📖 Tafsir - Al-Isra 17:71-111 - L’âme et les signes de la vérité
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📚 Étude des Versets
📌 Al-Isra : Le Jour du Jugement, la nature de l’âme et le défi inimitable du Coran
Référence : Sourate Al-Isra (17), Versets 71-111
Contexte du signet :
Cette dernière section de Sourate Al-Isra clôt la sourate par des thèmes d’une profondeur considérable : le rassemblement des nations au Jour du Jugement, la tentative des polythéistes de détourner le Prophète ﷺ de son message, la question mystérieuse de l’âme (ar-ruh), le défi suprême du Coran que ni les hommes ni les djinns ne pourraient reproduire, et enfin la révélation du Coran comme guérison et miséricorde. La sourate se conclut par un rappel de la descente graduelle du Coran et un éloge d’Allah qui n’a ni enfant, ni associé, ni protecteur par faiblesse — affirmant Sa grandeur absolue.
Versets clés en français :
17:71 : « Le jour où Nous appellerons chaque groupe d’hommes par leur imam [guide]. Ceux à qui on remettra leur livre dans la main droite liront leur livre [avec joie] et ne subiront pas la moindre injustice. »
17:73 : « Ils ont failli te détourner de ce que Nous t’avions révélé, [espérant] qu’à la place de cela, tu inventes quelque chose d’autre et l’attribues à Nous. Et alors, ils t’auraient pris pour ami intime. »
17:74 : « Et si Nous ne t’avions pas raffermi, tu aurais bien failli pencher un tant soit peu vers eux. »
17:78 : « Accomplis la prière au déclin du soleil jusqu’à l’obscurité de la nuit, et [fais] la lecture [du Coran] à l’aube, car la lecture à l’aube a des témoins. »
17:79 : « Et de la nuit, consacre une partie [supplémentaire] pour toi en prière surérogatoire : il se peut que ton Seigneur te ressuscite en une position de gloire. »
17:82 : « Nous faisons descendre du Coran ce qui est une guérison et une miséricorde pour les croyants. Cependant, cela ne fait qu’accroître les injustes dans leur perte. »
17:85 : « Et ils t’interrogent au sujet de l’âme. Dis : “L’âme relève de l’ordre de mon Seigneur.” Et on ne vous a donné que peu de connaissance. »
17:88 : « Dis : “Même si les hommes et les djinns s’unissaient pour produire quelque chose de semblable à ce Coran, ils ne sauraient produire rien de semblable, même s’ils se soutenaient les uns les autres.” »
17:105 : « Et c’est en toute vérité que Nous l’avons fait descendre, et avec la vérité il est descendu. Et Nous ne t’avons envoyé qu’en annonciateur et avertisseur. »
17:106 : « [C’est] un Coran que Nous avons fragmenté, pour que tu le lises aux gens avec lenteur. Et Nous l’avons fait descendre graduellement. »
17:109 : « Et ils tombent sur leurs mentons, en pleurant, et cela augmente leur humilité. »
17:110 : « Dis : “Invoquez Allah, ou invoquez le Tout Miséricordieux. Quel que soit le nom par lequel vous L’appelez, Il a les plus beaux noms.” Et dans ta prière, ne récite ni trop fort ni trop bas, mais cherche le juste milieu entre les deux. »
17:111 : « Et dis : “Louange à Allah qui ne S’est jamais attribué d’enfant, qui n’a point d’associé dans la royauté et qui n’a jamais eu de protecteur de l’humiliation.” Et proclame Sa grandeur avec éclat. »
Tafsir consulté :
- [x] Ibn Kathir
- [ ] At-Tabari
- [ ] Al-Qurtubi
- [ ] Autre : _______________
Notes du tafsir :
Ibn Kathir conclut l’exégèse de cette sourate avec des développements majeurs sur le Jour du Jugement, la nature de la révélation et l’inimitabilité du Coran.
Points clés :
Chaque groupe appelé par son imam (v.71) : Au Jour du Jugement, chaque communauté sera appelée avec son guide — qu’il s’agisse de son prophète, de son livre, ou de son chef (selon les différentes interprétations rapportées par Ibn Kathir). Ceux qui recevront leur livre dans la main droite seront les bienheureux. Ibn Kathir rapporte d’après Mujahid que « imam » désigne ici le livre de chacun (son registre d’actes). D’autres, comme Ibn 'Abbas رضي الله عنهما, interprètent cela comme le prophète de chaque nation. L’essentiel est que nul ne subira d’injustice — chacun sera jugé selon ses propres actes, dans une justice parfaite.
La tentative de compromis des Quraysh (v.73-77) : Les Quraysh tentèrent de négocier avec le Prophète ﷺ pour qu’il adoucisse son message, en proposant un compromis sur l’idolâtrie. Ibn Kathir rapporte que Thaqif demanda au Prophète ﷺ de déclarer leur vallée sacrée et d’interdire d’y couper les arbres, ou que les Quraysh lui proposèrent de faire un an d’adoration de leurs idoles en échange d’un an d’adoration d’Allah. Allah révèle qu’ils « ont failli » le détourner — le verbe au passé montre que la pression était réelle et intense. Mais Allah l’a « raffermi » : sans cette protection divine, même le meilleur des hommes aurait pu fléchir. C’est un avertissement pour tout prédicateur : aucun compromis n’est permis sur le tawhid, quelle que soit la pression sociale.
Les horaires de la prière et la prière de la nuit (v.78-79) : Ibn Kathir identifie dans le verset 78 les cinq prières obligatoires : « le déclin du soleil » englobe Dhuhr et 'Asr, « l’obscurité de la nuit » désigne Maghrib et 'Isha, et « la lecture à l’aube » est la prière de Fajr. Le Prophète ﷺ a dit : « La prière de Fajr a des témoins car les anges de la nuit et les anges du jour se réunissent à ce moment. » (Sahih al-Bukhari, Livre des horaires de prière, n°648 ; Sahih Muslim, n°632). Le verset 79 établit la prière de nuit (tahajjud) comme un acte surérogatoire spécialement destiné au Prophète ﷺ, mais recommandé pour toute la communauté. La « position de gloire » (maqam mahmud) est l’intercession suprême (ash-shafa’a al-'udhma) que le Prophète ﷺ exercera au Jour du Jugement.
Le Coran comme guérison (v.82) : Le Coran est une guérison (shifa’) à deux niveaux : spirituelle (guérison des cœurs de l’ignorance, du doute, de l’hypocrisie et de la déviance) et, selon certains savants, physique (par la ruqya légale — la récitation sur le malade). Ibn Kathir insiste sur le fait que cette guérison ne profite qu’aux croyants : pour les injustes, le même Coran « accroît leur perte » car ils le rejettent et s’en détournent, ce qui alourdit leur responsabilité devant Allah.
La question de l’âme (v.85) : Les juifs de Médine — ou, selon une autre narration, les Quraysh conseillés par les juifs — interrogèrent le Prophète ﷺ sur la nature de l’âme (ar-ruh), pensant le mettre en difficulté. Allah répondit : « L’âme relève de l’ordre de mon Seigneur » — c’est-à-dire que sa nature exacte fait partie de la science divine que l’homme ne peut appréhender pleinement. Ibn Kathir note que cette réponse est en elle-même une preuve de la véracité du Prophète ﷺ : un imposteur aurait inventé une réponse détaillée, tandis que le vrai messager transmet la réponse telle qu’elle lui est révélée, même si elle semble limiter sa connaissance. Ce verset enseigne l’humilité intellectuelle face aux limites de la connaissance humaine.
Le défi suprême du Coran (v.88) : Ce verset lance le défi le plus absolu : même si l’humanité entière et tous les djinns s’unissaient, ils seraient incapables de produire un texte comparable au Coran. Ibn Kathir note la progression du défi coranique : dans d’autres versets, le défi porte sur dix sourates (Hud 11:13), puis une seule sourate (Al-Baqara 2:23) ; ici, c’est le défi global et définitif portant sur l’ensemble du Coran. L’inimitabilité (i’jaz) du Coran se manifeste dans son éloquence inégalée, la cohérence de son message, ses informations sur l’invisible, ses prophéties réalisées et son impact transformateur sur les cœurs — quatorze siècles plus tard, le défi reste sans réponse.
La descente graduelle du Coran (v.105-106) : Le Coran fut révélé graduellement sur vingt-trois ans, et non d’un seul bloc comme le demandaient les mécréants. Ibn Kathir explique la sagesse de cette gradualité : (a) raffermir le cœur du Prophète ﷺ par un contact continu avec la révélation, (b) adapter les prescriptions aux circonstances vécues par la communauté, © faciliter la mémorisation et la compréhension, et (d) répondre aux événements et questions au fur et à mesure. Le Coran descendit « avec la vérité » — chaque verset est vrai dans son contenu, juste dans ses prescriptions et sincère dans ses promesses et avertissements.
La clôture par le tawhid absolu (v.110-111) : La sourate se ferme comme elle s’est ouverte : par la glorification d’Allah. Le verset 110 enseigne le juste milieu dans la récitation (ni trop fort ni trop bas) — le Prophète ﷺ récitait à voix basse à La Mecque pour éviter les persécutions des mécréants, et Allah lui indiqua de trouver l’équilibre. Le verset 111 est un condensé du tawhid : Allah n’a pas d’enfant (contre les chrétiens et les polythéistes arabes), pas d’associé dans la royauté (contre toute forme de shirk), et n’a pas besoin de protecteur (Il est Le Puissant par Lui-même). Le Prophète ﷺ récitait ce verset et disait : « Allahu Akbar » avec éclat — c’est la conclusion naturelle d’une sourate qui a traité du voyage nocturne, du code moral, de la dignité humaine et de l’inimitabilité de la Parole divine.
Hadiths connexes :
Le Prophète ﷺ a dit au sujet de la station de gloire (maqam mahmud) : « Je serai le maître des enfants d’Adam au Jour de la Résurrection, sans orgueil. Je serai le premier pour qui la terre s’ouvrira, et le premier intercesseur et le premier dont l’intercession sera acceptée. » (Sahih Muslim, Livre des mérites, n°2278)
Le Prophète ﷺ a dit : « Le meilleur d’entre vous est celui qui apprend le Coran et l’enseigne. » (Sahih al-Bukhari, Livre des mérites du Coran, n°5027) — en rapport avec les versets sur la récitation et la descente graduelle du Coran.
Date de vérification : 2026-02-21
Dernière mise à jour : 2026-02-21