📖 Tafsir - 'Abasa 80:1-42 - La leçon de l’aveugle
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📚 Étude de la Sourate
📌 L’aveugle, la création de l’homme et le fracas du Jour dernier
Référence : Sourate 'Abasa (80), Versets 1-42
Contexte du signet :
'Abasa (« Il s’est renfrogné ») est une sourate mecquoise dont la cause de révélation est l’un des épisodes les plus célèbres de la Sira. Selon Ibn Kathir, citant 'Aïsha (رضي الله عنها) et d’autres, le Prophète ﷺ était en train de s’adresser à des notables de Quraysh, espérant leur conversion, quand 'Abdullah ibn Umm Maktum (رضي الله عنه), un homme aveugle et pauvre, l’interrompit pour demander qu’on lui enseigne. Le Prophète ﷺ fronça les sourcils et se détourna. Allah révéla alors ce blâme pour enseigner que la sincérité du cœur prime sur le rang social.
Versets clés en français :
80:1-4 : « Il s’est renfrogné et s’est détourné, parce que l’aveugle est venu à lui. Qui te dit : peut-être cherche-t-il à se purifier ? Ou à se rappeler, et le Rappel lui profitera ? »
80:5-7 : « Quant à celui qui se croit au-dessus [de tout], c’est vers lui que tu te tournes, alors que tu n’as pas à répondre de ce qu’il ne se purifie pas. »
80:17-19 : « Que l’homme périsse ! Comme il est ingrat ! De quoi [Allah] l’a-t-Il créé ? D’une goutte de sperme. Il l’a créé puis proportionné. »
80:24-27 : « Que l’homme regarde sa nourriture ! C’est Nous qui versons l’eau abondamment, puis Nous fendons la terre par fissures, et y faisons pousser grains, vignes et légumes. »
80:33-37 : « Puis, quand viendra le Fracas, le jour où l’homme fuira son frère, sa mère et son père, sa compagne et ses fils. Ce jour-là, chacun d’eux aura une affaire qui l’absorbera. »
Tafsir consulté :
- [x] Ibn Kathir
- [ ] At-Tabari
- [ ] Al-Qurtubi
- [ ] Autre : _______________
Notes du tafsir :
Ibn Kathir consacre une attention particulière à cette sourate qui illustre l’éthique prophétique et l’égalité devant Allah.
Points clés :
L’incident de l’aveugle (v.1-10) : Le blâme divin adressé au Prophète ﷺ est d’une portée immense. Ibn Kathir rapporte qu’après cette révélation, le Prophète ﷺ accueillit toujours Ibn Umm Maktum avec le plus grand honneur, lui disant : « Bienvenue à celui au sujet de qui mon Seigneur m’a interpellé ! » Il le nomma même gouverneur de Médine par intérim lors de certaines expéditions. Cette correction divine enseigne que le critère de valeur auprès d’Allah n’est ni la richesse ni le rang social, mais la sincérité de la quête spirituelle. Celui qui vient volontairement chercher la guidance mérite plus d’attention que celui qui s’en détourne par orgueil.
Le blâme proportionné et la miséricorde (v.5-10) : Ibn Kathir note que le blâme est formulé à la troisième personne (« il s’est renfrogné ») et non à la deuxième, ce qui témoigne d’une délicatesse divine envers le Prophète ﷺ. Allah ne dit pas « tu t’es renfrogné » mais « il s’est renfrogné », adoucissant le reproche tout en le rendant universel. L’imam Ahmad rapporte que le Prophète ﷺ ne fronça plus jamais les sourcils devant un humble après cela.
L’ingratitude de l’homme (v.17-22) : « Qutila al-insan » (que l’homme périsse !) est une expression d’étonnement face à l’ingratitude. Allah rappelle les étapes de la création : une goutte de sperme, puis le proportionnement, puis la facilitation du chemin (la naissance), puis la mort, puis la mise en tombe, puis la résurrection. Ibn Kathir souligne que chaque étape est un bienfait : même la mort et la tombe sont des étapes ordonnées par la sagesse divine. L’homme qui refuse de reconnaître son Créateur après tant de bienfaits est au comble de l’ingratitude.
La nourriture comme signe (v.24-32) : Allah invite l’homme à observer sa propre subsistance. Le processus est décrit avec précision : la pluie abondante, la terre fendue, puis la pousse des grains, des vignes, des légumes, des oliviers, des palmiers, des jardins touffus, des fruits et des herbes — « jouissance pour vous et pour vos troupeaux ». Ibn Kathir explique que cette énumération de bienfaits a un double objectif : prouver la puissance créatrice (argument pour la résurrection) et rappeler les grâces qu’implique la gratitude (argument contre l’ingratitude dénoncée aux versets précédents).
Le Fracas — As-Sakhkha (v.33-37) : « As-Sakhkha » est l’un des noms du Jour de la Résurrection. Ibn Kathir le définit comme le cri assourdissant qui percera les tympans. Ce jour-là, les liens les plus sacrés seront rompus : l’homme fuira son frère, sa mère, son père, son épouse et ses fils. Chacun sera absorbé par sa propre affaire (sha’n yughnih). Le Prophète ﷺ a dit : « Les gens seront ressuscités pieds nus, non circoncis. » 'Aïsha demanda : « Les hommes et les femmes se regarderont-ils ? » Il répondit : « Ô 'Aïsha, l’affaire est bien trop grave pour qu’ils se regardent » (Sahih al-Bukhari, Livre des Prophètes, n°3349).
Les visages de lumière et les visages de ténèbres (v.38-42) : Les visages ce jour-là seront de deux types : des visages lumineux, rieurs, joyeux (musfirah, dahikah, mustabshirah) — ceux des croyants ; et des visages couverts de poussière, recouverts de ténèbres (ghabara, tarhaquha qatarah) — ceux des mécréants et des pervers (al-kafarah al-fajarah). Ibn Kathir note le contraste saisissant : la joie des uns face à la désolation des autres, scène finale qui résume l’ensemble du message de la sourate.
Leçon universelle de la sourate : Ibn Kathir tire de cette sourate un principe fondamental de l’éthique islamique : la valeur d’une personne auprès d’Allah se mesure à sa piété et à sa sincérité, non à sa position sociale. Cette sourate est la preuve que le Coran n’est pas une invention du Prophète ﷺ, car aucun homme ne s’adresserait à lui-même un tel blâme public. Le fait qu’Allah corrige Son propre Messager ﷺ sur un comportement humainement compréhensible montre l’origine divine du Coran.
Date de vérification : 2026-02-21
Dernière mise à jour : 2026-02-21