Al-Fajr 89:1-30 - L'aube et le sort des peuples

📖 Tafsir - Al-Fajr 89:1-30 - L’aube et le sort des peuples

#islam #tafsir #versets #exégèse


📚 Étude de la Sourate

📌 Al-Fajr : Les serments divins, les nations châtiées et l’âme apaisée

Référence : Sourate Al-Fajr (89), Versets 1-30

Contexte du signet :

Al-Fajr (L’Aube) est une sourate mecquoise de 30 versets. Elle s’ouvre par une série de serments solennels (l’aube, les dix nuits, le pair et l’impair, la nuit), puis évoque le sort de trois peuples châtiés pour leur tyrannie : 'Ad, Thamud et Pharaon. La sourate dénonce ensuite l’attitude de l’homme face aux épreuves et à l’aisance, son mépris de l’orphelin et du pauvre, et sa cupidité. Elle se conclut par la scène du Jour du Jugement et l’invitation faite à l’âme apaisée (an-nafs al-mutma’inna) d’entrer au Paradis — l’un des passages les plus émouvants du Coran.

Versets clés en français :

89:1-4 : « Par l’Aube ! Par les dix nuits ! Par le pair et l’impair ! Par la nuit quand elle s’écoule ! »

89:6-8 : « N’as-tu pas vu comment ton Seigneur a agi avec les 'Ad, Iram, à la colonne remarquable, dont jamais pareille ne fut construite parmi les villes ? »

89:14 : « Car ton Seigneur est aux aguets. »

89:15-16 : « Quant à l’homme, lorsque son Seigneur l’éprouve en l’honorant et en le comblant de bienfaits, il dit : “Mon Seigneur m’a honoré.” Mais lorsqu’Il l’éprouve en lui restreignant sa subsistance, il dit : “Mon Seigneur m’a avili.” »

89:27-30 : « Ô toi, âme apaisée, retourne vers ton Seigneur, satisfaite et agréée. Entre parmi Mes serviteurs, et entre dans Mon Paradis. »

Tafsir consulté :

  • [x] Ibn Kathir
  • [ ] At-Tabari
  • [ ] Al-Qurtubi
  • [ ] Autre : _______________

Notes du tafsir :

Ibn Kathir commente cette sourate en trois axes : les serments et leur portée, les leçons des peuples détruits, et la psychologie de l’homme face au destin.

Points clés :

  1. Les serments (v.1-5) : Allah jure par l’aube (fajr), les dix nuits, le pair et l’impair, et la nuit. Ibn Kathir rapporte d’Ibn 'Abbas رضي الله عنهما que « les dix nuits » sont les dix premières nuits de Dhul-Hijjah, les meilleures nuits de l’année. Le Prophète ﷺ a dit : « Il n’y a pas de jours où les bonnes œuvres sont plus aimées d’Allah que ces dix jours. » (Sahih al-Bukhari, n°969). Le « pair et l’impair » renvoie, selon une interprétation, au jour de 'Arafah (9e jour, impair) et au jour du sacrifice (10e jour, pair). Ces serments attestent de l’importance de ce qui suit : « N’y a-t-il pas là un serment pour un homme doué de raison ? »

  2. 'Ad et Iram (v.6-8) : Le peuple de 'Ad, descendants d’Iram, avaient bâti des constructions colossales (« dhât al-'imâd » — à colonnes remarquables) jamais égalées. Ibn Kathir décrit Iram comme une cité légendaire aux colonnes et aux palais imposants, symbole de l’orgueil humain face à la puissance divine. Malgré leur force physique et architecturale, ils furent anéantis.

  3. Thamud et Pharaon (v.9-12) : Thamud, qui taillaient le rocher dans la vallée (al-Wâd), et Pharaon, « le maître des pieux » (dhul-awtâd) — c’est-à-dire celui qui fixait ses victimes sur des pieux pour les torturer. Tous ces peuples « semèrent le désordre sur terre ». Allah « versa sur eux un fouet de châtiment ». Le message est universel : aucune puissance terrestre ne peut échapper à la justice divine.

  4. Allah est aux aguets (v.14) : « Inna Rabbaka la-bil-mirsâd » — ton Seigneur est aux aguets. Ibn Kathir cite ce verset comme un avertissement majeur : Allah observe chaque acte, et nul tyran ni oppresseur ne Lui échappe. Ce verset sert de conclusion aux récits des peuples détruits et de transition vers la critique de l’attitude humaine.

  5. L’épreuve par l’honneur et la pauvreté (v.15-20) : L’homme commet une erreur fondamentale de jugement : il croit que l’aisance matérielle est signe d’honneur divin et que la pauvreté est un avilissement. Ibn Kathir corrige : l’honneur et l’épreuve viennent tous deux d’Allah, et la vraie mesure est la piété, non la richesse. Allah dénonce ensuite ceux qui n’honorent pas l’orphelin (« lâ tukrimûna al-yatîm »), n’encouragent pas à nourrir le pauvre, dévorent l’héritage avidement et aiment les richesses d’un amour excessif.

  6. Le Jour du Jugement (v.21-26) : Quand la terre sera secouée et que l’homme se rappellera ses actes — mais à quoi lui servira ce souvenir ? Il dira : « Hélas ! Que n’ai-je fait du bien pour ma vie ! » Ce jour-là, nul ne châtiera comme Allah châtie, et nul ne liera comme Il lie. C’est le jour de la rétribution parfaite.

  7. L’âme apaisée (v.27-30) : Le passage le plus célèbre de la sourate. Allah s’adresse à l’âme apaisée (an-nafs al-mutma’inna) — celle qui a atteint la sérénité par la foi et la certitude — en lui disant : « Retourne vers ton Seigneur, satisfaite et agréée. Entre parmi Mes serviteurs, et entre dans Mon Paradis. » Ibn Kathir rapporte que ces versets furent récités par Abu Bakr رضي الله عنه à l’article de sa mort. L’âme apaisée est le degré le plus élevé, au-dessus de l’âme qui blâme (lawwâma) et de l’âme qui pousse au mal (ammâra bis-sû’).

Hadiths connexes :

  • Le Prophète ﷺ a dit : « Il n’y a pas de jours où les bonnes œuvres sont plus aimées d’Allah que ces dix jours [de Dhul-Hijjah]. » Ils dirent : « Pas même le jihad dans le sentier d’Allah ? » Il dit : « Pas même le jihad, sauf un homme qui sort avec sa personne et ses biens et ne revient avec rien de cela. » (Sahih al-Bukhari, n°969)

  • D’après Abu Hurayra رضي الله عنه, le Prophète ﷺ a dit : « Le meilleur jour sur lequel le soleil se lève est le jour de Vendredi. C’est en ce jour qu’Adam a été créé, qu’il a été introduit au Paradis, et qu’il en a été sorti. » (Sahih Muslim, n°854)

Date de vérification : 2026-02-21


Dernière mise à jour : 2026-02-21

🎯 Testez vos connaissances !
Lancer le Quiz →