Al-Ma'un 107:1-7 - L'ustensile et la prière négligée

📖 Tafsir - Al-Ma’un 107:1-7 - L’ustensile et la prière négligée

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📚 Étude de la Sourate

📌 Al-Ma’un : Le lien entre la foi sincère, la prière et la solidarité sociale

Référence : Sourate Al-Ma’un (107), Versets 1-7

Contexte du signet :

Al-Ma’un (L’Ustensile / Le Petit Secours) est une sourate mecquoise selon la majorité des savants (certains considèrent la seconde moitié comme médinoise). Ses 7 versets établissent un lien puissant entre la croyance au Jour du Jugement, le comportement social et la sincérité dans la prière. Elle dresse le portrait de celui qui « dément la religion » (yukadhdhibu bi-d-dîn) — non pas nécessairement l’athée déclaré, mais quiconque, par ses actes, contredit sa prétention à la foi. C’est une sourate qui dénonce l’hypocrisie sous toutes ses formes : maltraiter les faibles, prier sans sincérité, et refuser la moindre entraide.

Versets clés en français :

107:1 : « Vois-tu celui qui traite de mensonge la Rétribution ? »

107:2 : « C’est bien lui qui repousse l’orphelin, »

107:3 : « et qui n’encourage point à nourrir le pauvre. »

107:4 : « Malheur donc à ceux qui prient »

107:5 : « tout en étant négligents à l’égard de leur prière, »

107:6 : « qui sont pleins d’ostentation, »

107:7 : « et refusent l’ustensile (le petit secours). »

Tafsir consulté :

  • [x] Ibn Kathir
  • [ ] At-Tabari
  • [ ] Al-Qurtubi
  • [ ] Autre : _______________

Notes du tafsir :

Ibn Kathir analyse cette sourate comme une dénonciation de l’hypocrisie comportementale et un rappel que la foi véritable se manifeste dans les actes.

Points clés :

  1. Celui qui dément la religion (v.1) : « Ara’ayta-lladhî yukadhdhibu bi-d-dîn » — « Vois-tu celui qui traite de mensonge la Rétribution ? » Le terme « ad-dîn » ici désigne le Jour du Jugement et la rétribution divine. Ibn Kathir explique qu’Allah attire l’attention du Prophète ﷺ (et de tout lecteur) sur un type de personne précis : celui qui ne croit pas véritablement en la reddition des comptes. Cette absence de foi se manifeste non par des paroles, mais par un comportement révélateur.

  2. Le rejet de l’orphelin (v.2) : « Fadhâlika-lladhî yadu’‘u-l-yatîm » — celui qui repousse l’orphelin avec dureté et mépris. Le verbe « yadu’'u » implique une brutalité : pousser, repousser violemment. Ibn Kathir souligne que dans la société arabe, le traitement de l’orphelin était un marqueur moral fondamental. L’islam a fait de la protection des orphelins un pilier de l’éthique sociale. Le Prophète ﷺ a dit : « Moi et celui qui prend en charge un orphelin, nous serons comme ceci au Paradis » — et il montra son index et son majeur joints. (Sahih al-Bukhari, n°5304)

  3. L’indifférence envers les pauvres (v.3) : « Wa lâ yahuddu 'alâ ta’âm al-miskîn » — il n’encourage même pas à nourrir le pauvre. Ibn Kathir fait une remarque subtile : le verset ne dit pas seulement qu’il ne nourrit pas le pauvre, mais qu’il n’encourage même pas les autres à le faire. C’est un degré supplémentaire dans l’indifférence : non seulement il ne donne pas, mais il ne se soucie même pas que d’autres donnent. Cela révèle un cœur totalement dépourvu de miséricorde.

  4. Malheur à ceux qui prient (v.4-5) : « Fa-waylun li-l-musallîn, alladhîna hum 'an salâtihim sâhûn » — un verset qui a bouleversé les Compagnons. Le « malheur » (wayl) s’adresse ici à des gens qui prient ! Ibn Kathir, citant Ibn 'Abbas رضي الله عنه et d’autres, précise que « sâhûn 'an salâtihim » (négligents à l’égard de leur prière) ne signifie pas « distraits pendant la prière » — car la distraction involontaire touche tout le monde — mais plutôt ceux qui retardent la prière au-delà de son temps prescrit de manière habituelle, ou qui l’abandonnent régulièrement. La préposition « 'an » (à l’égard de) au lieu de « fî » (pendant) est cruciale dans cette distinction.

  5. L’ostentation (v.6) : « Alladhîna hum yurâ’ûn » — ceux qui font preuve d’ostentation (riyâ’). Ils prient pour être vus des gens, non pour Allah. Ibn Kathir relie cela au hadith du Prophète ﷺ : « Ce que je crains le plus pour vous, c’est le petit associationnisme (ash-shirk al-asghar). » On demanda : « Qu’est-ce que le petit associationnisme, ô Messager d’Allah ? » Il répondit : « L’ostentation (ar-riyâ’). » (Musnad Ahmad, n°23630 ; authentifié par Al-Albani). L’ostentation dans l’adoration est une forme de shirk car elle détourne l’intention de sa direction exclusive vers Allah.

  6. Le refus du petit secours (v.7) : « Wa yamna’ûna-l-mâ’ûn » — ils refusent « al-mâ’ûn ». Ibn Kathir rapporte plusieurs interprétations de ce terme. 'Ali ibn Abi Talib رضي الله عنه a dit que c’est la zakat. Ibn 'Abbas رضي الله عنه a dit que ce sont les objets de première nécessité que les gens se prêtent : le seau, la marmite, la hache. D’autres ont dit que c’est tout acte de bonté minime. Le sens englobant est que ces personnes refusent même les plus petites formes d’entraide et de générosité — ce qui illustre la dureté extrême de leur cœur.

  7. La structure argumentative de la sourate : La sourate s’articule en deux parties qui se répondent. Les versets 1-3 décrivent celui qui dément la religion par son comportement social (maltraite l’orphelin, ignore le pauvre). Les versets 4-7 décrivent celui qui dément la religion par son comportement cultuel (prière négligée, ostentation, avarice). Le message est que la foi authentique se manifeste simultanément dans l’adoration d’Allah et dans le service des créatures. L’un ne va pas sans l’autre.

Hadiths connexes :

  • Le Prophète ﷺ a dit : « Celui qui prend en charge un orphelin, moi et lui serons comme ceci au Paradis » — et il montra son index et son majeur. (Sahih al-Bukhari, n°5304)

  • Le Prophète ﷺ a dit : « Ce que je crains le plus pour vous, c’est le petit associationnisme. » On demanda : « Qu’est-ce, ô Messager d’Allah ? » Il dit : « L’ostentation. » (Musnad Ahmad, n°23630 ; authentifié par Al-Albani)

Date de vérification : 2026-02-21


Dernière mise à jour : 2026-02-21

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