🌍 Contexte : les Thamud, héritiers des 'Ad
Après la destruction du peuple de 'Ad par le vent, une autre civilisation prit leur place : les Thamud. Allah les établit sur terre et leur donna des bienfaits abondants. Ils s’installèrent dans la région d’Al-Hijr, dans le nord-ouest de la péninsule arabique (l’actuelle Arabie saoudite, entre Médine et Tabuk).
Les Thamud étaient des bâtisseurs remarquables. Allah leur avait donné un talent unique : ils sculptaient des maisons directement dans les montagnes de pierre :
Sourate Al-A’raf (7) : 74
« Et rappelez-vous quand Il vous fit succéder aux 'Ad et vous installa sur la terre. Vous édifiez des palais dans les plaines, et vous taillez les montagnes en maisons. Rappelez-vous donc les bienfaits d’Allah et ne semez pas le désordre sur la terre. »
Malgré ces dons extraordinaires, les Thamud suivirent le même chemin que les 'Ad avant eux : ils oublièrent Allah, adorèrent des idoles, et se laissèrent corrompre par leur prospérité. L’histoire se répétait.
📢 La mission de Salih : appeler son peuple à la gratitude
Comme Hud avant lui, Salih était l’un des leurs — un membre du peuple de Thamud. Le Coran l’appelle « leur frère » :
Sourate Hud (11) : 61
« Et aux Thamud, [Nous envoyâmes] leur frère Salih, qui dit : “Ô mon peuple, adorez Allah. Vous n’avez point de divinité en dehors de Lui. C’est Lui qui vous a créés de la terre et vous y a établis. Demandez-Lui donc pardon, puis repentez-vous à Lui. Mon Seigneur est certes bien proche et Il répond [aux invocations].” »
Le message de Salih était empreint de douceur et de logique. Il leur rappela trois choses essentielles : Allah vous a créés, Allah vous a installés sur cette terre, et Allah est proche de vous — repentez-vous et Il vous pardonnera.
Mais Salih représentait aussi un cas étrange pour son peuple. Avant sa mission prophétique, il était respecté et estimé parmi eux. Sa transformation les dérouta :
Sourate Hud (11) : 62
« Ils dirent : “Ô Salih, tu étais auparavant un espoir pour nous. Nous interdis-tu de servir ce que servaient nos pères ? Nous voilà vraiment dans un doute troublant au sujet de ce vers quoi tu nous appelles.” »
« Tu étais un espoir pour nous » — ils le voyaient comme un futur leader, un homme prometteur. Puis il leur annonça qu’ils devaient abandonner les idoles de leurs ancêtres, et tout bascula. Le poids de la tradition est parfois plus lourd que la raison.
🐫 Le signe miraculeux : la chamelle d’Allah
Le peuple de Thamud, malgré ses doutes, fit une demande audacieuse. Ils voulurent un signe concret, un miracle qu’ils pourraient voir de leurs propres yeux. Selon Ibn Kathir, ils demandèrent spécifiquement qu’une chamelle sorte d’un rocher — un miracle impossible par des moyens humains.
Allah accéda à leur demande. Par Sa puissance, une chamelle immense sortit miraculeusement de la roche. Ce n’était pas une chamelle ordinaire — c’était un signe direct d’Allah, une preuve vivante et visible :
Sourate Al-A’raf (7) : 73
« [Salih dit :] “Voici la chamelle d’Allah, pour vous un signe. Laissez-la donc manger sur la terre d’Allah et ne lui faites aucun mal, sinon un châtiment proche vous saisira.” »
Salih leur transmit les conditions claires d’Allah : cette chamelle devait vivre librement, manger et boire sans être dérangée. Un arrangement simple fut établi :
Sourate Ash-Shu’ara (26) : 155-157
« Il dit : “Voici une chamelle ; à elle de boire un jour, et à vous de boire un jour déterminé. Ne lui infligez aucun mal, sinon le châtiment d’un jour terrible vous saisira.” »
Un jour sur deux, l’eau était réservée à la chamelle. Le jour suivant, elle était pour le peuple. C’était un test de patience et d’obéissance — un test simple en apparence, mais qui allait révéler la vraie nature des Thamud.
⚖️ La chamelle parmi eux : un test de patience
La chamelle vécut parmi les Thamud pendant un temps. Ibn Kathir rapporte qu’elle était d’une taille imposante et qu’elle donnait du lait en abondance, assez pour nourrir tout le peuple. Le jour où elle buvait, les gens recueillaient son lait pour compenser l’eau.
Mais la coexistence n’était pas paisible. Certains membres du peuple commencèrent à murmurer. Les éleveurs se plaignaient que la chamelle effrayait leurs propres bêtes. D’autres trouvaient injuste de céder l’eau un jour sur deux. L’irritation grandissait.
Sourate Hud (11) : 64
« Ô mon peuple, voici la chamelle d’Allah, pour vous un signe. Laissez-la donc manger sur la terre d’Allah et ne lui infligez aucun mal, sinon un châtiment rapproché vous emportera. »
Salih les avertit encore et encore. Mais les ennemis de la vérité, ceux que le Coran appelle « les corrupteurs », complotèrent dans l’ombre.
🗡️ Le meurtre de la chamelle
Parmi les Thamud, un homme se leva — le plus misérable d’entre eux — et commit l’irréparable :
Sourate Ash-Shams (91) : 11-14
« Thamud traita [son prophète] de menteur, par sa rébellion, quand le plus misérable d’entre eux se leva [pour tuer la chamelle]. Le Messager d’Allah [Salih] leur dit : “C’est la chamelle d’Allah ! Laissez-la boire.” Ils le traitèrent de menteur et la tuèrent. Leur Seigneur les anéantit alors pour leur péché et en fit une destruction totale. »
Ibn Kathir rapporte que cet homme se nommait Qidar ibn Salif. Il ne tua pas seul — il avait le soutien et l’approbation de son peuple. Le Coran les rend tous responsables, car ils n’empêchèrent pas le crime.
Sourate Al-Qamar (54) : 29
« Ils appelèrent leur compagnon, qui prit [son arme] et la tua. »
Après avoir tué la chamelle, les Thamud, loin de se repentir, défièrent Salih :
Sourate Al-A’raf (7) : 77
« Ils tuèrent la chamelle et transgressèrent le commandement de leur Seigneur. Et dirent : “Ô Salih, fais-nous venir ce dont tu nous menaces, si tu es du nombre des messagers.” »
Ils avaient demandé un signe. Allah le leur avait donné. Ils l’avaient tué. Et maintenant, ils demandaient le châtiment. L’arrogance humaine, quand elle atteint son sommet, devient autodestruction.
⏳ Le délai de trois jours
Salih, le cœur lourd, leur annonça le décret d’Allah :
Sourate Hud (11) : 65
« Mais ils la tuèrent. Il dit : “Jouissez encore de trois jours dans vos demeures. Voilà une promesse qui ne sera pas démentie.” »
Trois jours. Pas un de plus, pas un de moins. C’était un ultimatum divin — une dernière chance de se repentir, et en même temps une sentence irrévocable.
Ibn Kathir rapporte que les visages des Thamud changèrent de couleur pendant ces trois jours : jaunes le premier jour, rouges le deuxième, noirs le troisième. Ils surent que la fin approchait, mais leur orgueil les empêcha de demander pardon.
💥 Le châtiment : le cri et le tremblement
Au matin du quatrième jour, le châtiment s’abattit sous deux formes terrifiantes :
Sourate Al-A’raf (7) : 78
« Le tremblement [de terre] les saisit, et au matin, dans leurs demeures, ils gisaient corps retournés. »
Sourate Hud (11) : 67
« Et le cri (as-sayha) saisit les injustes. Et au matin, dans leurs demeures, ils gisaient corps retournés. »
Un cri surnaturel (as-sayha), d’une violence inimaginable, accompagné d’un tremblement de terre. Les mêmes maisons qu’ils avaient sculptées avec tant de fierté dans les montagnes devinrent leurs tombeaux.
Ibn Kathir rapporte que ce cri fut si intense qu’il arracha les cœurs de leurs poitrines. Eux qui se croyaient protégés par leurs palais de pierre furent anéantis en un instant.
💔 La tristesse de Salih
Salih, après la destruction de son peuple, ne se réjouit pas. Il se tourna vers eux avec une tristesse profonde :
Sourate Al-A’raf (7) : 79
« Il se détourna d’eux et dit : “Ô mon peuple, je vous avais bien communiqué le message de mon Seigneur et je vous avais conseillés sincèrement, mais vous n’aimez pas les conseillers sincères.” »
Ces mots résonnent de douleur. « Je vous avais conseillés sincèrement » — Salih les aimait. Il avait essayé de les sauver. Mais ils avaient choisi l’orgueil plutôt que la guidance, et maintenant il ne restait rien d’eux.
🏔️ Al-Hijr : un lieu d’avertissement
Le lieu où vivaient les Thamud, Al-Hijr (aussi appelé Mada’in Salih), existe encore aujourd’hui. Leurs maisons taillées dans la roche sont toujours debout — des tombeaux vides témoignant de la puissance d’Allah et de la vanité de l’orgueil humain.
Le Prophète Muhammad ﷺ, lors de son passage près de ces ruines en route vers Tabuk, ordonna à ses compagnons de ne pas y entrer sauf en pleurant, de peur d’être touchés par ce qui les avait touchés :
« N’entrez pas dans les demeures de ceux qui se sont fait du tort à eux-mêmes, sauf en pleurant, de crainte que ne vous atteigne ce qui les a atteints. »
— Sahih al-Bukhari, n°3380
📖 Leçons à retenir
1. Demander un signe puis le rejeter est la pire des ingratitudes
Les Thamud exigèrent un miracle. Allah leur donna une chamelle vivante, sortie de la roche. Ils la tuèrent. Quand Allah répond à une demande de preuve et que l’homme refuse quand même, il n’a plus aucune excuse.
2. Le silence face à l’injustice est une complicité
Un seul homme tua la chamelle, mais le Coran rend tout le peuple responsable : « Ils la tuèrent. » Quand une société laisse le mal se commettre sans réagir, elle en partage la responsabilité.
3. Ne pas suivre les corrupteurs
Le Coran décrit le tueur de la chamelle comme « le plus misérable d’entre eux ». Les Thamud le suivirent au lieu d’écouter Salih. La majorité n’a pas toujours raison — ce qui compte, c’est de suivre la vérité, même si le chemin est solitaire.
4. La puissance matérielle est éphémère
Des palais sculptés dans la roche, des constructions indestructibles — tout cela n’a servi à rien devant le décret d’Allah. Les bâtiments sont toujours debout, mais leurs habitants ont disparu. La vraie sécurité n’est pas dans la pierre, elle est dans la foi.
5. Les prophètes aiment leur peuple sincèrement
La tristesse de Salih après la destruction de son peuple montre que les prophètes ne sont pas des juges froids. Ils sont des conseillers qui veulent le bien de leur peuple. Leur message est un acte d’amour, pas une menace gratuite.