📖 Tafsir - Al-Isra 17:1-22 - Le voyage nocturne et les commandements
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📚 Étude des Versets
📌 Al-Isra : Le voyage nocturne, les leçons de l’histoire et la responsabilité individuelle
Référence : Sourate Al-Isra (17), Versets 1-22
Contexte du signet :
Sourate Al-Isra (aussi appelée Bani Isra’il) est une sourate mecquoise révélée durant la période tardive de la prédication à La Mecque, peu après l’événement du voyage nocturne (Al-Isra wal-Mi’raj). Ce voyage miraculeux eut lieu environ un an avant l’Hégire, dans un contexte de grande épreuve pour le Prophète ﷺ : il avait perdu son oncle Abu Talib et son épouse Khadija رضي الله عنها (l’année de la tristesse). Le voyage nocturne vint comme une consolation divine et une élévation de son rang. La sourate s’ouvre sur cet événement puis aborde l’histoire des Enfants d’Israël, avant d’énoncer des principes fondamentaux de comportement.
Versets clés en français :
17:1 : « Gloire à Celui qui a fait voyager Son serviteur, de nuit, de la Mosquée Sacrée à la Mosquée la plus éloignée dont Nous avons béni les alentours, afin de lui montrer certains de Nos signes. C’est Lui, vraiment, qui est l’Audient, le Clairvoyant. »
17:4 : « Nous avions décrété pour les Enfants d’Israël, dans le Livre : “Par deux fois vous sèmerez la corruption sur terre et vous atteindrez une grande arrogance.” »
17:5 : « Lorsque vint l’accomplissement de la première de ces deux [prédictions], Nous envoyâmes contre vous des serviteurs à Nous, doués d’une force terrible, qui fouillèrent l’intérieur des demeures. Et la promesse fut accomplie. »
17:7 : « Si vous faites le bien, vous le faites à vous-mêmes ; et si vous faites le mal, vous le faites à vous-mêmes. »
17:8 : « Il se peut que votre Seigneur vous fasse miséricorde. Mais si vous récidivez, Nous récidiverons. Et Nous avons fait de la Géhenne une prison pour les mécréants. »
17:13 : « Et à chaque homme, Nous avons attaché son destin à son cou. Et au Jour de la Résurrection, Nous lui sortirons un livre qu’il trouvera ouvert. »
17:14 : « “Lis ton livre. Aujourd’hui, tu te suffis à toi-même comme comptable.” »
17:15 : « Quiconque prend le droit chemin ne le prend que pour lui-même ; et quiconque s’égare ne s’égare qu’à son propre détriment. Et nul ne portera le fardeau d’autrui. Et Nous n’avons jamais puni [un peuple] avant de [lui] avoir envoyé un messager. »
17:19 : « Et quiconque désire l’au-delà et fournit les efforts [nécessaires] pour l’atteindre, tout en étant croyant… ceux-là, leur effort sera reconnu. »
17:21 : « Regarde comment Nous favorisons certains sur d’autres. Et certes, la vie future est plus grande en degrés et plus grande en mérites. »
Tafsir consulté :
- [x] Ibn Kathir
- [ ] At-Tabari
- [ ] Al-Qurtubi
- [ ] Autre : _______________
Notes du tafsir :
Ibn Kathir consacre un développement majeur à l’ouverture de cette sourate, qui relate l’un des événements les plus importants de la Sira.
Points clés :
Le voyage nocturne — Al-Isra (v.1) : Allah ouvre par « Subhana » (Gloire à), une formule de glorification qui souligne le caractère extraordinaire de l’événement. Le Prophète ﷺ fut transporté de nuit de la Mosquée Sacrée (La Mecque) à la Mosquée Al-Aqsa (Jérusalem), puis élevé aux cieux (Al-Mi’raj). Ibn Kathir rapporte le long hadith du voyage nocturne : le Prophète ﷺ a dit : « On m’amena Al-Buraq, une monture blanche, plus grande qu’un âne et plus petite qu’un mulet… je montai dessus et il m’emmena jusqu’à Bayt al-Maqdis. » (Sahih al-Bukhari, Livre des mérites des Compagnons, n°3887). Il dirigea la prière avec les prophètes à Jérusalem, puis fut élevé ciel après ciel, rencontrant Adam, 'Issa et Yahya, Yusuf, Idris, Harun, Moussa et Ibrahim عليهم السلام, jusqu’au Lotus de la limite (Sidrat al-Muntaha) où les cinq prières furent prescrites.
Le terme « serviteur » ('abd) (v.1) : Allah désigne Muhammad ﷺ par le titre de « serviteur » ('abd) au moment de son plus grand honneur. Ibn Kathir y voit la preuve que la servitude envers Allah est le plus haut rang que l’être humain puisse atteindre, et une réponse préventive à ceux qui seraient tentés de diviniser le Prophète ﷺ comme les chrétiens l’ont fait avec 'Issa عليه السلام.
Les deux corruptions des Enfants d’Israël (v.4-7) : Allah révèle que les Enfants d’Israël furent avertis qu’ils sèmeraient deux fois la corruption sur terre. La première corruption mena à l’invasion de Nabuchodonosor II de Babylone qui détruisit le premier Temple de Jérusalem (586 av. J.-C.). La seconde corruption aboutit à la destruction du second Temple par Titus de Rome en 70 ap. J.-C. Ibn Kathir souligne que ces châtiments vinrent à cause de leur transgression de la Torah, du meurtre de prophètes et de leur arrogance.
La loi divine de rétribution (v.7-8) : « Si vous faites le bien, vous le faites à vous-mêmes » — ce principe établit que toute bonne action ou mauvaise action retombe sur son auteur. Ibn Kathir note qu’Allah laisse la porte du repentir ouverte (« Il se peut que votre Seigneur vous fasse miséricorde »), mais prévient que la récidive dans le péché entraîne un châtiment renouvelé. C’est une loi universelle qui s’applique à toutes les communautés.
Le livre des actes attaché au cou (v.13-14) : Chaque être humain porte avec lui le registre de ses actes, qui sera déployé au Jour du Jugement. Ibn Kathir explique que le terme « ta’ir » (oiseau/destin) renvoie à la croyance préislamique dans les augures ; l’islam enseigne que le véritable destin de l’homme est lié à ses propres œuvres, non au vol des oiseaux. L’homme sera son propre comptable — personne ne pourra contester l’exactitude de ce registre.
Le principe de responsabilité individuelle (v.15) : « Nul ne portera le fardeau d’autrui » — ce verset fondamental établit que chacun est responsable de ses propres actes devant Allah. Ibn Kathir y voit aussi la preuve de la justice divine absolue : Allah ne punit jamais un peuple sans lui avoir d’abord envoyé un messager pour l’avertir. Cela réfute l’idée du péché originel transmis d’Adam à sa descendance.
Désirer l’au-delà avec les actes (v.19-21) : Vouloir l’au-delà ne suffit pas — il faut y joindre l’effort sincère et la foi. Ibn Kathir distingue trois conditions : (a) désirer l’au-delà comme objectif, (b) fournir l’effort nécessaire (les bonnes œuvres), et © être croyant. Celui qui remplit ces trois conditions verra son effort accepté. En revanche, celui qui désire uniquement la vie d’ici-bas recevra ce qu’Allah veut lui donner, mais n’aura aucune part dans l’au-delà.
Hadiths connexes :
Le Prophète ﷺ a dit : « On m’amena Al-Buraq… J’attachai ma monture à l’anneau auquel les prophètes attachaient les leurs. Puis j’entrai dans la mosquée et y priai deux rak’at. Puis Jibril m’amena un récipient de vin et un récipient de lait. Je choisis le lait, et Jibril me dit : “Tu as choisi la nature première (fitra).” » (Sahih al-Bukhari, n°3887 ; Sahih Muslim, n°162)
Le Prophète ﷺ a dit concernant la prescription de la prière : « Les prières obligatoires furent prescrites au nombre de cinquante, puis elles furent réduites à cinq, mais elles comptent [en récompense] comme cinquante. » (Sahih al-Bukhari, Livre de la prière, n°349 ; Sahih Muslim, Livre de la foi, n°163)
Date de vérification : 2026-02-21
Dernière mise à jour : 2026-02-21