Al-Kafirun 109:1-6 - Le désaveu du polythéisme

📖 Tafsir - Al-Kafirun 109:1-6 - Le désaveu du polythéisme

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📚 Étude de la Sourate

📌 Al-Kafirun : La séparation nette entre le monothéisme et le polythéisme

Référence : Sourate Al-Kafirun (109), Versets 1-6

Contexte du signet :

Al-Kafirun (Les Mécréants) est une sourate mecquoise de 6 versets qui proclame la séparation absolue entre le monothéisme pur (tawhîd) et le polythéisme (shirk). Ibn Kathir rapporte la circonstance de sa révélation : un groupe de notables qurayshites — parmi lesquels Al-Walid ibn al-Mughirah, Al-'As ibn Wa’il et Al-Aswad ibn 'Abd al-Muttalib — proposèrent au Prophète ﷺ un compromis : « Adore nos divinités pendant un an, et nous adorerons ton Dieu pendant un an. » Ils voulaient un syncrétisme religieux qui satisferait les deux parties. Allah révéla cette sourate comme réponse catégorique : aucun compromis n’est possible en matière de monothéisme. Le Prophète ﷺ la récitait régulièrement dans les deux rak’at de la sunnah du Fajr et dans les deux rak’at du tawâf, souvent avec sourate Al-Ikhlas.

Versets clés en français :

109:1 : « Dis : "Ô vous les mécréants ! »

109:2 : « Je n’adore pas ce que vous adorez, »

109:3 : « et vous n’êtes pas adorateurs de ce que j’adore. »

109:4 : « Et je ne suis pas adorateur de ce que vous adorez, »

109:5 : « et vous n’êtes pas adorateurs de ce que j’adore. »

109:6 : « À vous votre religion, et à moi ma religion." »

Tafsir consulté :

  • [x] Ibn Kathir
  • [ ] At-Tabari
  • [ ] Al-Qurtubi
  • [ ] Autre : _______________

Notes du tafsir :

Ibn Kathir explique cette sourate comme une déclaration d’innocence (barâ’ah) vis-à-vis du polythéisme et un pilier de l’affirmation du tawhîd.

Points clés :

  1. L’adresse directe aux polythéistes (v.1) : « Qul yâ ayyuhâ-l-kâfirûn » — Dis : « Ô mécréants ! » L’ordre « qul » (dis) vient d’Allah : c’est une révélation, pas une initiative du Prophète ﷺ. Le terme « kâfirûn » désigne ici spécifiquement les polythéistes de Quraysh qui avaient proposé le compromis. Ibn Kathir note que cette adresse directe, sans ambiguïté, montre que l’Islam ne laisse aucune place à la négociation sur le monothéisme.

  2. La répétition significative (v.2-5) : La sourate semble contenir une répétition entre les versets 2-3 et 4-5. Les savants ont expliqué cette structure de plusieurs façons. Ibn Kathir rapporte que les versets 2-3 concernent le présent (« je n’adore pas actuellement ce que vous adorez ») tandis que les versets 4-5 concernent le futur (« je ne serai jamais adorateur de ce que vous adorez »). D’autres exégètes expliquent que la première paire nie l’acte d’adoration et la seconde nie la nature même de l’adorateur — c’est-à-dire : non seulement je ne fais pas ce que vous faites, mais je ne suis pas du type de personnes qui font ce que vous faites. C’est une négation totale, sous tous les angles.

  3. L’impossibilité du compromis : Ibn Kathir insiste sur le fait que cette sourate ferme définitivement la porte à tout syncrétisme. Les Quraysh pensaient que la religion pouvait faire l’objet d’un arrangement diplomatique — un peu de polythéisme, un peu de monothéisme. Or le tawhîd est par définition exclusif : il n’admet aucun associé. La sourate ne dit pas « je respecte ce que vous adorez » mais « je n’adore pas ce que vous adorez » — c’est un désaveu clair, pas une simple différence d’opinion.

  4. La distinction entre « mâ a’budu » et « mâ ta’budûn » : Le pronom « mâ » (ce que) plutôt que « man » (celui que) a fait l’objet de discussions. Ibn Kathir note que « mâ » peut désigner l’objet d’adoration ou l’acte d’adoration lui-même. Le sens serait alors : « Mon adoration n’est pas comme votre adoration » — les Quraysh prétendaient adorer Allah à travers leurs idoles, mais leur adoration était corrompue par le shirk. Même si l’objet était prétendument le même, la manière d’adorer était radicalement différente.

  5. « À vous votre religion, et à moi ma religion » (v.6) : « Lakum dînukum wa-liya dîn » — ce verset est souvent mal compris comme un appel au relativisme religieux. Ibn Kathir clarifie : il ne s’agit pas de dire « toutes les religions se valent » mais de déclarer une séparation définitive : « Vous êtes responsables de votre polythéisme, et moi je suis ferme sur mon monothéisme. Chacun portera les conséquences de son choix devant Allah. » C’est une déclaration de rupture, pas de tolérance relativiste.

  6. Le mérite de la sourate : Le Prophète ﷺ récitait cette sourate avec Al-Ikhlas (112) dans les deux rak’at de la sunnah du Fajr et dans les deux rak’at après le tawâf. (Sahih Muslim, n°726). Ibn Kathir rapporte également que le Prophète ﷺ a dit à propos de cette sourate : « Elle est une innocence (barâ’ah) vis-à-vis du polythéisme. » (Rapporté par Abu Dawud et An-Nasa’i). La réciter avant de dormir est aussi une pratique recommandée.

  7. La sourate du tawhîd dans la négation : Al-Kafirun et Al-Ikhlas forment un duo complémentaire : Al-Ikhlas affirme le tawhîd positivement (« Dis : Il est Allah, Unique »), tandis qu’Al-Kafirun affirme le tawhîd négativement (« Je n’adore pas ce que vous adorez »). Ensemble, elles couvrent les deux piliers de « Lâ ilâha illa-Llâh » : la négation (lâ ilâha — nulle divinité) et l’affirmation (illa-Llâh — sauf Allah). C’est pourquoi le Prophète ﷺ les associait dans sa pratique.

Hadiths connexes :

  • Jâbir ibn 'Abdillah رضي الله عنه rapporte que le Prophète ﷺ récitait « Dis : Ô mécréants ! » et « Dis : Il est Allah, Unique » dans les deux rak’at de la sunnah du Fajr. (Sahih Muslim, n°726)

  • Le Prophète ﷺ a dit : « Dis : Ô mécréants ! équivaut au quart du Coran. » (Rapporté par At-Tabarani ; hassan selon Al-Albani dans Sahih al-Jami’, n°4405)

Date de vérification : 2026-02-21


Dernière mise à jour : 2026-02-21

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