📖 Tafsir - Al-Jathiyah 45:1-37 - L’agenouillée et les signes dans la création
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📚 Étude des Versets
📌 Les signes dans les cieux et la terre, le désir comme divinité et les nations à genoux
Référence : Sourate Al-Jathiyah (45), Versets 1-37
Contexte du signet :
Al-Jathiyah (L’Agenouillée) est une sourate mecquoise de 37 versets. Son nom provient du verset 28 qui décrit chaque nation « agenouillée » (jâthiyah) devant Allah au Jour du Jugement, appelée vers son livre de comptes. Cette sourate est particulièrement riche en arguments rationnels tirés de l’observation de la création — les cieux, la terre, les animaux, l’alternance du jour et de la nuit — et contient un avertissement saisissant contre ceux qui prennent leur passion comme divinité. Elle constitue un plaidoyer complet pour la foi fondée sur la raison et l’observation.
Versets clés en français :
45:3-5 : « Il y a certes dans les cieux et la terre des signes pour les croyants. Et dans votre propre création et dans ce qu’Il dissémine comme animaux, il y a des signes pour des gens qui croient avec certitude. Et dans l’alternance de la nuit et du jour, et dans ce qu’Allah fait descendre du ciel comme subsistance [pluie], par laquelle Il redonne la vie à la terre après sa mort, et dans la distribution des vents, il y a des signes pour des gens qui raisonnent. »
45:13 : « Et Il vous a assujetti tout ce qui est dans les cieux et sur la terre, le tout venant de Lui. Il y a là des signes pour des gens qui réfléchissent. »
45:18 : « Puis Nous t’avons mis sur la voie de l’Ordre [une religion claire et nette]. Suis-la donc et ne suis pas les passions de ceux qui ne savent pas. »
45:21 : « Ceux qui commettent de mauvaises actions pensent-ils que Nous les traiterons comme ceux qui croient et font de bonnes œuvres, avec une vie et une mort égales ? Comme leur jugement est mauvais ! »
45:23 : « Vois-tu celui qui prend sa passion pour sa divinité, et qu’Allah égare sciemment, et scelle son ouïe et son cœur, et étend un voile sur sa vue ? Qui donc peut le guider après Allah ? Ne vous rappelez-vous donc pas ? »
45:28-29 : « Et tu verras chaque nation agenouillée. Chaque nation sera appelée vers son livre. “Aujourd’hui vous serez rétribués pour ce que vous faisiez. Voilà Notre livre. Il parle sur vous en toute vérité. Nous enregistrions tout ce que vous faisiez.” »
45:36-37 : « À Allah donc la louange, Seigneur des cieux et Seigneur de la terre, Seigneur de l’univers. Et à Lui la grandeur dans les cieux et la terre. Et c’est Lui le Puissant, le Sage. »
Tafsir consulté :
- [x] Ibn Kathir
- [ ] At-Tabari
- [ ] Al-Qurtubi
- [ ] Autre : _______________
Notes du tafsir :
Ibn Kathir analyse cette sourate comme un plaidoyer rationnel pour la foi, fondé sur l’observation de la création et l’avertissement contre l’aveuglement passionnel.
Points clés :
Les trois niveaux de signes (v.3-5) : Allah présente Ses signes en trois catégories progressives : (1) les signes dans les cieux et la terre — pour « les croyants » (mu’minîn), (2) la création de l’homme et des animaux — pour « des gens qui croient avec certitude » (yûqinûn), (3) l’alternance du jour et de la nuit, la pluie et les vents — pour « des gens qui raisonnent » ('aqlûn). Ibn Kathir note la progression dans la qualité du public : croyants → certains → raisonneurs. Chaque niveau d’observation requiert un degré plus élevé de réflexion. C’est un appel à utiliser la raison comme voie vers la foi.
Tout l’univers assujetti à l’homme (v.13) : « Il vous a assujetti (sakhkhara) tout ce qui est dans les cieux et sur la terre, le tout venant de Lui. » Ibn Kathir explique que cet assujettissement est un bienfait immense : le soleil, la lune, les étoiles, les mers, les rivières, les animaux — tout est mis au service de l’homme. Mais ce n’est pas un droit — c’est un don divin qui exige la gratitude. « Le tout venant de Lui (jamî’an minhu) » — chaque bienfait a une seule source : Allah. Ce verset est « un signe pour des gens qui réfléchissent ».
La voie claire de l’Ordre divin (v.18) : « Nous t’avons mis sur la voie de l’Ordre (sharî’atin min al-amr). Suis-la donc. » Ibn Kathir explique que « sharî’a » ici signifie un chemin clair, une méthode et une loi divines. Le Prophète ﷺ doit suivre cette voie « et ne pas suivre les passions de ceux qui ne savent pas ». La distinction est nette : la sharî’a est fondée sur la connaissance (‘ilm), tandis que les passions (ahwâ’) sont fondées sur l’ignorance. Les deux ne peuvent coexister.
L’injustice de traiter également bons et mauvais (v.21-22) : « Ceux qui commettent de mauvaises actions pensent-ils que Nous les traiterons comme ceux qui croient et font de bonnes œuvres ? » C’est un argument logique pour la résurrection : si la justice exige que le bien et le mal soient rétribués différemment, et que cela ne se réalise pas pleinement dans cette vie, alors il faut une autre vie pour que la justice soit complète. Ibn Kathir souligne que nier la résurrection revient à nier la justice d’Allah — ce qui est absurde pour quiconque reconnaît Sa sagesse.
Celui qui prend sa passion pour sa divinité (v.23) : L’un des versets les plus percutants du Coran : « Vois-tu celui qui prend sa passion (hawâhu) pour sa divinité (ilâhahu) ? » Ibn Kathir explique que cette personne obéit à ses désirs comme on obéit à un dieu : ses passions dictent ses actes, ses choix, ses croyances. Tout ce que son désir (hawâ) lui ordonne, il l’exécute. Allah l’« égare sciemment » ('alâ 'ilm) — c’est-à-dire qu’Allah sait que cette personne mérite l’égarement en raison de son choix délibéré de suivre ses passions. « Qui donc peut le guider après Allah ? » — une fois qu’Allah a scellé le cœur d’une personne à cause de son obstination, aucune créature ne peut la guider.
Les nations agenouillées devant leur livre (v.28-29) : « Tu verras chaque nation agenouillée (jâthiyah). » Ibn Kathir explique que « jâthiyah » signifie à genoux, dans une posture d’humilité et de terreur. Chaque nation sera appelée vers « son livre » — le registre de ses actes. « Voilà Notre livre. Il parle sur vous en toute vérité. Nous enregistrions tout ce que vous faisiez (nastansikhu). » Le verbe « nastansikhu » (Nous copions/enregistrons) indique que les anges enregistrent chaque action en temps réel. Ibn Kathir note que ce « livre » est infaillible : rien n’y est omis, rien n’y est ajouté.
La grandeur exclusive d’Allah (v.36-37) : La sourate se conclut par une doxologie universelle : « À Allah la louange, Seigneur des cieux, Seigneur de la terre, Seigneur de l’univers. Et à Lui la grandeur (al-kibriyâ’) dans les cieux et la terre. » Ibn Kathir explique que « al-kibriyâ’ » est la grandeur suprême qui n’appartient qu’à Allah. Le Prophète ﷺ a rapporté qu’Allah dit : « La grandeur (al-kibriyâ’) est Mon manteau et la majesté (al-'adhama) est Mon pagne. Quiconque Me dispute l’un des deux, Je le jette dans le Feu. » (Sahih Muslim, n°2620 ; Sunan Abu Dawud, n°4090)
Hadiths connexes :
Le Prophète ﷺ rapporte qu’Allah dit : « La grandeur est Mon manteau et la majesté est Mon pagne. Quiconque Me dispute l’un des deux, Je le jette dans le Feu. » (Sahih Muslim, n°2620 ; Sunan Abu Dawud, n°4090)
Le Prophète ﷺ a dit : « Quand Allah décrète une affaire dans le ciel, les anges battent des ailes en signe de soumission à Sa parole, [produisant un bruit] comme une chaîne traînée sur un rocher lisse. » (Sahih al-Bukhari, n°4701)
Date de vérification : 2026-02-21
Dernière mise à jour : 2026-02-21