Al-An'am 6:61-90 - La science divine et la lignée prophétique

📖 Tafsir - Al-An’am 6:61-90 - La science divine et la lignée prophétique

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📚 Étude des Versets

📌 Les anges gardiens, le raisonnement d’Ibrahim et les dix-huit prophètes

Référence : Sourate Al-An’am (6), Versets 61-90

Contexte du signet :

Ce passage est l’un des plus riches de la sourate. Il s’ouvre sur la surveillance divine exercée par les anges, traverse l’une des plus célèbres scènes du Coran — le raisonnement d’Ibrahim عليه السلام rejetant l’adoration des astres pour se tourner vers le Créateur — puis culmine dans l’énumération de dix-huit prophètes (v.83-86), la plus longue liste prophétique d’un seul tenant dans le Coran. Ce passage fut révélé à La Mecque, où le Prophète ﷺ avait besoin de rattacher sa mission à la longue chaîne des messagers qui l’avaient précédé.

Versets clés en français :

6:61 : « C’est Lui le Dominateur Suprême sur Ses serviteurs. Et Il envoie sur vous des gardiens. Et lorsque la mort atteint l’un de vous, Nos messagers [les anges] lui reprennent son âme, et ils ne manquent jamais à leur mission. »

6:74 : « [Rappelle] quand Ibrahim dit à son père Azar : “Prends-tu des idoles comme divinités ? Je te vois, toi et ton peuple, dans un égarement manifeste.” »

6:75-76 : « Ainsi avons-Nous montré à Ibrahim le royaume des cieux et de la terre, afin qu’il fût de ceux qui croient avec certitude. Quand la nuit l’enveloppa, il observa une étoile, et dit : “Voilà mon Seigneur !” Puis, lorsqu’elle disparut, il dit : “Je n’aime pas les choses qui disparaissent.” »

6:77-78 : « Lorsqu’il observa la lune se levant, il dit : “Voilà mon Seigneur !” Puis, lorsqu’elle disparut, il dit : “Si mon Seigneur ne me guide pas, je serai certes du nombre des gens égarés.” Lorsqu’ensuite il observa le soleil levant, il dit : “Voilà mon Seigneur ! Celui-ci est le plus grand.” Puis lorsque le soleil disparut, il dit : “Ô mon peuple, je désavoue tout ce que vous associez à Allah.” »

6:79 : « Je tourne mon visage exclusivement vers Celui qui a créé les cieux et la terre ; et je ne suis point de ceux qui Lui donnent des associés. »

6:83-86 : « Tel est l’argument que Nous inspirâmes à Ibrahim contre son peuple. Nous élevons en degrés qui Nous voulons. Ton Seigneur est Sage et Omniscient. Et Nous lui avons donné Ishaq et Ya’qub — chacun, Nous l’avons guidé. Et Nuh, Nous l’avons guidé auparavant. Et parmi sa descendance : Dawud, Sulayman, Ayyub, Yusuf, Moussa et Harun. C’est ainsi que Nous récompensons les bienfaisants. De même Zakariyya, Yahya, ‘Issa et Ilyass ; tous étaient des vertueux. De même Isma’il, Al-Yasa’, Yunus et Lut. Chacun d’eux, Nous l’avons favorisé par-dessus les mondes. »

6:90 : « Voilà ceux qu’Allah a guidés : suis donc leur direction. Dis : “Je ne vous demande pas pour cela de salaire. Ce n’est qu’un rappel pour les mondes.” »

Tafsir consulté :

  • [x] Ibn Kathir
  • [ ] At-Tabari
  • [ ] Al-Qurtubi
  • [ ] Autre : _______________

Notes du tafsir :

Ibn Kathir consacre un développement majeur à ces versets, en particulier au raisonnement d’Ibrahim et à l’énumération prophétique — deux passages fondateurs de la théologie islamique.

Points clés :

  1. Les anges gardiens et la mort (v.61) : Allah envoie des « hafaza » — des anges gardiens — qui surveillent chaque être humain et consignent ses actes. Lorsque le terme arrive, les « messagers » d’Allah (rusuluna) — les anges de la mort et leurs assistants — reprennent l’âme « sans manquer à leur mission » (la yufarritun). Ibn Kathir cite le hadith : « L’ange de la mort a des assistants qui arrachent l’âme du corps, puis quand elle atteint la gorge, l’ange de la mort la saisit. » (rapporté par At-Tabari). Ce verset rappelle que la mort n’est ni aléatoire ni chaotique — elle est gérée avec une précision absolue par des agents divins.

  2. Le père d’Ibrahim et l’idolâtrie (v.74) : Ibrahim عليه السلام interpelle son père « Azar » — Ibn Kathir note que la majorité des exégètes considèrent Azar comme le nom ou le surnom du père d’Ibrahim. L’expression « je te vois, toi et ton peuple, dans un égarement manifeste » montre qu’Ibrahim ne craignait pas de dire la vérité face à sa propre famille et à son peuple entier. C’est le modèle du croyant qui met la vérité au-dessus des liens tribaux.

  3. Le raisonnement par l’observation des astres (v.75-79) : Cette scène est l’une des plus commentées du Coran. Allah montre à Ibrahim « le royaume des cieux et de la terre » (malakut as-samawati wa al-ard) pour qu’il atteigne la certitude (yaqin). Ibn Kathir précise qu’Ibrahim n’a jamais véritablement adoré les astres — son raisonnement est une démonstration pédagogique destinée à son peuple. Il utilise leur propre logique pour la retourner contre eux : si l’étoile, la lune et le soleil — les plus grands objets visibles — disparaissent tous, alors aucun d’eux ne mérite l’adoration. Seul le Créateur qui ne disparaît jamais est digne d’être adoré. La progression — étoile, lune, soleil — va du plus petit au plus grand pour montrer que même le plus grand des astres est impuissant.

  4. La déclaration de hanifiyya (v.79) : « Je tourne mon visage exclusivement vers Celui qui a créé les cieux et la terre. » C’est la proclamation de la hanifiyya — le monothéisme pur d’Ibrahim, qui deviendra le fondement de l’islam. Ibn Kathir note que le terme « hanif » signifie celui qui se détourne de tout faux culte pour se tourner exclusivement vers Allah. Le Prophète Muhammad ﷺ est venu restaurer cette voie abrahamique dans sa pureté originelle.

  5. Les dix-huit prophètes (v.83-86) : C’est la plus longue énumération prophétique du Coran en un seul passage. Ibn Kathir les classe en trois groupes : (a) les descendants d’Ibrahim : Ishaq, Ya’qub, et à travers eux Dawud, Sulayman, Ayyub, Yusuf, Moussa, Harun ; (b) ceux mentionnés pour leur vertu : Zakariyya, Yahya, ‘Issa, Ilyass ; © ceux mentionnés pour la faveur divine : Isma’il, Al-Yasa’, Yunus, Lut. Nuh est mentionné séparément car il est antérieur à Ibrahim. Cette liste établit la continuité de la prophétie — une chaîne ininterrompue de messagers portant le même message fondamental : l’unicité d’Allah.

  6. L’argument décisif (hujja) (v.83) : « Tel est l’argument que Nous inspirâmes à Ibrahim contre son peuple. » Ibn Kathir souligne que le raisonnement d’Ibrahim n’était pas un simple exercice intellectuel — c’était une « hujja » (argument décisif) inspirée par Allah. Cela montre que la foi n’est pas contraire à la raison ; au contraire, la réflexion sincère sur la création conduit nécessairement au Créateur. Allah « élève en degrés qui Il veut » — la connaissance et la guidée sont des grâces qu’Il accorde.

  7. L’instruction donnée au Prophète ﷺ (v.90) : « Suis donc leur direction » (fa-bihadahum iqtadih). Ibn Kathir explique que le Prophète ﷺ reçoit l’ordre de suivre la voie commune à tous les prophètes — non les détails législatifs propres à chacun (car chaque prophète avait sa propre shari’a), mais le fondement commun : le tawhid, la patience, la transmission du message, et la soumission à Allah. La mention « Je ne vous demande pas de salaire » confirme le désintéressement total de la mission prophétique.

  8. L’élévation en degrés (v.83, 86) : « Chacun d’eux, Nous l’avons favorisé par-dessus les mondes » (faddalnahum 'ala al-'alamin). Ibn Kathir note que chaque prophète a été élevé au-dessus de l’humanité de son époque. Cela ne signifie pas qu’ils sont tous égaux entre eux — le Coran affirme ailleurs que certains prophètes ont été élevés au-dessus d’autres (Al-Baqarah 2:253) — mais que chacun d’eux représente le sommet de l’humanité dans sa mission et sa vertu.

Date de vérification : 2026-02-21


Dernière mise à jour : 2026-02-21

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