Al-Masad 111:1-5 - Abu Lahab et la fin des opposants

📖 Tafsir - Al-Masad 111:1-5 - Abu Lahab et la fin des opposants

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📚 Étude de la Sourate

📌 Al-Masad : La condamnation d’Abu Lahab et la prophétie accomplie

Référence : Sourate Al-Masad (111), Versets 1-5

Contexte du signet :

Al-Masad (Les Fibres / La Corde de Palmier), aussi appelée Al-Lahab (La Flamme) ou Tabbat (Périssent), est une sourate mecquoise de 5 versets. C’est la seule sourate du Coran qui maudit nommément une personne : Abu Lahab, de son vrai nom 'Abd al-'Uzza ibn 'Abd al-Muttalib, l’oncle paternel du Prophète ﷺ. Malgré son lien de parenté, Abu Lahab fut l’un des adversaires les plus acharnés de l’Islam. Ibn Kathir rapporte l’occasion de la révélation : lorsqu’Allah révéla « Et avertis les gens qui te sont les plus proches » (Ash-Shu’ara, 26:214), le Prophète ﷺ monta sur le mont As-Safa et appela les clans de Quraysh un par un. Quand ils furent rassemblés, il dit : « Si je vous annonçais qu’une armée se trouvait derrière cette montagne, me croiriez-vous ? » Ils répondirent : « Oui, nous ne t’avons jamais connu menteur. » Il dit : « Je suis un avertisseur pour vous devant un châtiment sévère. » Abu Lahab répondit alors : « Tabbân laka ! (Puisses-tu périr !) C’est pour cela que tu nous as rassemblés ? » Allah révéla alors cette sourate. Cette sourate contient aussi une prophétie remarquable : en déclarant qu’Abu Lahab périrait mécréant, elle prédit — des années avant sa mort — qu’il ne se convertirait jamais à l’Islam, ce qui s’est effectivement réalisé.

Versets clés en français :

111:1 : « Que périssent les deux mains d’Abu Lahab, et que lui-même périsse ! »

111:2 : « Sa fortune ne lui sert à rien, ni ce qu’il a acquis. »

111:3 : « Il sera brûlé dans un Feu plein de flammes, »

111:4 : « de même que sa femme, la porteuse de bois, »

111:5 : « à son cou, une corde de fibres (de palmier). »

Tafsir consulté :

  • [x] Ibn Kathir
  • [ ] At-Tabari
  • [ ] Al-Qurtubi
  • [ ] Autre : _______________

Notes du tafsir :

Ibn Kathir consacre un commentaire détaillé à cette sourate, rapportant de nombreuses narrations sur l’hostilité d’Abu Lahab et l’accomplissement de la prophétie qu’elle contient.

Points clés :

  1. « Tabbat yadâ Abî Lahab » — la malédiction (v.1) : Le verbe « tabbat » (تبّت) signifie périrent, furent détruites, furent perdues. « Les deux mains d’Abu Lahab » désigne par métonymie Abu Lahab lui-même et toutes ses œuvres. Ibn Kathir note que le surnom « Abu Lahab » (le père de la flamme) lui fut donné en raison de la rougeur et de l’éclat de son visage — une ironie divine, car celui que l’on surnommait « père de la flamme » finira dans les flammes de l’Enfer. La répétition « et que lui-même périsse » (wa tabba) confirme que la perte est totale et inéluctable.

  2. L’inutilité de la richesse (v.2) : « Mâ aghnâ 'anhu mâluhu wa mâ kasab » — sa fortune et ce qu’il a acquis ne lui profiteront en rien. Ibn Kathir rapporte qu’Abu Lahab était l’un des hommes les plus riches de Quraysh. Il se vantait que sa fortune le protégerait de tout malheur. Quand il fut menacé du châtiment, il aurait dit : « Si ce que dit mon neveu est vrai, je me rachèterai avec ma fortune. » Allah répondit que ni sa richesse ni ses enfants (selon une interprétation de « mâ kasab » — ce qu’il a engendré) ne lui serviront de rien le Jour du Jugement.

  3. Le Feu plein de flammes (v.3) : « Sa-yaslâ nâran dhâta lahab » — il sera brûlé dans un Feu plein de flammes. Le mot « lahab » (flamme) fait écho au surnom d’Abu Lahab, créant un jeu de mots divin : le « père de la flamme » est promis aux flammes. Ibn Kathir souligne que cette promesse de châtiment est une prophétie : Allah annonce qu’Abu Lahab mourra dans la mécréance. Si Abu Lahab avait embrassé l’Islam — ne serait-ce que hypocritement, pour contredire le Coran —, cela aurait invalidé cette sourate. Or il ne l’a jamais fait, confirmant la véracité de la révélation.

  4. La prophétie inaltérable : C’est l’un des arguments les plus forts de l’authenticité du Coran. Cette sourate fut révélée au début de la mission prophétique, et Abu Lahab vécut encore environ dix ans après sa révélation. Pendant toutes ces années, il aurait pu dire : « Je me convertis » — et cela aurait posé un problème pour le Coran qui annonçait sa damnation. Mais il mourut mécréant, peu après la bataille de Badr (en l’an 2 de l’Hégire), frappé par une maladie de peau si contagieuse que ses propres fils n’osèrent pas l’approcher et le laissèrent pourrir pendant trois jours avant de jeter de l’eau sur son corps de loin et de l’enterrer.

  5. Sa femme, « la porteuse de bois » (v.4) : « Wa-mra’atuhu hammâlata-l-hatab » — Umm Jamil bint Harb, sœur d’Abu Sufyan et épouse d’Abu Lahab. Ibn Kathir rapporte deux interprétations de « porteuse de bois » (hammâlat al-hatab). Au sens propre : elle jetait des épines et des ronces sur le chemin du Prophète ﷺ la nuit. Au sens figuré : elle « portait le bois » de la discorde, c’est-à-dire qu’elle colportait la médisance et attisait la haine entre les gens contre le Prophète ﷺ. En arabe, « porter le bois » est une expression pour la calomnie et l’excitation à la haine.

  6. La corde de fibres (v.5) : « Fî jîdihâ hablun min masad » — à son cou, une corde de fibres de palmier. Ibn Kathir rapporte qu’Umm Jamil, qui portait un collier précieux, avait dit : « Par al-Lat et al-'Uzza, je dépenserai ce collier pour nuire à Muhammad ! » Allah la décrit avec une corde grossière de fibres de palmier autour du cou — en lieu et place de ses bijoux luxueux. Dans l’au-delà, ce sera une chaîne de feu. D’autres exégètes disent que « masad » désigne une corde tressée de fer ou de feu au Jour du Jugement.

  7. La réaction d’Umm Jamil : Ibn Kathir rapporte qu’Umm Jamil, ayant appris que le Coran la mentionnait, vint furieuse avec une pierre à la main au mont As-Safa où le Prophète ﷺ se trouvait avec Abu Bakr رضي الله عنه. Allah voila sa vue : elle vit Abu Bakr mais pas le Prophète ﷺ. Elle dit à Abu Bakr : « Où est ton compagnon ? On m’a dit qu’il m’a insultée. Par Allah, si je le trouve, je lui fracasserai la bouche avec cette pierre ! » Puis elle récita des vers insultants et partit. Abu Bakr demanda : « Ô Messager d’Allah, ne t’a-t-elle pas vu ? » Il répondit : « Non, Allah a voilé sa vue. » Cet épisode est lui-même un signe de la protection divine accordée au Prophète ﷺ.

Hadiths connexes :

  • Ibn 'Abbas رضي الله عنه rapporte : « Lorsque fut révélé “Et avertis les gens qui te sont les plus proches”, le Prophète ﷺ monta sur As-Safa et appela : “Ô Bani Fihr ! Ô Bani 'Adi !” — les clans de Quraysh — jusqu’à ce qu’ils se rassemblent. […] Il dit : “Je suis un avertisseur pour vous devant un châtiment sévère.” Abu Lahab dit : “Tabbân laka ! C’est pour cela que tu nous as réunis ?” Et fut révélée : “Que périssent les deux mains d’Abu Lahab.” » (Sahih al-Bukhari, n°4971 ; Sahih Muslim, n°208)

Date de vérification : 2026-02-21


Dernière mise à jour : 2026-02-21

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