Al-Mujadilah 58:1-22 - La plaideuse et les lois de la communauté

📖 Tafsir - Al-Mujadilah 58:1-22 - La plaideuse et les lois de la communauté

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📚 Étude des Versets

📌 La plainte de Khawla et les règles de la vie communautaire

Référence : Sourate Al-Mujadilah (58), Versets 1-22

Contexte du signet :

Al-Mujadilah (La Plaideuse) est une sourate médinoise qui tire son nom de Khawla bint Tha’laba رضي الله عنها, qui vint se plaindre au Prophète ﷺ de son mari Aws ibn As-Samit qui avait prononcé le zihar (assimilation de sa femme au dos de sa mère, forme de répudiation pré-islamique). Allah entendit sa plainte du haut des sept cieux et révéla les règles du zihar. La sourate aborde ensuite les conciliabules secrets, l’étiquette des assemblées, l’élévation des savants, et la condamnation de ceux qui s’allient aux ennemis d’Allah.

Versets clés en français :

58:1 : « Allah a bien entendu la parole de celle qui discutait avec toi à propos de son époux et se plaignait à Allah. Et Allah entendait votre conversation, car Allah est Audient et Clairvoyant. »

58:2 : « Ceux d’entre vous qui font le zihar de leurs femmes [doivent comprendre que] celles-ci ne sont pas leurs mères. Leurs mères ne sont que celles qui les ont enfantés. Ils prononcent certes une parole blâmable et un mensonge. »

58:3-4 : « Ceux qui font le zihar de leurs femmes puis reviennent sur ce qu’ils ont dit, devront affranchir un esclave avant d’avoir aucun contact conjugal. […] S’il n’en trouve pas, qu’il jeûne deux mois consécutifs avant d’avoir aucun contact. S’il ne peut pas, qu’il nourrisse soixante pauvres. »

58:7 : « Ne vois-tu pas qu’Allah sait ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre ? Il n’y a pas de conversation secrète entre trois sans qu’Il ne soit leur quatrième, ni entre cinq sans qu’Il ne soit leur sixième, ni moins ni plus que cela sans qu’Il ne soit avec eux, là où ils se trouvent. »

58:9 : « Ô vous qui avez cru ! Quand vous tenez des conversations secrètes, ne le faites pas dans le péché, l’agression et la désobéissance au Messager. »

58:11 : « Ô vous qui avez cru ! Quand on vous dit : “Faites place dans les assemblées”, alors faites place. Allah vous ménagera une place. Et quand on vous dit : “Levez-vous”, alors levez-vous. Allah élèvera en degrés ceux d’entre vous qui auront cru et ceux qui auront reçu le savoir. Allah est parfaitement Connaisseur de ce que vous faites. »

58:22 : « Tu n’en trouveras pas, parmi les gens qui croient en Allah et au Jour Dernier, qui prennent pour amis ceux qui s’opposent à Allah et à Son Messager, fussent-ils leurs pères, leurs fils, leurs frères ou les gens de leur tribu. »

Tafsir consulté :

  • [x] Ibn Kathir
  • [ ] At-Tabari
  • [ ] Al-Qurtubi
  • [ ] Autre : _______________

Notes du tafsir :

Ibn Kathir présente cette sourate comme un exemple de la miséricorde d’Allah qui répond à la plainte d’une femme et légifère pour protéger ses droits, puis établit des règles fondamentales pour la vie communautaire.

Points clés :

  1. La plainte de Khawla (v.1) : Khawla bint Tha’laba رضي الله عنها vint au Prophète ﷺ en pleurs : son mari Aws ibn As-Samit lui avait dit « Tu es pour moi comme le dos de ma mère » (zihar) — une forme de répudiation coutumière chez les Arabes qui laissait la femme ni mariée ni libre. Aisha رضي الله عنها rapporte : « Gloire à Celui dont l’ouïe embrasse toute chose ! Khawla vint se plaindre au Messager d’Allah ﷺ et je n’entendais pas certaines de ses paroles tellement elle baissait la voix. Puis Allah révéla : “Allah a bien entendu la parole de celle qui discutait avec toi.” » (Rapporté par An-Nasa’i ; Ibn Majah, n°188 — sahih). Ibn Kathir souligne la tendresse divine : Allah écouta du haut de Son Trône une femme qui chuchotait, et légiféra en sa faveur.

  2. L’expiation du zihar (v.2-4) : Le zihar est déclaré « parole blâmable et mensonge » — une femme n’est pas la mère de son mari. L’expiation est graduée : (a) affranchir un esclave, (b) à défaut, jeûner deux mois consécutifs, © à défaut, nourrir soixante pauvres. Ibn Kathir note que cette gradation montre la miséricorde d’Allah dans la législation : chaque palier est adapté aux capacités de la personne.

  3. Allah est le quatrième de trois (v.7) : « Il n’y a pas de conversation secrète entre trois sans qu’Il ne soit leur quatrième. » Ibn Kathir précise que cela signifie qu’Allah est avec eux par Sa science — Il entend leurs murmures et connaît leurs intentions. Ce verset est un fondement de la croyance en l’omniscience divine et renforce la conscience de la surveillance permanente d’Allah (murâqaba).

  4. Les conciliabules interdits (v.8-10) : Allah interdit les conversations secrètes « dans le péché, l’agression et la désobéissance au Messager ». Ibn Kathir rapporte que les hypocrites et certains juifs de Médine tenaient des conciliabules devant les croyants pour les inquiéter — chuchotant et échangeant des regards lourds de sous-entendus. Le Prophète ﷺ a dit : « Quand vous êtes trois, que deux ne chuchotent pas en excluant le troisième, car cela l’attristerait. » (Sahih al-Bukhari, n°6290 ; Sahih Muslim, n°2184)

  5. L’élévation par le savoir (v.11) : « Allah élèvera en degrés ceux d’entre vous qui auront cru et ceux qui auront reçu le savoir (al-'ilm). » Ibn Kathir explique que ce verset distingue deux catégories élevées : les croyants (par leur foi) et les savants (par leur foi + leur savoir). Le savant croyant a donc un rang supérieur au croyant non-savant. Le Prophète ﷺ a dit : « Les savants sont les héritiers des prophètes. Les prophètes n’ont laissé en héritage ni dinar ni dirham, mais seulement la science. Quiconque la prend a pris une part immense. » (Sunan Abu Dawud, n°3641 ; Sunan At-Tirmidhi, n°2682 — sahih)

  6. La loyauté envers Allah avant tout (v.22) : « Tu n’en trouveras pas, parmi les gens qui croient en Allah […] qui prennent pour amis ceux qui s’opposent à Allah et à Son Messager, fussent-ils leurs pères, leurs fils, leurs frères… » Ibn Kathir cite plusieurs exemples de Compagnons qui appliquèrent ce verset : Abu 'Ubayda رضي الله عنه combattit son propre père à Badr, et Abu Bakr رضي الله عنه fut prêt à affronter son fils 'Abdur-Rahman. La loyauté envers Allah prime sur tout lien de parenté. Ce verset se conclut par : « Ceux-là, Il a inscrit la foi dans leurs cœurs et les a aidés de Son esprit. »

Hadiths connexes :

  • Le Prophète ﷺ a dit : « Quand vous êtes trois, que deux d’entre vous ne chuchotent pas en excluant le troisième, car cela l’attristerait. » (Sahih al-Bukhari, n°6290 ; Sahih Muslim, n°2184)

  • Le Prophète ﷺ a dit : « Les savants sont les héritiers des prophètes. » (Sunan Abu Dawud, n°3641 — sahih par Al-Albani)

Date de vérification : 2026-02-21


Dernière mise à jour : 2026-02-21

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