📖 Tafsir - Al-'Asr 103:1-3 - Le temps et le salut
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📚 Étude de la Sourate
📌 Al-'Asr : Le serment par le temps et les quatre conditions du salut
Référence : Sourate Al-'Asr (103), Versets 1-3
Contexte du signet :
Al-'Asr (Le Temps) est une sourate mecquoise de 3 versets — l’une des plus courtes du Coran. Malgré sa brièveté remarquable, l’imam Ash-Shafi’i رحمه الله a dit : « Si les gens méditaient cette seule sourate, elle leur suffirait. » (Rapporté par Al-Bayhaqi dans Shu’ab al-Iman et par At-Tabarani). Cette parole célèbre signifie que cette sourate résume à elle seule le chemin du salut de l’être humain. Allah jure par le temps pour affirmer que l’humanité entière est en perdition, sauf ceux qui remplissent quatre conditions : la foi, les bonnes œuvres, l’exhortation mutuelle à la vérité et l’exhortation mutuelle à la patience.
Versets clés en français :
103:1 : « Par le Temps ! »
103:2 : « L’homme est certes en perdition. »
103:3 : « Sauf ceux qui croient et accomplissent les bonnes œuvres, s’enjoignent mutuellement la vérité et s’enjoignent mutuellement l’endurance. »
Tafsir consulté :
- [x] Ibn Kathir
- [ ] At-Tabari
- [ ] Al-Qurtubi
- [ ] Autre : _______________
Notes du tafsir :
Ibn Kathir présente cette sourate comme un condensé de toute la voie du salut, malgré ses trois versets seulement.
Points clés :
Le serment par le temps (v.1) : « Wal-'Asr » — Allah jure par le temps. Ibn Kathir explique que « al-'asr » désigne le temps dans sa totalité, l’époque, les siècles qui passent. Allah jure par le temps parce qu’il est le cadre dans lequel se déroulent les actes des hommes — bons et mauvais. Le temps est un témoin de tout ce que l’homme accomplit. Certains commentateurs ont dit qu’il s’agit de la prière de l’après-midi ('Asr), ou du moment de l’après-midi, mais Ibn Kathir privilégie le sens général du temps comme durée. Le temps file et ne revient jamais — chaque instant perdu est une perte irréparable.
L’homme est en perdition (v.2) : « Inna-l-insâna lafî khusr » — la règle générale est que l’être humain est en état de perte (khusr). Ibn Kathir souligne que le « lâm » dans « lafî » renforce l’affirmation : l’homme est véritablement, assurément en perdition. Le mot « khusr » vient du vocabulaire commercial — c’est la perte du négociant, le déficit. La vie est un capital que l’homme investit ou gaspille ; chaque jour qui passe sans foi ni bonnes œuvres est un jour de perte nette. Cette perte est universelle — elle touche toute l’humanité sans exception, sauf ceux mentionnés au verset suivant.
Exception : la foi (illâ-lladhîna âmanû) : La première condition du salut est la foi (al-îmân). Ibn Kathir explique que la foi est le fondement sans lequel rien ne tient : croire en Allah, en Ses anges, en Ses Livres, en Ses messagers, au Jour Dernier et au destin bon et mauvais. Sans cette base, toutes les œuvres sont vaines. Le Prophète ﷺ a défini la foi dans le célèbre hadith de Jibril (Sahih Muslim, n°8). La foi est la condition nécessaire — mais non suffisante — du salut.
Exception : les bonnes œuvres (wa 'amilû-s-sâlihât) : La foi seule ne suffit pas — elle doit se concrétiser en actes. Ibn Kathir note que le Coran associe presque systématiquement la foi aux bonnes œuvres (« âmanû wa 'amilû-s-sâlihât »), car la foi sans actes est une prétention creuse, et les actes sans foi sont dépourvus de fondement. Les bonnes œuvres incluent les obligations (prière, jeûne, zakat, hajj) et les actes surérogatoires. Le Prophète ﷺ a dit : « La foi comporte soixante et quelques branches ; la plus élevée est la parole “Lâ ilâha illa-Llâh”, et la plus basse est d’ôter un obstacle du chemin. » (Sahih Muslim, n°35)
Exception : l’exhortation mutuelle à la vérité (wa tawâsaw bil-haqq) : La troisième condition dépasse l’individuel pour atteindre le collectif : s’exhorter mutuellement à la vérité (al-haqq). Ibn Kathir explique que « al-haqq » englobe le Coran, la foi, le monothéisme et tout ce qui est juste. Il ne suffit pas de croire et de pratiquer pour soi-même — le croyant a le devoir d’inviter les autres au bien et de les avertir du mal. C’est le principe du « amr bil-ma’rûf wa nahy 'ani-l-munkar » (ordonner le bien et interdire le mal). Allah dit : « Vous êtes la meilleure communauté suscitée pour les hommes : vous ordonnez le convenable et interdisez le blâmable. » (Sourate Âl 'Imrân, 3:110)
Exception : l’exhortation mutuelle à la patience (wa tawâsaw bis-sabr) : La quatrième et dernière condition est la patience mutuelle (as-sabr). Ibn Kathir souligne que la patience est mentionnée séparément de la vérité car celui qui pratique la vérité et y invite les autres subira nécessairement des épreuves, de l’opposition et de la persécution. La patience est indispensable pour maintenir le cap. Le Prophète ﷺ a dit : « Nul n’a reçu un don meilleur et plus ample que la patience. » (Sahih al-Bukhari, n°1469 ; Sahih Muslim, n°1053). Sans la patience, l’homme abandonnerait la vérité face aux difficultés.
Les quatre piliers résumés : Ibn Kathir conclut que cette sourate de trois versets résume la voie du salut en quatre piliers indissociables : (1) la foi — le fondement intérieur, (2) les bonnes œuvres — la concrétisation extérieure, (3) l’appel à la vérité — la responsabilité envers les autres, (4) la patience — la constance face aux épreuves. Quiconque réunit ces quatre qualités est sauvé de la perdition. C’est pourquoi, comme le rapporte At-Tabarani, les Compagnons du Prophète ﷺ ne se séparaient pas sans se réciter sourate Al-'Asr les uns aux autres, en guise de rappel mutuel. Cette pratique illustre la sourate elle-même : s’exhorter mutuellement à la vérité et à la patience.
Date de vérification : 2026-02-21
Dernière mise à jour : 2026-02-21