneur divin : « Paix sur Ilyas ! »
Le Coran conclut le récit d’Ilyas par un honneur que peu de prophètes reçoivent expressément dans le Livre d’Allah :
Sourate As-Saffat (37) : 129-130
« Et Nous perpétuâmes son renom dans la postérité : “Paix sur Ilyas !” »
Allah Lui-même salue Ilyas. C’est une distinction immense. Le prophète que son peuple avait rejeté et traité de menteur reçoit la paix et la salutation du Seigneur de l’Univers, gravée dans le Coran pour l’éternité.
Son peuple l’avait oublié, mais Allah l’a honoré à jamais. C’est là une leçon pour tous : la valeur d’un homme ne se mesure pas à sa popularité parmi les gens, mais à sa place auprès d’Allah.
📖 Parmi les vertueux : la compagnie des grands prophètes
Dans un autre passage, le Coran mentionne Ilyas aux côtés des plus grands prophètes :
Sourate Al-An’am (6) : 85
« De même, Zakariyya, Yahya, ‘Issa et Ilyas, tous étant du nombre des vertueux. »
Ilyas est compté parmi les vertueux (as-salihin), en compagnie de Zakariyya, Yahya et ‘Issa. Cette mention témoigne de son rang élevé auprès d’Allah, malgré le peu de détails que le Coran donne sur sa vie.
🗣️ Ce qu’Ibn Kathir rapporte
Ibn Kathir, dans ses « Histoires des Prophètes », consacre un chapitre à Ilyas. Il rapporte que le combat d’Ilyas contre le culte de Ba’l fut un combat courageux et solitaire. Il devait affronter non seulement l’attachement de son peuple à leurs idoles, mais aussi l’hostilité des autorités qui protégeaient ce culte païen.
Ibn Kathir souligne que l’épreuve d’Ilyas était celle de la patience face à l’isolement. Quand tout le monde autour de vous suit un chemin, rester seul sur la vérité demande une force intérieure immense. C’est cette force que les prophètes puisaient dans leur lien avec Allah.
Il établit également qu’Ilyas était un descendant de Harun (Aaron), ce qui le place dans la lignée prophétique d’Isra’il. Sa mission s’inscrivait dans la continuité du message de Moussa et des prophètes qui le succédèrent : le monothéisme pur, sans compromis.
📖 Leçons à retenir
1. Le courage de dire la vérité, même seul face à la majorité
Ilyas se tint debout face à une nation entière qui adorait Ba’l. Il ne chercha pas à plaire, il ne modifia pas son message pour le rendre plus acceptable. La vérité ne se négocie pas, et celui qui la porte ne doit jamais avoir honte de sa solitude. Le Prophète Muhammad ﷺ a dit : « L’Islam a commencé étranger et redeviendra étranger comme il a commencé. Heureux les étrangers ! » (Sahih Muslim).
2. L’idolâtrie peut prendre des formes modernes
Le peuple d’Ilyas adorait une statue appelée Ba’l. Aujourd’hui, les idoles ne sont plus forcément en pierre : l’argent, la célébrité, le pouvoir, les désirs — tout ce qui prend la place d’Allah dans le cœur devient une idole. Le message d’Ilyas reste d’une actualité brûlante : n’adorez rien ni personne en dehors d’Allah.
3. La constance dans la foi est récompensée
Ilyas fut rejeté par son peuple, mais honoré par Allah pour l’éternité. « Paix sur Ilyas ! » — cette salutation divine vaut plus que l’approbation de toute l’humanité réunie. Le croyant qui reste patient dans l’adversité recevra sa récompense, même si le monde entier se détourne de lui.
4. La relève est essentielle
Après Ilyas, Allah envoya Al-Yasa’ pour poursuivre la même mission. Aucun prophète n’est seul dans l’histoire : chacun s’inscrit dans une chaîne de guidance. De même, chaque croyant a la responsabilité de transmettre le message à la génération suivante.