👑 Contexte : l’héritage d’un père exceptionnel
Sulayman grandit auprès de son père Dawud, roi et prophète d’Isra’il. Dawud avait reçu le Zabur (les Psaumes), vaincu le tyran Jalut et gouvernait avec justice. Lorsque Dawud mourut, Sulayman lui succéda sur le trône et reçut la prophétie. Mais Allah ne se contenta pas de lui donner un simple royaume : Il lui accorda un pouvoir qu’aucun être humain n’avait jamais possédé avant lui, et qu’aucun ne posséderait après lui.
Sourate An-Naml (27) : 16
« Et Sulayman hérita de Dawud et dit : “Ô gens ! On nous a enseigné le langage des oiseaux ; et on nous a donné de chaque chose. C’est là vraiment la grâce évidente.” »
Sulayman savait que tout ce qu’il possédait venait d’Allah. Dès les premiers mots, il reconnut cette grâce. Ce n’était pas de la vantardise, mais de la gratitude.
🐦 Le don de comprendre le langage des animaux
Parmi les dons extraordinaires accordés à Sulayman, il y avait la capacité de comprendre le langage des oiseaux et des animaux. Imaginez un roi qui entend ce que disent les fourmis sous ses pieds et les oiseaux dans le ciel. Ce don lui permettait de percevoir la création d’une manière unique : chaque créature, aussi petite soit-elle, glorifie Allah à sa façon.
Ibn Kathir rapporte que Sulayman utilisait ce don avec sagesse et humilité, et qu’il ne cessa jamais de remercier Allah pour cette faveur exceptionnelle.
⚔️ L’armée de djinns, d’hommes et d’oiseaux
Sulayman ne commandait pas une armée ordinaire. Allah lui soumit trois types de troupes : les hommes, les djinns et les oiseaux. Ils marchaient ensemble, en rangs organisés :
Sourate An-Naml (27) : 17
« Et furent rassemblées pour Sulayman ses armées de djinns, d’hommes et d’oiseaux, et furent mises en rangs. »
C’est une scène sans précédent dans l’histoire de l’humanité : des créatures visibles et invisibles, des êtres du ciel et de la terre, tous réunis sous le commandement d’un seul homme, par la permission d’Allah.
🐜 L’épisode de la fourmi : une leçon d’humilité
Un jour, Sulayman et son immense armée traversèrent une vallée de fourmis. Une petite fourmi, voyant cette armée approcher, cria à ses compagnes :
Sourate An-Naml (27) : 18-19
« Quand ils arrivèrent à la Vallée des Fourmis, une fourmi dit : “Ô fourmis, entrez dans vos demeures, [de peur] que Sulayman et ses armées ne vous écrasent sans s’en rendre compte.” Il sourit, amusé par ses paroles, et dit : “Permets-moi, Seigneur, de rendre grâce pour le bienfait dont Tu m’as comblé ainsi que mes parents, et que je fasse une bonne œuvre que Tu agrées. Et fais-moi entrer, par Ta miséricorde, parmi Tes serviteurs vertueux.” »
Cette scène est d’une beauté remarquable. Le roi le plus puissant du monde s’arrête pour écouter une fourmi. Il ne se met pas en colère, il ne l’ignore pas : il sourit. Et sa première réaction est de remercier Allah. Voilà la marque d’un véritable croyant : plus le pouvoir est grand, plus l’humilité doit être profonde.
🐦 La huppe et la découverte de Saba
Un jour, Sulayman inspecta ses troupes d’oiseaux et remarqua l’absence de la huppe (un petit oiseau au plumage coloré). Il dit :
Sourate An-Naml (27) : 20-21
« Et il passa en revue les oiseaux et dit : “Pourquoi ne vois-je pas la huppe ? Est-elle parmi les absents ? Je la châtierai certes d’un dur châtiment, ou je l’égorgerai, ou bien elle m’apportera un argument évident.” »
La huppe ne tarda pas à revenir avec une nouvelle extraordinaire. Elle avait découvert un peuple gouverné par une reine, qui possédait un trône magnifique mais adorait le soleil au lieu d’Allah :
Sourate An-Naml (27) : 22-24
« [La huppe] dit : “J’ai appris ce que tu n’as point appris. Je te rapporte de Saba une nouvelle sûre. J’ai trouvé qu’une femme règne sur eux et qu’elle a reçu de chaque chose et qu’elle a un trône immense. Je l’ai trouvée, elle et son peuple, se prosternant devant le soleil au lieu d’Allah.” »
👸 L’invitation à la reine de Saba (Bilqis)
Sulayman envoya une lettre à la reine par l’intermédiaire de la huppe. Ibn Kathir rapporte que cette lettre était concise mais puissante :
Sourate An-Naml (27) : 30-31
« Elle dit : “Ô notables ! Une lettre m’a été lancée de noble teneur. Elle vient de Sulayman ; et c’est : Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Ne soyez pas hautains avec moi et venez à moi en toute soumission.” »
La reine, que les exégètes identifient sous le nom de Bilqis, était une femme sage. Plutôt que de répondre par la guerre, elle consulta ses notables et décida d’envoyer un présent à Sulayman pour sonder ses intentions. Mais Sulayman refusa le cadeau :
Sourate An-Naml (27) : 36-37
« Quand [le messager] arriva auprès de Sulayman, celui-ci dit : “Est-ce avec des biens que vous voulez m’aider ? Ce qu’Allah m’a donné est meilleur que ce qu’Il vous a donné. Mais c’est vous plutôt qui vous réjouissez de votre présent. Retourne vers eux : nous viendrons avec des armées contre lesquelles ils n’auront aucune résistance.” »
Sulayman ne cherchait ni richesse ni pouvoir supplémentaire. Son objectif était clair : guider ce peuple vers le monothéisme.
✨ Le trône transporté en un clin d’œil
Avant l’arrivée de Bilqis, Sulayman voulut lui montrer la puissance d’Allah. Il demanda à son entourage qui pourrait lui apporter le trône de la reine :
Sourate An-Naml (27) : 38-40
« Il dit : “Ô notables ! Qui de vous m’apportera son trône avant qu’ils ne viennent à moi soumis ?” Un djinn audacieux dit : “Je te l’apporterai avant que tu ne te lèves de ta place.” Et celui qui avait une connaissance du Livre dit : “Je te l’apporterai avant que tu n’aies cligné de l’œil.” Quand ensuite Sulayman vit le trône installé auprès de lui, il dit : “Cela est de la grâce de mon Seigneur, pour m’éprouver si je suis reconnaissant ou si je suis ingrat. Quiconque est reconnaissant, c’est dans son propre intérêt qu’il le fait, et quiconque est ingrat… alors mon Seigneur Se suffit à Lui-même et Il est Généreux.” »
Remarquez la réaction de Sulayman : il ne s’attribue aucun mérite. Il voit dans ce prodige une épreuve de gratitude. C’est exactement la même attitude que lorsqu’il entendit la fourmi : remercier Allah, encore et toujours.
💎 Le palais de cristal : l’épreuve finale de Bilqis
Sulayman fit construire un palais dont le sol était en cristal transparent, avec de l’eau qui coulait en dessous. Quand Bilqis entra, elle crut que c’était une étendue d’eau et releva sa robe pour ne pas se mouiller :
Sourate An-Naml (27) : 44
« On lui dit : “Entre dans le palais.” Puis, quand elle le vit, elle le prit pour de l’eau profonde et elle se découvrit les jambes. Il dit : “Ceci est un palais pavé de cristal.” Elle dit : “Seigneur, je me suis fait du tort à moi-même. Je me soumets avec Sulayman à Allah, Seigneur de l’Univers.” »
Ce moment est décisif. Bilqis comprit que ses yeux pouvaient la tromper, tout comme son peuple avait été trompé en adorant le soleil au lieu d’Allah. Elle reconnut la vérité et se soumit à Allah.
Ibn Kathir souligne que la conversion de Bilqis illustre la sagesse de Sulayman dans sa da’wa : il n’utilisa pas la force, mais la démonstration, la patience et l’intelligence.
🌬️ Le vent soumis à Sulayman
Parmi les dons qu’Allah accorda à Sulayman, le vent lui obéissait et le transportait où il le souhaitait :
Sourate Saba (34) : 12
« Et à Sulayman [Nous avons assujetti] le vent, dont le parcours du matin équivalait à un mois [de marche] et le parcours du soir équivalait à un mois [de marche]. »
Sourate Sad (38) : 36
« Nous lui assujettîmes alors le vent qui, par son ordre, soufflait modérément partout où il voulait. »
Un voyage d’un mois accompli en une matinée. Allah donna à Sulayman les moyens de gouverner son immense royaume avec efficacité. Mais ce pouvoir sur le vent n’était pas un caprice : c’était un outil au service de sa mission prophétique et de la justice.
🔨 Les djinns bâtisseurs
Les djinns, ces créatures invisibles créées de feu, travaillaient pour Sulayman par la volonté d’Allah. Ils bâtissaient pour lui des édifices monumentaux :
Sourate Saba (34) : 12-13
« Et parmi les djinns il y en avait qui travaillaient sous ses ordres, par permission de son Seigneur. Ils exécutaient pour lui ce qu’il voulait : sanctuaires, statues, plateaux comme des bassins et marmites bien ancrées. “Ô famille de Dawud, œuvrez par gratitude”, alors qu’il y a peu de Mes serviteurs qui sont reconnaissants. »
Le verset se termine par un rappel saisissant : « œuvrez par gratitude ». Même avec tout ce pouvoir, la famille de Dawud était invitée à ne jamais oublier d’où venaient ces bienfaits.
🕯️ La mort de Sulayman : la leçon des djinns
La mort de Sulayman est l’un des récits les plus marquants du Coran. Allah décréta sa mort alors qu’il était appuyé sur son bâton. Les djinns, qui travaillaient sous ses ordres, ne se rendirent pas compte de sa mort et continuèrent leur labeur. Ce n’est que lorsqu’un ver rongea le bâton et que le corps de Sulayman s’effondra qu’ils comprirent :
Sourate Saba (34) : 14
« Puis, quand Nous décidâmes sa mort, rien ne les en avertit excepté un ver de terre qui rongea son bâton. Puis lorsqu’il s’écroula, il apparut clairement aux djinns que s’ils avaient su la réalité invisible, ils ne seraient pas restés dans le châtiment avilissant. »
Ce verset enseigne plusieurs choses profondes. D’abord, les djinns ne connaissent pas l’invisible (al-ghayb), contrairement à ce que croient certaines personnes. Ensuite, c’est une créature infime — un ver de terre — qui révéla la vérité. Allah utilise les moyens les plus humbles pour manifester les plus grandes leçons.
Ibn Kathir commente ce passage en soulignant que cet événement mit fin à la croyance populaire selon laquelle les djinns connaissaient l’avenir.
🛡️ Sulayman innocenté de la sorcellerie
Certaines traditions antérieures à l’Islam attribuaient à Sulayman de la sorcellerie, prétendant que c’est par la magie qu’il commandait les djinns et le vent. Le Coran rejette cette calomnie avec fermeté :
Sourate Al-Baqarah (2) : 102
« […] Et Sulayman n’a point mécru, mais bien les diables ont mécru. »
Le Coran est clair : Sulayman était un prophète d’Allah, un serviteur fidèle et reconnaissant. Son pouvoir venait exclusivement d’Allah, et non d’une quelconque pratique de sorcellerie. Quiconque prétend le contraire calomnie un prophète d’Allah.
Ibn Kathir insiste sur ce point dans son commentaire : les diables enseignaient la sorcellerie aux hommes et l’attribuaient faussement à Sulayman, mais Allah a disculpé Son prophète dans le Coran.
📖 Leçons à retenir
1. La gratitude est la clé de tout bienfait
À chaque don qu’il recevait, Sulayman remerciait Allah. Quand il entendit la fourmi, il remercia. Quand le trône de Bilqis apparut devant lui, il remercia. Allah dit : « Si vous êtes reconnaissants, très certainement J’augmenterai [Mes bienfaits] pour vous » (Sourate Ibrahim, 14:7). Sulayman en est l’illustration vivante.
2. Le pouvoir est une épreuve, pas un privilège
Sulayman possédait le plus grand royaume que l’humanité ait connu. Mais il savait que c’était un test. Allah lui avait donné ce pouvoir pour voir s’il serait reconnaissant ou ingrat. Le pouvoir, la richesse, l’autorité : tout cela est une épreuve. Le croyant sage l’utilise au service d’Allah et des autres.
3. L’humilité face aux créatures les plus petites
Un roi qui s’arrête devant une fourmi, qui sourit en l’écoutant et qui remercie Allah : voilà l’humilité véritable. Aucune créature n’est insignifiante aux yeux d’Allah. Le croyant respecte toute la création, du plus grand au plus petit.
4. La da’wa par la sagesse, pas par la force
Sulayman aurait pu soumettre Bilqis par la guerre. Au lieu de cela, il utilisa la démonstration, la patience et l’intelligence. Bilqis se convertit de son plein gré, convaincue par la vérité. C’est la méthode prophétique : toucher les cœurs, pas les briser.
5. Seul Allah connaît l’invisible
La mort de Sulayman prouva que les djinns ne connaissent pas le futur. Si des créatures aussi puissantes que les djinns ignorent l’invisible, comment un être humain pourrait-il le connaître par la sorcellerie ou la divination ? Seul Allah connaît l’invisible (al-ghayb).