📖 Tafsir - Al-Humazah 104:1-9 - Le calomniateur
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📚 Étude de la Sourate
📌 Al-Humazah : La destruction promise au calomniateur avare
Référence : Sourate Al-Humazah (104), Versets 1-9
Contexte du signet :
Al-Humazah (Le Calomniateur) est une sourate mecquoise de 9 versets. Elle fait partie des premières révélations mettant en garde contre les vices de la société préislamique. Le terme « humazah » désigne celui qui calomnie, médit et dénigre les gens — par la parole et par le geste. Ibn Kathir rapporte que cette sourate est une menace générale contre quiconque adopte ce comportement, bien que certains exégètes aient mentionné qu’elle viserait des personnages précis parmi les Quraysh connus pour leur arrogance et leur mépris des faibles, comme Al-Akhnas ibn Shurayq ou Umayyah ibn Khalaf. Elle lie deux vices majeurs : la médisance et l’amour obsessionnel des richesses, et décrit un châtiment terrible : al-Hutamah, le Feu broyeur.
Versets clés en français :
104:1 : « Malheur à tout calomniateur diffamateur, »
104:2 : « qui amasse une fortune et la compte et recompte, »
104:3 : « pensant que sa fortune l’immortalisera. »
104:4 : « Mais non ! Il sera certes jeté dans al-Hutamah. »
104:5 : « Et qui te dira ce qu’est al-Hutamah ? »
104:6 : « C’est le Feu attisé d’Allah, »
104:7 : « qui monte jusqu’aux cœurs. »
104:8 : « Il se refermera sur eux, »
104:9 : « en colonnes étendues. »
Tafsir consulté :
- [x] Ibn Kathir
- [ ] At-Tabari
- [ ] Al-Qurtubi
- [ ] Autre : _______________
Notes du tafsir :
Ibn Kathir explique cette sourate comme un avertissement sévère contre deux péchés souvent liés : la calomnie et l’avarice.
Points clés :
Humazah et Lumazah (v.1) : Ibn Kathir distingue ces deux termes. Le « humazah » est celui qui calomnie par le geste — les regards méprisants, les signes de la main, les moqueries physiques. Le « lumazah » est celui qui calomnie par la parole — la médisance, la diffamation, les insultes. Le « waylun » (malheur) qui ouvre la sourate est une menace de destruction et de châtiment terrible, soulignant la gravité de ces péchés.
L’accumulation obsessionnelle des richesses (v.2) : Le verbe « jama’a » (amasser) est renforcé par « 'addadah » (compter et recompter), décrivant une personne obsédée par le dénombrement de ses biens. Ibn Kathir note que cette obsession détourne l’individu du souvenir d’Allah et de la générosité envers les pauvres. L’avare se complaît dans le comptage de sa fortune comme si elle était une fin en soi.
L’illusion d’immortalité (v.3) : Le terme « akhladahu » (l’immortalisera) vient de la racine « khulûd » (éternité). L’être humain, absorbé par ses richesses, finit par croire qu’elles le protégeront de la mort. Ibn Kathir souligne l’ironie : celui qui compte ses biens sans cesse ne compte pas les jours qui le rapprochent de sa fin.
Al-Hutamah — le Feu broyeur (v.4-5) : Allah emploie une formule rhétorique puissante : « Et qui te dira ce qu’est al-Hutamah ? » — pour souligner que l’esprit humain ne peut concevoir l’horreur de ce châtiment. Le nom « Hutamah » vient de « hatama » (broyer, pulvériser). Ce Feu brise et réduit en poussière tout ce qu’on y jette. Ibn Kathir rapporte que c’est l’un des noms de l’Enfer, désignant un degré de châtiment particulièrement intense.
Le Feu d’Allah (v.6) : L’expression « nâr Allah » (le Feu d’Allah) est remarquable car Allah attribue ce Feu à Lui-même, ce qui en souligne l’immensité et la puissance. Aucun feu terrestre ne saurait lui être comparé. Ibn Kathir précise que ce Feu est « attisé » (al-mûqadah), c’est-à-dire qu’il brûle avec une intensité que seul Allah connaît.
Le Feu qui atteint les cœurs (v.7) : Le verset « qui monte jusqu’aux cœurs » (tattali’u 'alâ-l-af’idah) est d’une profondeur terrifiante. Ibn Kathir, citant Muhammad ibn Ka’b al-Qurazi, explique que ce Feu traverse la chair, les os et les organes jusqu’à atteindre le cœur — le siège de l’intention et de la foi. Les cœurs qui ont été le foyer de l’arrogance et de la cupidité seront les premiers atteints.
La prison de colonnes (v.8-9) : Le Feu « se refermera sur eux » (mu’sadah) — ils seront enfermés sans issue. « En colonnes étendues » ('amad mumaddadah) : Ibn Kathir explique que les portes de l’Enfer seront fermées et scellées par des colonnes, de sorte que les damnés n’auront aucun espoir de sortie. C’est un emprisonnement éternel dans un supplice sans fin — contrastant avec l’illusion de liberté que procurait l’accumulation des richesses dans la vie d’ici-bas.
Hadiths connexes :
Le Prophète ﷺ a dit : « Le musulman est celui dont les musulmans sont à l’abri de la langue et de la main. » (Sahih al-Bukhari, n°10 ; Sahih Muslim, n°40)
Le Prophète ﷺ a dit : « Savez-vous ce qu’est la médisance (ghîbah) ? C’est dire sur ton frère ce qu’il déteste. » On demanda : « Et si ce que je dis est vrai ? » Il répondit : « Si c’est vrai, tu as médit de lui ; si c’est faux, tu l’as calomnié. » (Sahih Muslim, n°2589)
Date de vérification : 2026-02-21
Dernière mise à jour : 2026-02-21