📖 Tafsir - Ad-Dukhan 44:1-29 - La fumée et la nuit bénie
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📚 Étude des Versets
📌 La révélation lors de la nuit bénie, le signe de la fumée et l’arrogance de Pharaon
Référence : Sourate Ad-Dukhan (44), Versets 1-29
Contexte du signet :
Ad-Dukhan (La Fumée) est une sourate mecquoise de 59 versets. Son nom vient du verset 10 qui mentionne une « fumée visible » (dukhân mubîn) comme signe du châtiment. Cette sourate s’ouvre par une référence à la révélation du Coran lors d’une « nuit bénie » (layla mubâraka), identifiée par les savants comme Laylat al-Qadr (la Nuit du Destin). Les versets présentent le signe de la fumée comme avertissement, rappellent l’arrogance de Pharaon et sa destruction, et la délivrance des Enfants d’Israël choisis par Allah.
Versets clés en français :
44:2-6 : « Par le Livre explicite ! Nous l’avons fait descendre en une nuit bénie. Nous sommes en vérité Celui qui avertit. Durant laquelle est décidé tout ordre sage, un ordre venant de Nous. C’est Nous qui envoyons les messagers, à titre de miséricorde de la part de ton Seigneur. »
44:10-12 : « Eh bien, attends le jour où le ciel apportera une fumée visible qui couvrira les gens. “C’est un châtiment douloureux ! Seigneur, enlève de nous le châtiment. Car [vraiment] nous croyons.” »
44:13-14 : « Comment leur servira le rappel alors qu’un messager explicite leur est déjà venu, puis ils s’en sont détournés en disant : “C’est un enseigné, un possédé.” »
44:17-20 : « Et certes, avant eux, Nous avons éprouvé le peuple de Pharaon. Un noble messager leur était venu, [leur disant :] “Remettez-moi les serviteurs d’Allah [les Enfants d’Israël]. Je suis pour vous un messager digne de confiance. Ne vous élevez pas face à Allah. Je viens à vous avec une preuve évidente. Et je me réfugie auprès de mon Seigneur et le vôtre, de peur que vous ne me lapidiez.” »
44:23-24 : « [Allah dit :] “Pars de nuit avec Mes serviteurs, car vous serez poursuivis. Et laisse la mer calme [ouverte]. Ce sont des armées vouées à la noyade.” »
44:25-27 : « Combien de jardins et de sources ils laissèrent, et de cultures et de nobles demeures, et de bienfaits au milieu desquels ils se réjouissaient ! Ainsi [fut leur fin]. Et Nous les donnâmes en héritage à un autre peuple. »
Tafsir consulté :
- [x] Ibn Kathir
- [ ] At-Tabari
- [ ] Al-Qurtubi
- [ ] Autre : _______________
Notes du tafsir :
Ibn Kathir analyse ces versets comme un avertissement centré sur la nuit bénie de la révélation, le signe de la fumée et la leçon de Pharaon.
Points clés :
La nuit bénie de la révélation (v.2-6) : « Nous l’avons fait descendre en une nuit bénie. » Ibn Kathir identifie cette nuit comme Laylat al-Qadr (la Nuit du Destin), conformément au verset de sourate Al-Qadr : « Nous l’avons fait descendre durant la Nuit du Destin » (97:1). Le Coran fut descendu du Lawh al-Mahfûdh (la Tablette Préservée) au ciel le plus proche (Bayt al-'Izza) en une fois durant cette nuit, puis révélé progressivement au Prophète ﷺ sur 23 ans. « Durant laquelle est décidé tout ordre sage » — les décrets divins pour l’année entière sont fixés lors de cette nuit. C’est l’avis d’Ibn 'Abbas, de Qatada et d’autres exégètes.
Le signe de la fumée (v.10-16) : « Attends le jour où le ciel apportera une fumée visible. » Ibn Kathir rapporte deux interprétations majeures. Ibn Mas’ud رضي الله عنه a dit qu’il s’agit de la famine que les Qurayshites subirent quand le Prophète ﷺ invoqua Allah contre eux : la faim était si sévère qu’ils voyaient comme une fumée entre eux et le ciel. D’autres savants, dont Ibn 'Abbas, disent que c’est un signe futur qui précédera l’Heure — une fumée réelle qui couvrira la terre. Le Prophète ﷺ a mentionné la fumée (ad-dukhân) parmi les dix signes majeurs de l’Heure. (Sahih Muslim, n°2901)
Le Prophète ﷺ qualifié d’« enseigné » et de « possédé » (v.13-14) : Les Qurayshites se détournèrent du Prophète ﷺ en disant : « C’est un enseigné (mu’allam), un possédé (majnûn). » Ibn Kathir note la contradiction dans leurs accusations : ils l’appellent tantôt « enseigné » (par un humain), tantôt « possédé » (par les djinns) — les deux s’excluent mutuellement. Ces accusations contradictoires révèlent leur désarroi face à la puissance du Coran qu’ils ne pouvaient ni contrefaire ni réfuter rationnellement.
Moussa et la libération des Enfants d’Israël (v.17-22) : Moussa se présenta à Pharaon comme « un messager digne de confiance » (rasûlun amîn) et demanda la libération des « serviteurs d’Allah » — les Enfants d’Israël réduits en esclavage. « Ne vous élevez pas face à Allah » ('alâ allâhi) — ne faites pas preuve d’arrogance envers la volonté divine. Face au refus, Moussa dit : « Si vous ne me croyez pas, éloignez-vous de moi » — ne me combattez pas. Ibn Kathir souligne la sagesse de Moussa : il proposa d’abord la persuasion, puis la neutralité, avant la confrontation.
L’ordre divin de partir de nuit (v.23-24) : Allah ordonna à Moussa : « Pars de nuit avec Mes serviteurs, car vous serez poursuivis. Et laisse la mer calme. » L’expression « laisse la mer calme » (utruk al-bahra rahwan) signifie : traverse la mer et laisse-la ouverte — ne la referme pas, car Pharaon et son armée y entreront et seront noyés. Ibn Kathir explique que c’est un piège divin : la mer ouverte attira Pharaon et ses troupes qui pensèrent pouvoir traverser comme les Israélites, mais furent engloutis. « Ce sont des armées vouées à la noyade » (jundun mughraqûn).
Les richesses abandonnées par Pharaon (v.25-28) : « Combien de jardins et de sources ils laissèrent, et de cultures et de nobles demeures. » Toute la splendeur de l’Égypte antique — jardins, rivières, récoltes, palais, luxe — fut abandonnée en un instant. Ibn Kathir note l’ironie : Pharaon qui se vantait de posséder « le royaume d’Égypte et ces rivières qui coulent à mes pieds » (43:51) perdit tout. « Ni le ciel ni la terre ne pleurèrent sur eux » — contrairement aux croyants dont le départ est pleuré par les cieux et la terre, la disparition des tyrans ne provoque aucun regret dans la création.
Les Enfants d’Israël élus malgré leurs faiblesses (v.30-33) : Allah sauva les Enfants d’Israël du « châtiment avilissant » de Pharaon et les « choisit sciemment parmi tous les peuples ». Ibn Kathir précise que ce choix était valable « pour leur époque » — ils furent élus tant qu’ils suivirent la guidance. Allah leur donna des signes contenant « une épreuve manifeste (balâ’un mubîn) » — le terme « balâ’ » signifie à la fois épreuve et bienfait, car les signes étaient des bienfaits pour ceux qui croyaient et des épreuves pour ceux qui doutaient.
Hadiths connexes :
Le Prophète ﷺ mentionna les dix signes majeurs de l’Heure, parmi lesquels « la fumée » (ad-dukhân). (Sahih Muslim, n°2901)
Le Prophète ﷺ a dit : « Cherchez Laylat al-Qadr dans les nuits impaires des dix dernières nuits de Ramadan. » (Sahih al-Bukhari, n°2017)
Date de vérification : 2026-02-21
Dernière mise à jour : 2026-02-21