📖 Tafsir - Al-Ahqaf 46:1-35 - Les dunes et la patience des prophètes
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📚 Étude des Versets
📌 Le Coran confirme la Torah, la piété filiale, la destruction de 'Ad et les djinns qui écoutent le Coran
Référence : Sourate Al-Ahqaf (46), Versets 1-35
Contexte du signet :
Al-Ahqaf (Les Dunes de Sable) est une sourate mecquoise de 35 versets, la dernière du groupe des sept sourates « Ha-Mim ». Son nom vient du verset 21 qui mentionne les Ahqaf — les dunes de sable du désert où vivait le peuple de 'Ad. Cette sourate aborde plusieurs thèmes majeurs : la confirmation des Écritures précédentes par le Coran, l’injonction de la piété filiale avec le célèbre verset sur les 30 mois de grossesse et d’allaitement (v.15), la destruction de 'Ad par un vent dévastateur, et le récit fascinant des djinns qui écoutèrent le Coran et crurent (v.29-32). C’est une sourate d’une grande richesse thématique.
Versets clés en français :
46:9 : « Dis : “Je ne suis pas une innovation parmi les messagers. Et je ne sais pas ce que l’on fera de moi ni de vous. Je ne fais que suivre ce qui m’est révélé. Et je ne suis qu’un avertisseur explicite.” »
46:10 : « Dis : “Que pensez-vous ? Si [ce Coran] est d’Allah et que vous n’y croyez pas, alors qu’un témoin parmi les Enfants d’Israël en a attesté un semblable et a cru, tandis que vous vous enflez d’orgueil…” »
46:15 : « Et Nous avons enjoint à l’homme de la bonté envers ses père et mère. Sa mère l’a porté avec peine et en a accouché avec peine ; et sa grossesse et son sevrage durent trente mois. Puis quand il atteint ses pleines forces et atteint quarante ans, il dit : “Ô mon Seigneur, inspire-moi pour que je rende grâce au bienfait dont Tu m’as comblé ainsi qu’à mes père et mère.” »
46:21 : « Et rappelle le frère des 'Ad, quand il avertit son peuple, parmi les dunes — Loss avertisseurs sont passés avant et après lui — [leur disant :] “N’adorez qu’Allah. Je crains pour vous le châtiment d’un jour terrible.” »
46:24-25 : « Puis quand ils le virent comme un nuage se dirigeant vers leurs vallées, ils dirent : “Voici un nuage qui va nous donner de la pluie.” Non ! C’est plutôt ce que vous cherchiez à hâter : un vent contenant un châtiment douloureux, détruisant tout, par le commandement de son Seigneur. Le lendemain on ne voyait plus que leurs demeures. »
46:29-30 : « Et quand Nous dirigeâmes vers toi un groupe de djinns pour écouter le Coran, et quand ils assistèrent [à sa lecture], ils dirent : “Écoutez attentivement.” Puis quand ce fut terminé, ils retournèrent vers leur peuple en avertisseurs. Ils dirent : “Ô notre peuple, nous avons entendu un Livre qui a été descendu après Moussa, confirmant ce qui l’a précédé. Il guide vers la vérité et vers un chemin droit.” »
46:35 : « Endure donc, comme ont enduré les messagers doués de fermeté. »
Tafsir consulté :
- [x] Ibn Kathir
- [ ] At-Tabari
- [ ] Al-Qurtubi
- [ ] Autre : _______________
Notes du tafsir :
Ibn Kathir analyse cette sourate comme un appel final à la patience et à la persévérance, illustré par des exemples variés allant de la piété filiale à la destruction de 'Ad et à la conversion des djinns.
Points clés :
Le Prophète ﷺ n’est pas une « innovation » parmi les messagers (v.9) : « Je ne suis pas une innovation (bid’an) parmi les messagers » — le Prophète ﷺ n’est pas le premier messager, ni le porteur d’un message inédit. Il s’inscrit dans la continuité de tous les prophètes précédents. « Je ne sais pas ce que l’on fera de moi ni de vous » — il ne connaît pas l’avenir, ne prétend pas à la divinité, et ne fait que transmettre ce qui lui est révélé. Ibn Kathir souligne l’humilité prophétique : malgré son rang immense, le Prophète ﷺ se présente comme un simple transmetteur et avertisseur.
Le témoignage d’un savant des Enfants d’Israël (v.10) : « Un témoin parmi les Enfants d’Israël en a attesté un semblable et a cru. » Ibn Kathir identifie ce témoin comme 'Abdullah ibn Salam رضي الله عنه, un rabbin juif de Médine qui reconnut la description du Prophète ﷺ dans la Torah et embrassa l’Islam. L’argument est puissant : si un savant des Écritures précédentes reconnaît la vérité du Coran, comment les Qurayshites — qui n’ont aucune connaissance des Écritures — peuvent-ils le rejeter par orgueil ?
La piété filiale et les 30 mois (v.15-16) : L’un des versets les plus cités sur les droits des parents : « Sa mère l’a porté avec peine et en a accouché avec peine ; et sa grossesse et son sevrage durent trente mois. » Ibn Kathir note que ce verset, combiné avec le verset « et son sevrage a lieu à deux ans » (31:14), permet de déduire que la durée minimale de la grossesse est de six mois (30 - 24 = 6). C’est un raisonnement juridique attribué à 'Ali ibn Abi Talib رضي الله عنه. L’invocation qui suit — « Ô mon Seigneur, inspire-moi pour que je rende grâce » — est un modèle pour le croyant qui atteint la maturité (quarante ans) et réalise l’ampleur des bienfaits divins et parentaux.
Ceux qui rejettent leurs parents croyants (v.17-18) : En contraste avec le fils pieux, celui qui dit à ses parents : « Fi donc de vous ! Me promettez-vous qu’on me fera sortir de terre, alors que des générations avant moi sont passées ? » Il renie la résurrection malgré les supplications de ses parents. Ibn Kathir note que ces versets établissent que la filiation ne garantit pas la guidance : même des parents croyants peuvent avoir un enfant mécréant. La responsabilité individuelle prime sur le lien familial.
'Ad et les dunes : le vent de destruction (v.21-26) : Hud avertit son peuple parmi les Ahqaf (dunes de sable dans le sud de la péninsule arabique). Quand ils virent un nuage se diriger vers leurs vallées, ils se réjouirent, pensant à la pluie. Mais c’était « un vent contenant un châtiment douloureux, détruisant tout par le commandement de son Seigneur ». Ibn Kathir rapporte que ce vent souffla pendant sept nuits et huit jours (cf. Al-Haqqah 69:7), et fut si violent que « le lendemain on ne voyait plus que leurs demeures ». La tragédie est amplifiée par l’ironie : ce qu’ils croyaient être une bénédiction (pluie) était en réalité le châtiment qu’ils avaient eux-mêmes défié.
Les djinns qui écoutent le Coran (v.29-32) : « Nous dirigeâmes vers toi un groupe de djinns pour écouter le Coran. » Ibn Kathir rapporte que ce groupe de djinns — entre sept et neuf, originaires de Ninive selon certains récits — entendit le Prophète ﷺ réciter le Coran (certains disent lors de la prière de Fajr à Nakhla). Ils furent immédiatement convaincus : « Nous avons entendu un Livre descendu après Moussa, confirmant ce qui l’a précédé. Il guide vers la vérité. » Ils retournèrent ensuite vers leur peuple comme « avertisseurs » (mundhirîn). Ce passage prouve que le message du Prophète ﷺ est universel : il s’adresse aux humains et aux djinns.
L’exhortation finale à la patience (v.35) : « Endure donc (fasbir), comme ont enduré les messagers doués de fermeté (ulu al-'azm). » Ibn Kathir explique que les « ulu al-'azm » sont les cinq plus grands prophètes : Nuh, Ibrahim, Moussa, 'Issa et Muhammad ﷺ (cf. Al-Ahzab 33:7 et Ash-Shura 42:13). Le Prophète ﷺ est invité à prendre modèle sur leur patience face à l’adversité. « Et ne cherche pas à hâter [le châtiment] pour eux » — la patience implique aussi de laisser le temps à Allah. « Le jour où ils verront ce qui leur est promis, il leur semblera n’être restés [dans ce monde] qu’une heure d’un jour. »
Hadiths connexes :
Le Prophète ﷺ a dit : « Qu’Allah maudisse celui qui désobéit à ses parents. » (Rapporté dans différentes variantes ; la piété filiale est confirmée comme l’une des meilleures œuvres dans Sahih al-Bukhari, n°527 et Sahih Muslim, n°85)
Ibn Mas’ud رضي الله عنه rapporte que les djinns vinrent au Prophète ﷺ et lui dirent : « Ô Muhammad, interdis à ta communauté de se nettoyer avec des os ou du crottin, car Allah en a fait une nourriture pour nous. » (Sahih al-Bukhari, n°3860)
Date de vérification : 2026-02-21
Dernière mise à jour : 2026-02-21