Al-Isra 17:23-40 - Les règles du bon comportement

📖 Tafsir - Al-Isra 17:23-40 - Les règles du bon comportement

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📚 Étude des Versets

📌 Al-Isra : Le code moral de l’islam — des parents aux transactions

Référence : Sourate Al-Isra (17), Versets 23-40

Contexte du signet :

Ces versets constituent l’un des passages les plus concentrés du Coran en matière de prescriptions éthiques et sociales. Les savants les comparent aux commandements fondamentaux de la législation divine. Ibn Kathir note que ce passage forme un ensemble cohérent de douze commandements divins, allant de la relation avec Allah (le tawhid) jusqu’aux relations interpersonnelles (parents, orphelins, gestion des biens). Ces versets furent révélés à La Mecque, période où le Coran posait les fondements moraux de la future société musulmane avant même l’établissement d’un État à Médine. Ibn Mas’ud رضي الله عنه les qualifiait de « versets muhkamât » (clairement établis) contenant l’essentiel de ce qu’Allah a rendu licite et illicite.

Versets clés en français :

17:23 : « Et ton Seigneur a décrété : “N’adorez que Lui ; et [marquez] de la bonté envers les père et mère. Si l’un d’eux ou tous deux atteignent la vieillesse auprès de toi, alors ne leur dis point : ‘Fi !’ et ne les brusque pas, mais adresse-leur des paroles respectueuses.” »

17:24 : « Et par miséricorde, abaisse pour eux l’aile de l’humilité, et dis : “Ô mon Seigneur, fais-leur miséricorde comme ils m’ont élevé tout petit.” »

17:26 : « Et donne au proche parent ce qui lui est dû, ainsi qu’au pauvre et au voyageur [en détresse]. Et ne gaspille pas indûment. »

17:27 : « Car les gaspilleurs sont les frères des diables ; et le Diable est très ingrat envers son Seigneur. »

17:29 : « Ne porte pas ta main enchaînée à ton cou [par avarice], et ne l’étends pas non plus trop largement, sinon tu te retrouveras blâmé et dénué. »

17:31 : « Et ne tuez pas vos enfants par crainte de pauvreté ; c’est Nous qui attribuons leur subsistance, tout comme à vous. Les tuer, c’est vraiment un énorme péché. »

17:32 : « Et n’approchez point la fornication. En vérité, c’est une turpitude et quel mauvais chemin ! »

17:33 : « Et ne tuez qu’en toute justice la vie qu’Allah a rendue sacrée. Quiconque est tué injustement, alors Nous avons donné pouvoir à son proche [parent]. Que celui-ci ne commette pas d’excès dans le meurtre, car il est déjà assisté [par la loi]. »

17:34 : « Et n’approchez les biens de l’orphelin que de la façon la meilleure, jusqu’à ce qu’il atteigne sa majorité. Et remplissez l’engagement, car on sera interrogé au sujet des engagements. »

17:35 : « Et donnez la pleine mesure quand vous mesurez, et pesez avec une balance juste. C’est mieux [pour vous] et le résultat en sera meilleur. »

17:36 : « Et ne poursuis pas ce dont tu n’as aucune connaissance. L’ouïe, la vue et le cœur : sur tout cela, en vérité, on sera interrogé. »

17:37 : « Et ne foule pas la terre avec orgueil : tu ne sauras jamais déchirer la terre et tu ne pourras jamais atteindre la hauteur des montagnes ! »

Tafsir consulté :

  • [x] Ibn Kathir
  • [ ] At-Tabari
  • [ ] Al-Qurtubi
  • [ ] Autre : _______________

Notes du tafsir :

Ibn Kathir présente ce passage comme un ensemble législatif cohérent qui pose les fondements de la morale islamique.

Points clés :

  1. Le tawhid et la piété filiale liés (v.23-24) : Allah commence par l’unicité divine puis enchaîne immédiatement avec la bonté envers les parents (birr al-walidayn), les liant dans un même décret. Ibn Kathir rapporte que le Prophète ﷺ fut interrogé : « Quelle est l’œuvre la plus aimée d’Allah ? » Il répondit : « La prière à son heure. » On demanda : « Et ensuite ? » Il dit : « La bonté envers les parents. » (Sahih al-Bukhari, Livre du comportement, n°5970). L’expression « ne leur dis point Fi » interdit même la plus petite marque d’agacement — à plus forte raison tout ce qui est pire. « Abaisser l’aile de l’humilité » est une métaphore de l’oiseau qui protège ses petits sous ses ailes : le croyant adulte doit envelopper ses parents âgés de la même tendresse qu’ils lui ont prodiguée enfant.

  2. Les droits des proches, des pauvres et l’interdiction du gaspillage (v.26-27) : Le droit du proche parent (dhu al-qurba) inclut la visite, l’entraide financière et le maintien des liens de parenté. Ibn Kathir note que le gaspillage (tabdhir) ne désigne pas seulement la dépense excessive, mais surtout la dépense dans la désobéissance à Allah. Ibn Mas’ud رضي الله عنه a défini le tabdhir comme « dépenser dans ce qui n’est pas juste ». Qualifier les gaspilleurs de « frères des diables » souligne la gravité de ce comportement : Iblis lui-même est ingrat envers les bienfaits de son Seigneur.

  3. L’équilibre dans les dépenses (v.29) : La métaphore de la main « enchaînée au cou » (avarice) et de la main « trop étendue » (prodigalité) trace la voie du juste milieu (wasatiyya) — vertu cardinale de l’islam. Ibn Kathir cite le verset de Sourate Al-Furqan (25:67) : « Ceux qui, lorsqu’ils dépensent, ne sont ni prodigues ni avares, mais se tiennent au juste milieu. » Le Prophète ﷺ a dit : « Ce qui te suffit et te maintient dans la dignité est meilleur que l’abondance qui te distrait. » Le croyant doit veiller à ne tomber ni dans l’avarice qui nuit aux ayants droit, ni dans la prodigalité qui le mène au dénuement.

  4. L’interdiction de tuer les enfants (v.31) : Les Arabes préislamiques tuaient parfois leurs filles par crainte de la honte ou leurs enfants par peur de la pauvreté. Allah garantit la subsistance de chaque créature. Ibn Kathir observe la formulation précise : ici « c’est Nous qui attribuons leur subsistance, tout comme à vous » (la subsistance des enfants est mentionnée en premier), tandis que dans Al-An’am (6:151) c’est l’inverse. La différence est que dans Al-An’am, la pauvreté est déjà réelle, alors qu’ici c’est une crainte de la pauvreté future — le verset rassure alors d’abord sur la subsistance des enfants qu’on craint de ne pouvoir nourrir.

  5. L’interdiction de la fornication (v.32) : Le Coran dit « N’approchez point » et non simplement « Ne commettez pas » — ce qui interdit non seulement l’acte lui-même mais tout ce qui y mène : regards illicites, isolement avec une personne de l’autre sexe (khalwa), paroles séductrices. Ibn Kathir rapporte que le Prophète ﷺ a dit : « Les yeux commettent la fornication par le regard, les oreilles par l’écoute, la langue par la parole, la main par le toucher, le pied par la marche… puis les parties intimes confirment ou démentent cela. » (Sahih Muslim, Livre du destin, n°2657)

  6. Le caractère sacré de la vie et la justice (v.33) : La vie humaine est sacrée (haram) sauf dans les cas prévus par la loi divine (la peine légale pour meurtre, l’apostasie accompagnée de trahison, ou la fornication du marié). Ibn Kathir souligne qu’Allah accorde au tuteur de la victime le droit de réclamer justice, mais l’avertit de ne pas « commettre d’excès dans le meurtre » — c’est-à-dire ne pas tuer quelqu’un d’autre que le meurtrier, ou mutiler le corps, ou dépasser le cadre légal.

  7. La protection des orphelins et la parole donnée (v.34) : Deux obligations liées par leur fondement commun : la confiance (amana). Les biens de l’orphelin ne peuvent être approchés qu’avec l’intention sincère de les faire fructifier (« de la façon la meilleure »). De même, tout engagement pris engage la responsabilité du croyant devant Allah. Ibn Kathir rappelle le hadith : « Les signes de l’hypocrite sont trois : lorsqu’il parle il ment, lorsqu’il promet il manque à sa promesse, et lorsqu’on lui confie un dépôt il trahit. » (Sahih al-Bukhari, Livre de la foi, n°33)

  8. Ne pas suivre ce qu’on ignore et l’interdiction de l’orgueil (v.36-37) : Le verset 36 interdit de porter des accusations sans preuve, de répandre des rumeurs ou de parler sans science. L’ouïe, la vue et le cœur seront tous interrogés au Jour du Jugement — chaque sens est une responsabilité. Ibn Kathir note que ce verset est le fondement de la vérification (tabayyun) en islam. Quant à l’orgueil (v.37), Allah le ridiculise par une image saisissante : l’homme orgueilleux ne peut ni percer la terre ni atteindre les montagnes — sa faiblesse physique devrait lui rappeler sa place devant le Créateur.

Hadiths connexes :

  • Le Prophète ﷺ a dit : « Qu’il soit humilié ! Qu’il soit humilié ! Qu’il soit humilié, celui qui voit l’un de ses parents ou les deux atteindre la vieillesse et n’entre pas au Paradis [en les servant]. » (Sahih Muslim, Livre de la piété filiale, n°2551)

  • Le Prophète ﷺ a dit : « Celui qui gère les biens d’un orphelin convenablement, lui et moi serons comme ceci au Paradis » — et il montra son index et son majeur. (Sahih al-Bukhari, Livre de la piété filiale, n°5304)

Date de vérification : 2026-02-21


Dernière mise à jour : 2026-02-21

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