Al-An'am 6:121-165 - Les dix commandements et la voie droite

📖 Tafsir - Al-An’am 6:121-165 - Les dix commandements et la voie droite

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📚 Étude des Versets

📌 L’interdiction alimentaire, les commandements divins et l’appel final au chemin droit

Référence : Sourate Al-An’am (6), Versets 121-165

Contexte du signet :

Cette dernière section d’Al-An’am est le point culminant de la sourate. Elle contient le passage dit des « dix commandements » (wasaya 'ashr) — versets 151 à 153 — considéré par de nombreux exégètes comme l’un des plus importants du Coran en matière de législation éthique. Ces commandements universels — interdiction du shirk, respect des parents, interdiction du meurtre, de l’adultère, du vol des biens de l’orphelin, etc. — sont présentés comme le fondement de la voie droite (sirat mustaqim) que les croyants sont appelés à suivre. La sourate se clôt sur l’affirmation de la soumission totale à Allah et de l’universalité du message.

Versets clés en français :

6:121 : « Et ne mangez pas de ce sur quoi le nom d’Allah n’a pas été prononcé, car ce serait une perversité. Les diables inspirent à leurs alliés de disputer avec vous. Si vous leur obéissez, vous deviendrez certes des associateurs. »

6:141 : « C’est Lui qui a créé les jardins treillagés et non treillagés, les palmiers et les champs aux récoltes diverses, l’olivier et le grenadier, semblables ou différents. Mangez de leurs fruits quand ils fructifient et acquittez-en les droits le jour de la récolte. Et ne gaspillez point car Il n’aime pas les gaspilleurs. »

6:151 : « Dis : “Venez, je vais réciter ce que votre Seigneur vous a interdit : ne Lui associez rien ; et soyez bienfaisants envers vos père et mère. Ne tuez pas vos enfants pour cause de pauvreté : Nous vous nourrissons tout comme eux. N’approchez pas des turpitudes ouvertement ou en cachette. Ne tuez point la vie qu’Allah a rendu sacrée, sauf en droit. Voilà ce qu’[Allah] vous a recommandé, peut-être comprendrez-vous.” »

6:152 : « Et ne vous approchez des biens de l’orphelin que de la plus belle manière, jusqu’à ce qu’il atteigne sa majorité. Et donnez la juste mesure et le bon poids, en toute justice. Nous n’imposons à une âme que selon sa capacité. Et quand vous parlez, soyez équitables même s’il s’agit d’un proche parent. Et remplissez votre engagement envers Allah. Voilà ce qu’Il vous enjoint. Peut-être vous rappellerez-vous. »

6:153 : « Et voilà Mon chemin dans toute sa rectitude, suivez-le donc ; et ne suivez pas les sentiers qui vous écartent de Sa voie. Voilà ce qu’Il vous enjoint. Ainsi atteindrez-vous la piété. »

6:159 : « Ceux qui émiettent leur religion et se divisent en sectes, tu n’es responsable d’eux en rien. Leur sort ne dépend que d’Allah. Puis Il les informera de ce qu’ils faisaient. »

6:162-163 : « Dis : “En vérité, ma prière, mes actes de dévotion, ma vie et ma mort appartiennent à Allah, Seigneur des mondes. À Lui nul associé ! Et voilà ce qu’il m’a été ordonné, et je suis le premier à me soumettre.” »

Tafsir consulté :

  • [x] Ibn Kathir
  • [ ] At-Tabari
  • [ ] Al-Qurtubi
  • [ ] Autre : _______________

Notes du tafsir :

Ibn Kathir considère les versets 151-153 comme le « testament d’Allah à Ses serviteurs » — un code éthique universel qui transcende les époques et les législations. Ce passage final scelle la sourate par un appel à la soumission totale.

Points clés :

  1. L’interdiction de manger sans le nom d’Allah (v.121) : Ce verset établit que toute viande sur laquelle le nom d’Allah n’a pas été prononcé est « fisq » (perversité). Ibn Kathir rapporte que les polythéistes tentèrent d’argumenter avec les musulmans : « Vous mangez ce que vous tuez vous-mêmes, mais vous ne mangez pas ce qu’Allah a tué [la bête morte naturellement] ? » Allah révéla que cette argumentation était inspirée par les diables (shayatin) à leurs alliés. Obéir à cette logique pervertie équivaudrait au shirk — l’association. Ce verset est le fondement de l’obligation de la tasmiya (prononcer « Bismillah ») à l’abattage.

  2. Le droit de la récolte et l’interdiction du gaspillage (v.141) : Allah a créé les jardins pour que les hommes en jouissent — mais Il impose deux obligations : « acquittez-en les droits le jour de la récolte » et « ne gaspillez point ». Ibn Kathir note que « le droit le jour de la récolte » fait référence, selon certains, à la zakat obligatoire (le dixième ou le vingtième selon le mode d’irrigation), et selon d’autres, à une aumône générale antérieure à la prescription de la zakat (puisque ce verset est mecquois et la zakat fut prescrite à Médine). L’interdiction du gaspillage (israf) est un principe islamique universel : Allah « n’aime pas les gaspilleurs » (la yuhibbu al-musrifin).

  3. Premier commandement : l’interdiction du shirk (v.151) : « Ne Lui associez rien. » Ibn Kathir note que c’est le premier et le plus important des commandements, car le shirk est le seul péché qu’Allah ne pardonne pas (An-Nisa 4:48). Tout le reste de la législation n’a de sens que si le tawhid est intact. Ce commandement est partagé par tous les prophètes, d’Adam à Muhammad ﷺ.

  4. La bienfaisance envers les parents et l’interdiction de l’infanticide (v.151) : Immédiatement après le tawhid vient le devoir envers les parents (ihsan bi al-walidayn) — ce qui montre son rang dans la hiérarchie des obligations. Puis l’interdiction de tuer ses enfants « pour cause de pauvreté » — une pratique des Arabes préislamiques qui enterraient vivantes leurs filles par crainte de la honte ou de la misère. Allah rassure : « Nous vous nourrissons tout comme eux » — la subsistance vient de Lui, non de l’enfant ni du parent.

  5. L’interdiction des turpitudes et du meurtre (v.151) : « N’approchez pas des turpitudes » (al-fawahish) — Ibn Kathir inclut dans ce terme l’adultère (zina), l’homosexualité et toute indécence grave — « ouvertement ou en cachette », car le péché reste péché qu’il soit public ou secret. « Ne tuez point la vie qu’Allah a rendu sacrée, sauf en droit » — le meurtre est interdit sauf dans les cas prévus par la loi divine (légitime défense, application de la peine capitale par l’autorité légitime). Ibn Kathir cite le hadith : « Le sang du musulman n’est licite que dans trois cas : l’adultère après mariage, la vie pour la vie, et l’apostat qui quitte la communauté. » (Sahih al-Bukhari, n°6878 ; Sahih Muslim, n°1676)

  6. Les biens de l’orphelin, la justice et l’engagement (v.152) : Trois commandements supplémentaires : (a) protéger les biens de l’orphelin « de la plus belle manière » jusqu’à sa majorité — Ibn Kathir note que le tuteur doit faire fructifier ces biens ou au minimum les préserver, sans jamais y toucher pour son profit ; (b) donner la juste mesure et le bon poids — l’honnêteté dans les transactions, avec la précision « Nous n’imposons à une âme que selon sa capacité » qui tempère l’obligation par la miséricorde ; © être équitable dans le témoignage et la parole, même envers un proche parent — la justice n’admet aucun favoritisme.

  7. La voie droite et l’interdiction des sentiers déviants (v.153) : « Voilà Mon chemin dans toute sa rectitude, suivez-le donc. » Ibn Kathir rapporte le hadith célèbre d’Ibn Mas’ud رضي الله عنه : « Le Prophète ﷺ traça une ligne droite et dit : “Voilà le chemin d’Allah.” Puis il traça des lignes de chaque côté et dit : “Voilà les sentiers ; sur chacun d’eux se tient un diable qui y invite.” Puis il récita : ‘Et voilà Mon chemin dans toute sa rectitude, suivez-le donc…’ » (Musnad Ahmad, n°4142 ; authentifié par Al-Hakim). Le « sirat mustaqim » est un — les « subul » (sentiers) sont multiples. Chaque innovation, chaque secte, chaque déviation est un sentier latéral qui éloigne de la voie principale.

  8. La soumission totale et la clôture de la sourate (v.162-163) : « Ma prière, mes actes de dévotion, ma vie et ma mort appartiennent à Allah. » Ibn Kathir voit dans ces versets la quintessence de l’islam — la soumission totale, dans chaque aspect de l’existence, au Seigneur des mondes. Le terme « nusuki » (mes actes de dévotion) englobe le sacrifice rituel et toute forme d’adoration. « À Lui nul associé » ferme le cercle ouvert au verset 151 — la sourate commence et s’achève par le tawhid. L’expression « je suis le premier à me soumettre » (awwalu al-muslimin) signifie le premier de cette communauté — le Prophète ﷺ est le modèle de soumission pour sa umma.

Hadiths connexes :

  • Ibn Mas’ud رضي الله عنه rapporte : « Le Prophète ﷺ traça une ligne dans le sol et dit : “Voilà le chemin d’Allah.” Puis il traça des lignes à droite et à gauche et dit : “Voilà des sentiers ; sur chacun d’eux se tient un diable qui y appelle.” Puis il récita : ‘Et voilà Mon chemin dans toute sa rectitude, suivez-le donc ; et ne suivez pas les sentiers…’ (6:153). » (Musnad Ahmad, n°4142 ; authentifié par Al-Hakim et Al-Albani)

  • Ibn 'Abbas رضي الله عنهما a dit : « Ces versets (151-153) sont des versets décisifs (muhkamat) qui n’ont été abrogés dans aucune religion. Ce sont les interdits sur lesquels toutes les communautés s’accordent. » (Rapporté par At-Tabari dans son Tafsir)

Date de vérification : 2026-02-21


Dernière mise à jour : 2026-02-21

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