🌍 Contexte : les derniers prophètes d’Isra’il
Zakariyya vécut à une époque charnière de l’histoire des Bani Isra’il. Le Temple de Jérusalem était encore debout, mais la foi s’affaiblissait parmi les gens. La corruption et l’éloignement de la Torah se répandaient. C’est dans ce contexte qu’Allah envoya Zakariyya comme prophète et prêtre pour guider son peuple.
Zakariyya fait partie de la lignée bénie des prophètes d’Isra’il. Le Coran le mentionne parmi les vertueux :
Sourate Al-An’am (6) : 85
« De même, Zakariyya, Yahya, 'Issa et Ilyas, tous étant du nombre des vertueux. »
Il était un serviteur d’Allah dévoué, chargé de l’entretien du Temple et du service religieux. Mais Zakariyya portait dans son cœur une peine silencieuse : il n’avait pas d’enfant. Sa femme était stérile, et lui-même avait atteint un âge très avancé.
👧 Le tuteur de Maryam
Allah confia à Zakariyya une responsabilité particulière : la garde de Maryam, fille de 'Imran. La mère de Maryam avait consacré son enfant au service du Temple avant même sa naissance. Lorsque vint le moment de désigner un tuteur pour la petite Maryam, les prêtres tirèrent au sort, et c’est Zakariyya qui fut choisi.
Sourate Al-Imran (3) : 37
« Son Seigneur l’agréa alors d’un bon agrément, la fit croître en belle croissance, et c’est Zakariyya qui en eut la charge. Chaque fois que Zakariyya entrait auprès d’elle dans le sanctuaire, il trouvait auprès d’elle de la nourriture. Il dit : “Ô Maryam, d’où te vient cela ?” Elle dit : “Cela me vient d’Allah.” Car Allah donne sans compter à qui Il veut. »
Imaginez la scène : Zakariyya, le vieux prêtre, entre dans le sanctuaire pour vérifier que Maryam ne manque de rien. Et chaque fois, il découvre auprès d’elle des fruits hors saison, de la nourriture qu’il n’a pas apportée. Des fruits d’été en hiver, des fruits d’hiver en été.
Stupéfait, il lui demande : « D’où te vient cela ? » Et cette jeune fille répond avec une simplicité désarmante : « Cela me vient d’Allah. Car Allah donne sans compter à qui Il veut. »
💡 L’étincelle de l’espoir
Cette scène transforma Zakariyya. Si Allah pouvait fournir à Maryam de la nourriture miraculeuse – sans aucune cause apparente – alors ne pouvait-Il pas aussi lui accorder un enfant, malgré sa vieillesse et la stérilité de sa femme ?
C’est à ce moment précis, en voyant les provisions miraculeuses de Maryam, que Zakariyya osa espérer l’impossible. Le Coran enchaîne immédiatement :
Sourate Al-Imran (3) : 38
« C’est alors que Zakariyya invoqua son Seigneur et dit : “Ô mon Seigneur, donne-moi, venant de Toi, une descendance bénie. Car Tu es Celui qui entend l’invocation.” »
Le lien entre les deux événements est essentiel : voir la générosité d’Allah envers Maryam raviva l’espoir dans le cœur de Zakariyya. La foi se nourrit des signes d’Allah.
🤲 L’invocation secrète
La sourate Maryam nous offre le détail le plus intime de cette invocation. Zakariyya s’adressa à Allah en secret, dans la solitude de la nuit :
Sourate Maryam (19) : 2-6
« C’est le récit de la miséricorde de ton Seigneur envers Son serviteur Zakariyya. Lorsqu’il invoqua son Seigneur d’une invocation secrète, il dit : “Ô mon Seigneur, mes os sont affaiblis et ma tête s’est enflammée de cheveux blancs. Et je n’ai jamais été malheureux [déçu] en T’invoquant, ô mon Seigneur. Je crains [le comportement de] mes proches, après moi. Et ma femme est stérile. Accorde-moi, de Ta part, un descendant qui hérite de moi et hérite de la famille de Ya’qub. Et fais qu’il Te soit agréable, ô mon Seigneur.” »
Chaque mot de cette invocation est une leçon. Zakariyya commence par décrire sa faiblesse physique – ses os affaiblis, ses cheveux blancs – non pour se plaindre, mais pour montrer son besoin total d’Allah. Puis il affirme sa confiance absolue : « Je n’ai jamais été déçu en T’invoquant. » C’est la certitude (yaqin) que l’invocation sera entendue.
Ensuite, il expose sa crainte : il craint que ses proches, après sa mort, ne préservent pas la religion. Il ne veut pas un enfant pour son confort personnel, mais pour que la prophétie et la guidance continuent après lui. C’est une demande désintéressée.
Et il invoque « en secret » (khafiyya). Ibn Kathir explique que cette discrétion montre la sincérité de Zakariyya : il ne cherchait pas à se montrer devant les gens, mais à s’adresser à Allah dans l’intimité la plus pure.
🎁 L’annonce de Yahya
Allah ne laissa pas cette invocation sans réponse. La bonne nouvelle vint directement :
Sourate Maryam (19) : 7
« “Ô Zakariyya, Nous t’annonçons la bonne nouvelle d’un fils. Son nom sera Yahya. Nous ne lui avons pas donné auparavant d’homonyme.” »
Trois choses remarquables dans cette annonce :
- Allah l’appelle par son nom : « Ô Zakariyya » – une marque d’honneur et de proximité.
- C’est Allah qui nomme l’enfant : « Son nom sera Yahya » – un privilège extrêmement rare.
- Un nom unique : « Nous ne lui avons pas donné auparavant d’homonyme » – personne avant lui n’avait porté ce nom.
Ibn Kathir souligne que le fait qu’Allah Lui-même choisisse le nom de l’enfant indique le rang élevé de Yahya auprès de son Seigneur.
😮 L’étonnement naturel
Malgré sa foi et sa confiance en Allah, Zakariyya fut saisi d’étonnement. C’est une réaction humaine, naturelle, qui ne traduit pas un doute mais une stupéfaction devant l’ampleur du miracle :
Sourate Maryam (19) : 8
« Il dit : “Ô mon Seigneur, comment aurais-je un fils, quand ma femme est stérile et que je suis arrivé à la vieillesse avancée ?” »
Et dans la sourate Al-Imran, la réponse est encore plus explicite :
Sourate Al-Imran (3) : 40
« Il dit : “Ô mon Seigneur, comment aurais-je un garçon, quand la vieillesse m’a atteint et que ma femme est stérile ?” “C’est ainsi !” dit [Allah]. “Allah fait ce qu’Il veut.” »
« C’est ainsi ! Allah fait ce qu’Il veut. » Cette réponse balaie toutes les objections humaines. Les lois de la nature ne sont pas des limites pour le Créateur de la nature. Si Allah décrète une chose, Il dit « Sois ! » et elle est.
🤫 Le signe : trois jours de silence
Pour confirmer cette promesse, Allah donna à Zakariyya un signe :
Sourate Maryam (19) : 10
« [Allah] dit : “Ton signe sera que tu ne pourras pas parler aux gens pendant trois nuits, tout en étant en bonne santé.” »
Et dans la sourate Al-Imran :
Sourate Al-Imran (3) : 41
« “Ô mon Seigneur, dit-il, accorde-moi un signe.” “Ton signe, dit [Allah], sera que pendant trois jours tu ne pourras parler aux gens que par gestes. Et invoque beaucoup ton Seigneur ; et glorifie-Le, en fin et en début de journée.” »
Zakariyya ne pouvait plus parler – non par maladie, mais par décret divin. Ce silence forcé avait une sagesse profonde : privé de la parole, Zakariyya était invité à se tourner encore plus vers Allah par le dhikr intérieur et la glorification.
Sourate Maryam (19) : 11
« Il sortit alors vers son peuple de son sanctuaire, puis leur fit signe de glorifier [Allah] matin et soir. »
Même dans son silence, Zakariyya continuait à appeler son peuple vers Allah. Il leur fit comprendre par gestes qu’ils devaient glorifier leur Seigneur. Un prophète ne cesse jamais sa mission.
🌟 Un prophète parmi les vertueux
Le Coran place Zakariyya dans la liste des prophètes les plus honorés :
Sourate Al-Anbiya (21) : 89-90
« Et Zakariyya, quand il implora son Seigneur : “Ô mon Seigneur, ne me laisse pas seul, et Tu es le Meilleur des héritiers.” Nous l’exauçâmes, lui donnâmes Yahya et guérîmes son épouse. Ils s’empressaient, certes, dans les bonnes œuvres, Nous invoquaient par amour et par crainte, et étaient humbles devant Nous. »
Ce verset décrit la famille de Zakariyya avec trois qualités essentielles :
- L’empressement dans les bonnes œuvres : ils ne remettaient pas à demain.
- L’invocation par amour et par crainte : un équilibre parfait entre espoir et révérence.
- L’humilité devant Allah : malgré leur rang de prophètes.
💔 La fin tragique
Ibn Kathir rapporte, en s’appuyant sur les traditions des gens du Livre et certains récits des compagnons, que Zakariyya connut une fin tragique. Les Bani Isra’il, qui avaient tué de nombreux prophètes avant lui, le poursuivirent. Zakariyya se réfugia dans un arbre creux, mais ses ennemis scièrent l’arbre avec lui à l’intérieur.
Cette tradition, bien que rapportée par Ibn Kathir, n’est pas confirmée par un hadith sahih du Prophète ﷺ. Néanmoins, elle est cohérente avec ce que le Coran dit des Bani Isra’il qui tuaient les prophètes :
Sourate Al-Baqarah (2) : 87
« […] Chaque fois qu’un messager vous apportait ce que vous ne désiriez pas, vous vous enfliez d’orgueil. Vous traitiez les uns de menteurs et vous tuiez les autres. »
Si cette tradition est authentique, Zakariyya mourut en martyr – un prophète qui donna sa vie pour la vérité.
📖 Leçons à retenir
1. Ne jamais désespérer de la réponse d’Allah
Zakariyya était très âgé, sa femme était stérile, et toutes les causes matérielles étaient contre lui. Pourtant, il invoqua Allah, et Allah lui répondit. Les conditions humaines ne limitent pas la puissance divine.
2. Invoquer avec sincérité et humilité
L’invocation de Zakariyya est un modèle : il la fit en secret, avec des mots choisis, en exposant sa faiblesse devant Allah. Il ne demanda pas avec arrogance mais avec la certitude humble que son Seigneur l’entendait. « Je n’ai jamais été déçu en T’invoquant » – quelle belle parole de confiance.
3. La foi se nourrit des signes d’Allah
C’est en voyant la nourriture miraculeuse de Maryam que Zakariyya retrouva l’espoir. Les signes d’Allah sont partout autour de nous. Celui qui les observe avec un cœur attentif verra sa foi grandir.
4. La transmission de la foi est une responsabilité
Zakariyya ne voulait pas un enfant pour lui-même, mais pour perpétuer la prophétie et la guidance. Il craignait que la religion se perde après lui. Chaque parent, chaque éducateur porte cette responsabilité : transmettre la foi à la génération suivante.
5. Allah exauce au-delà de nos espérances
Zakariyya demanda un descendant. Allah lui donna Yahya – un prophète au nom unique, rempli de sagesse dès l’enfance, mentionné dans le Coran pour l’éternité. La réponse d’Allah dépasse toujours ce que nous imaginons.