Al-Isra 17:41-70 - L'inimitabilité du Coran

📖 Tafsir - Al-Isra 17:41-70 - L’inimitabilité du Coran

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📚 Étude des Versets

📌 Al-Isra : L’unicité divine, le défi coranique et la dignité de l’homme

Référence : Sourate Al-Isra (17), Versets 41-70

Contexte du signet :

Ce passage poursuit l’argumentation de la sourate en abordant plusieurs thèmes majeurs de la foi : l’absurdité du polythéisme, le défi lancé aux incroyants de produire quelque chose de comparable au Coran, le récit de la chute d’Iblis face à Adam, et enfin l’honneur accordé par Allah aux enfants d’Adam. Ces versets furent révélés à La Mecque alors que les Quraysh multipliaient les arguments contre le Prophète ﷺ, accusant le Coran d’être de la poésie, de la sorcellerie ou des légendes anciennes. Allah y répond par des arguments rationnels et des récits frappants.

Versets clés en français :

17:42 : « Dis : “S’il y avait avec Lui [d’autres] divinités, comme ils le disent, elles auraient alors cherché un chemin vers le Détenteur du Trône.” »

17:43 : « Gloire à Lui ! Il est infiniment au-dessus de ce qu’ils disent. »

17:44 : « Les sept cieux et la terre et ceux qui s’y trouvent Le glorifient. Et il n’existe rien qui ne célèbre Sa gloire et Ses louanges. Mais vous ne comprenez pas leur glorification. Certes, c’est Lui qui est Indulgent et Pardonneur. »

17:49 : « Et ils disent : “Quand nous serons ossements et poussière, serons-nous vraiment ressuscités en une création nouvelle ?” »

17:50 : « Dis : "Soyez pierre ou fer, »

17:51 : « “ou toute autre créature que vous jugerez impossible [à ressusciter].” Ils diront alors : “Qui nous ramènera ?” Dis : “Celui qui vous a créés une première fois.” »

17:61 : « Et lorsque Nous avons dit aux anges : “Prosternez-vous devant Adam”, ils se prosternèrent, à l’exception d’Iblis qui dit : “Me prosternerai-je devant celui que Tu as créé d’argile ?” »

17:62 : « Il dit encore : “Vois-Tu celui que Tu as honoré au-dessus de moi ? Si Tu me donnes un répit jusqu’au Jour de la Résurrection, j’éprouverai certes sa descendance, à l’exception d’un petit nombre.” »

17:63 : « [Allah] dit : “Va-t’en ! Quiconque d’entre eux te suivra… la Géhenne sera votre récompense — Loss ample récompense.” »

17:64 : « “Et incite avec ta voix ceux d’entre eux que tu pourras, rassemble contre eux ta cavalerie et ton infanterie, associe-toi à eux dans leurs biens et leurs enfants, et fais-leur des promesses.” Mais le Diable ne leur fait que des promesses trompeuses. »

17:65 : « “Quant à Mes serviteurs, tu n’auras aucun pouvoir sur eux.” Et ton Seigneur suffit comme protecteur. »

17:70 : « Certes, Nous avons honoré les enfants d’Adam. Nous les avons portés sur terre et sur mer, leur avons attribué de bonnes choses comme nourriture, et Nous les avons nettement préférés à plusieurs de Nos créatures. »

Tafsir consulté :

  • [x] Ibn Kathir
  • [ ] At-Tabari
  • [ ] Al-Qurtubi
  • [ ] Autre : _______________

Notes du tafsir :

Ibn Kathir développe dans ce passage une argumentation à la fois théologique, rationnelle et historique.

Points clés :

  1. La preuve rationnelle de l’unicité divine (v.42-43) : Si d’autres divinités existaient réellement aux côtés d’Allah, elles chercheraient à rivaliser avec le Détenteur du Trône pour obtenir le pouvoir suprême — ce qui engendrerait le chaos dans l’univers. Or, l’harmonie parfaite de la création prouve qu’il n’y a qu’un seul Créateur et Ordonnateur. Ibn Kathir rapproche cet argument de celui de Sourate Al-Anbiya (21:22) : « S’il y avait dans [les cieux et la terre] des divinités autres qu’Allah, tous deux seraient certes dans le désordre. » C’est une démonstration par l’absurde (burhan al-tamanu’) que les théologiens musulmans ont développée : la pluralité de divinités impliquerait des volontés contradictoires et donc la corruption de l’ordre cosmique.

  2. La glorification universelle (v.44) : Toute la création — les sept cieux, la terre et tout ce qu’ils contiennent — glorifie Allah, mais d’une manière que les humains ne perçoivent pas. Ibn Kathir mentionne que cette glorification est réelle et non métaphorique. Le Prophète ﷺ a dit : « Je connais une pierre à La Mecque qui me saluait avant ma mission prophétique. Je la reconnais encore. » (Sahih Muslim, Livre des mérites, n°2277). Ibn Mas’ud رضي الله عنه rapporte également qu’ils entendaient la nourriture glorifier Allah dans la main du Prophète ﷺ (Sahih al-Bukhari, Livre des mérites, n°3579).

  3. La réponse aux négateurs de la résurrection (v.49-52) : Les mécréants demandent avec incrédulité comment des ossements et de la poussière pourraient être ressuscités. Allah leur répond avec une puissante rhétorique : « Soyez pierre ou fer » — même si vous étiez faits de la matière la plus dure et la plus éloignée de la vie, Celui qui vous a créés une première fois à partir de rien est capable de vous recréer. Ibn Kathir souligne que cet argument revient constamment dans le Coran : la première création est plus extraordinaire que la re-création, et celui qui nie la résurrection nie en réalité la puissance du Créateur.

  4. L’orgueil d’Iblis et le refus de la prosternation (v.61-62) : Iblis refusa de se prosterner devant Adam en arguant de la supériorité du feu (dont il est créé) sur l’argile. Ibn Kathir analyse ce raisonnement comme la première manifestation de l’orgueil (kibr) et du raisonnement analogique défectueux (qiyas fasid). Iblis a comparé les matériaux de création au lieu de se soumettre à l’ordre divin. Son erreur fondamentale est d’avoir placé son jugement personnel au-dessus du commandement d’Allah. De plus, son raisonnement est faux : l’argile a des qualités que le feu n’a pas — la stabilité, la capacité de croissance, la douceur.

  5. Les armes d’Iblis et leurs limites (v.63-65) : Allah détaille les moyens qu’Iblis utilisera : sa voix (la musique, les appels à la désobéissance), sa cavalerie et son infanterie (ses alliés parmi les djinns et les humains), l’association dans les biens (les gains illicites, l’usure) et dans les enfants (les éduquer sans religion, leur donner des noms d’idoles). Ibn Kathir cite Ibn 'Abbas رضي الله عنهما qui interprète la « voix » d’Iblis comme tout appel à la désobéissance d’Allah. Mais le verset 65 apporte le contrepoint décisif : « Quant à Mes serviteurs, tu n’auras aucun pouvoir sur eux » — Iblis ne peut contraindre personne ; il ne fait que suggérer et embellir le mal. Le croyant sincère est protégé par sa relation avec Allah.

  6. La dignité des enfants d’Adam (v.70) : Ce verset est l’un des fondements coraniques de la dignité humaine universelle. Allah a honoré (karrama) les enfants d’Adam de quatre manières : (a) les a portés sur terre et sur mer (la capacité de voyager et de maîtriser la nature), (b) leur a attribué de bonnes nourritures, © les a dotés de la raison ('aql) et de la parole, et (d) les a préférés à une grande partie de Ses créatures. Ibn Kathir précise que cette dignité est accordée à l’ensemble du genre humain — c’est un honneur ontologique lié à la nature humaine elle-même, créée selon la meilleure des formes (ahsani taqwim).

  7. Le voile sur les cœurs (v.45-46) : Quand le Prophète ﷺ récitait le Coran, Allah plaçait un voile entre lui et ceux qui ne croyaient pas à l’au-delà, et mettait une surdité dans leurs oreilles. Ibn Kathir explique que cela ne signifie pas qu’ils n’entendaient pas physiquement le Coran, mais que leur compréhension spirituelle en était bloquée en raison de leur rejet volontaire. Lorsqu’ils entendaient le tawhid (l’unicité d’Allah), ils se détournaient avec aversion — preuve que le voile était la conséquence de leur choix, non sa cause.

Hadiths connexes :

  • Le Prophète ﷺ a dit : « Le Diable circule dans le fils d’Adam comme le sang circule dans ses veines. » (Sahih al-Bukhari, Livre du début de la création, n°3281 ; Sahih Muslim, n°2175) — en rapport avec les « moyens » d’Iblis décrits au verset 64.

  • Le Prophète ﷺ a dit : « N’entrera pas au Paradis quiconque a dans le cœur le poids d’un atome d’orgueil. » Un homme dit : « Et si quelqu’un aime porter de beaux habits et de belles chaussures ? » Il répondit : « Allah est Beau et Il aime la beauté. L’orgueil, c’est le rejet de la vérité et le mépris des gens. » (Sahih Muslim, Livre de la foi, n°91) — en rapport avec l’orgueil d’Iblis au verset 61.

Date de vérification : 2026-02-21


Dernière mise à jour : 2026-02-21

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