Al-Anbiya 21:78-112 - Les prophètes et la miséricorde divine

📖 Tafsir - Al-Anbiya 21:78-112 - Les prophètes et la miséricorde divine

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📚 Étude des Versets

📌 Al-Anbiya : Ayyub, Yunus, Zakariya, Maryam et l’unicité de la communauté

Référence : Sourate Al-Anbiya (21), Versets 78-112

Contexte du signet :

Cette dernière partie de la sourate Al-Anbiya poursuit le défilé des prophètes en soulignant pour chacun un aspect spécifique de la miséricorde divine : la sagesse pour Dawud et Sulayman, la patience pour Ayyub, la délivrance pour Yunus (Dhun-Nun) dans le ventre du poisson, l’exaucement pour Zakariya, et la pureté pour Maryam. La sourate culmine sur l’affirmation que cette communauté (umma) est une communauté unique et que le Seigneur est Un (v.92), avant de conclure par la promesse que les serviteurs sincères d’Allah hériteront de la terre. Ibn Kathir voit dans cette succession de récits une démonstration que la miséricorde d’Allah atteint Ses serviteurs dans les situations les plus désespérées.

Versets clés en français :

21:83 : « Et Ayyub, quand il implora son Seigneur : “Le mal m’a touché, et Tu es le plus Miséricordieux des miséricordieux.” »

21:87 : « Et Dhun-Nun [Yunus] quand il s’en alla irrité et qu’il pensa que Nous n’allions pas l’éprouver. Puis il fit, dans les ténèbres, l’appel que voici : “Point de divinité à part Toi ! Gloire à Toi ! J’ai été du nombre des injustes.” »

21:88 : « Nous l’exauçâmes et le sauvâmes de son angoisse. Et c’est ainsi que Nous sauvons les croyants. »

21:89-90 : « Et Zakariya, quand il implora son Seigneur : “Ô mon Seigneur, ne me laisse pas seul, et Tu es le meilleur des héritiers.” Nous l’exauçâmes, lui donnâmes Yahya et guérîmes son épouse. Ils concouraient au bien et Nous invoquaient par amour et par crainte. Et ils étaient humbles devant Nous. »

21:91 : « Et celle qui garda sa chasteté [Maryam]. Nous insufflâmes en elle de Notre Esprit et fîmes d’elle ainsi que de son fils un signe pour l’univers. »

21:92 : « Cette communauté, la vôtre, est une seule communauté, et Je suis votre Seigneur. Adorez-Moi donc. »

21:107 : « Et Nous ne t’avons envoyé qu’en miséricorde pour l’univers. »

Tafsir consulté :

  • [x] Ibn Kathir
  • [ ] At-Tabari
  • [ ] Al-Qurtubi
  • [ ] Autre : _______________

Notes du tafsir :

Ibn Kathir présente cette succession de prophètes comme des modèles spécifiques de recours à Allah dans l’épreuve et de la réponse divine.

Points clés :

  1. Ayyub : la patience dans l’épreuve (v.83-84) : Ayyub عليه السلام fut frappé dans son corps (maladie de peau sévère), ses biens (tout fut détruit) et sa famille (perte de ses enfants). Ibn Kathir rapporte qu’il endura ces épreuves pendant dix-huit ans selon certains récits. Sa plainte n’est pas une protestation contre le décret divin mais une humble invocation : « Le mal m’a touché » — il reconnaît sa souffrance — « et Tu es le plus Miséricordieux » — il affirme sa confiance en Allah. Allah l’exauça, lui rendit sa santé, sa famille et ses biens au double. Ce récit est le modèle absolu de la patience (sabr) dans l’épreuve : ne jamais désespérer, toujours revenir à Allah.

  2. Yunus et l’invocation dans les ténèbres (v.87-88) : Yunus (Dhun-Nun — « l’homme au poisson ») عليه السلام quitta son peuple par frustration avant d’en recevoir l’autorisation divine. Il fut englouti par un poisson géant. Dans la triple obscurité — celle de la nuit, celle du ventre du poisson et celle des profondeurs de la mer — il prononça l’invocation la plus célèbre du Coran : « La ilaha illa Anta, Subhanaka, inni kuntu mina az-zalimin » (Point de divinité à part Toi, Gloire à Toi, j’ai été du nombre des injustes). Ibn Kathir rapporte que le Prophète ﷺ a dit : « L’invocation de Dhun-Nun dans le ventre du poisson — quiconque invoque Allah par elle pour une chose quelconque, Allah l’exaucera. » (At-Tirmidhi, n°3505, sahih.) Le verset 88 généralise : « Et c’est ainsi que Nous sauvons les croyants » — cette invocation n’est pas réservée à Yunus mais est efficace pour tout croyant en détresse.

  3. Zakariya : l’invocation discrète et l’exaucement (v.89-90) : Zakariya عليه السلام, âgé et sans descendance, invoqua Allah avec une pudeur remarquable : « Ne me laisse pas seul » — sans même formuler explicitement sa demande de progéniture. Allah comprit et exauça au-delà de l’espérance : non seulement Il lui donna Yahya, mais Il guérit aussi sa femme de sa stérilité. Ibn Kathir souligne trois qualités de Zakariya et sa famille : « Ils concouraient au bien (khayraat), Nous invoquaient par amour (raghaban) et par crainte (rahaban), et étaient humbles (khashi’in) devant Nous. » Ces trois dispositions — empressement dans le bien, équilibre entre espoir et crainte, humilité — sont le modèle de l’adoration parfaite.

  4. Maryam : un signe pour l’univers (v.91) : Ibn Kathir explique que Maryam est mentionnée ici bien qu’elle ne soit pas prophète, car sa chasteté et le miracle de la naissance de 'Issa عليه السلام constituent un « signe pour l’univers » (ayatan li-l-'alamin). L’insufflation de l’esprit divin en elle par l’intermédiaire de Gabriel est une manifestation de la puissance d’Allah qui crée sans respecter les causes habituelles. Le fait qu’elle soit mentionnée immédiatement après les prophètes témoigne de son rang exceptionnel dans la hiérarchie des créatures.

  5. Une communauté unique, un Seigneur unique (v.92-93) : Malgré la diversité de leurs époques, langues et peuples, tous les prophètes formaient une seule communauté (umma wahida) unie par le même message : l’adoration d’Allah seul. Ibn Kathir déplore que les hommes aient ensuite « coupé leur affaire en morceaux » (taqatta’u amrahum) — se divisant en sectes et factions. Chaque faction prétend détenir la vérité exclusive. Mais tous retourneront à Allah, et le Jugement tranchera. Ce verset est un appel à l’unité de la foi par-delà les divisions sectaires.

  6. Muhammad, miséricorde pour l’univers (v.107) : « Nous ne t’avons envoyé qu’en miséricorde pour l’univers (rahmatan li-l-'alamin). » Ibn Kathir explique que cette miséricorde est universelle — elle englobe les croyants, les mécréants, les djinns, les humains, et même les animaux. Pour les croyants, c’est la guidance vers le salut éternel. Pour les mécréants, c’est le sursis et la suspension du châtiment collectif immédiat que subissaient les nations précédentes. Le Prophète ﷺ a dit : « Je suis la miséricorde offerte. » (Rapporté par Ad-Darimi, et Al-Hakim, authentifié.) Ce verset est le titre de gloire le plus élevé du Prophète ﷺ.

  7. Les serviteurs sincères hériteront de la terre (v.105-106) : « En effet, Nous avons écrit dans le Zabur, après le rappel, que la terre sera héritée par Mes serviteurs vertueux. » Ibn Kathir identifie le Zabur comme les Psaumes de Dawud et « le rappel » comme la Torah, ou plus généralement comme l’ensemble des livres révélés après la Table Préservée. La promesse est claire : malgré les apparences temporaires de domination des injustes, la terre finira entre les mains des croyants sincères — en ce monde par la victoire et dans l’au-delà par le Paradis dont la superficie est celle des cieux et de la terre.

Hadiths connexes :

  • Le Prophète ﷺ a dit : « L’invocation de Dhun-Nun dans le ventre du poisson : “La ilaha illa Anta, Subhanaka, inni kuntu mina az-zalimin.” Quiconque invoque Allah par elle pour une chose, Allah l’exaucera. » (At-Tirmidhi, n°3505, sahih selon Al-Albani) — en lien avec le verset 87.

  • Le Prophète ﷺ a dit : « Je suis la miséricorde offerte (ana rahmatu muhdah). » (Rapporté par Ad-Darimi et Al-Hakim, authentifié) — en lien avec le verset 107 « miséricorde pour l’univers ».

Date de vérification : 2026-02-21


Dernière mise à jour : 2026-02-21

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