📖 Tafsir - Al-Mumtahanah 60:1-13 - L’examinée et les relations avec les non-musulmans
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📚 Étude des Versets
📌 L’épreuve de la loyauté et les règles des relations interconfessionnelles
Référence : Sourate Al-Mumtahanah (60), Versets 1-13
Contexte du signet :
Al-Mumtahanah (L’Examinée / L’Éprouvée) est une sourate médinoise révélée peu avant la conquête de La Mecque. Son nom vient de l’examen (imtihân) des femmes émigrantes pour vérifier la sincérité de leur foi. La sourate s’ouvre par un rappel historique : Hatib ibn Abi Balta’a رضي الله عنه avait envoyé une lettre aux Quraysh pour les avertir de l’attaque imminente, par souci de protéger sa famille restée à La Mecque. Allah révéla ces versets pour interdire de prendre les ennemis d’Allah pour alliés, tout en précisant que la bienveillance envers les non-musulmans pacifiques est non seulement permise, mais encouragée.
Versets clés en français :
60:1 : « Ô vous qui avez cru ! Ne prenez pas Mon ennemi et le vôtre pour alliés, leur témoignant de l’amitié, alors qu’ils ont nié ce qui vous est parvenu de la vérité. »
60:4 : « Certes, vous avez eu un bel exemple en Ibrahim et en ceux qui étaient avec lui, quand ils dirent à leur peuple : “Nous vous désavouons, vous et ce que vous adorez en dehors d’Allah. Nous vous renions. Entre vous et nous, l’inimitié et la haine sont à jamais déclarées jusqu’à ce que vous croyiez en Allah, seul.” »
60:7 : « Il se peut qu’Allah établisse de l’amitié entre vous et ceux d’entre eux dont vous avez été les ennemis. Et Allah est Omnipotent, et Allah est Pardonneur et Miséricordieux. »
60:8 : « Allah ne vous interdit pas d’être bienfaisants et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus pour la religion et ne vous ont pas chassés de vos demeures. Car Allah aime les équitables. »
60:9 : « Allah vous interdit seulement de prendre pour alliés ceux qui vous ont combattus pour la religion, vous ont chassés de vos demeures et ont aidé à votre expulsion. Et ceux qui les prennent pour alliés — ceux-là sont les injustes. »
60:10 : « Ô vous qui avez cru ! Quand les croyantes viennent à vous en émigrées, éprouvez-les ; Allah connaît mieux leur foi. Si vous constatez qu’elles sont croyantes, ne les renvoyez pas aux mécréants. »
60:12 : « Ô Prophète ! Quand les croyantes viennent te prêter serment d’allégeance […] qu’elles n’associeront rien à Allah, ne voleront pas, ne commettront pas l’adultère, ne tueront pas leurs enfants […] alors reçois leur serment d’allégeance. »
Tafsir consulté :
- [x] Ibn Kathir
- [ ] At-Tabari
- [ ] Al-Qurtubi
- [ ] Autre : _______________
Notes du tafsir :
Ibn Kathir présente cette sourate comme un cadre juridique et éthique pour les relations des musulmans avec les non-musulmans, fondé sur la distinction entre hostilité et paix.
Points clés :
L’affaire de Hatib (v.1-3) : Hatib ibn Abi Balta’a رضي الله عنه, Compagnon vétéran de Badr, envoya une lettre secrète aux Quraysh pour les prévenir de l’expédition imminente du Prophète ﷺ vers La Mecque. Allah révéla l’affaire et le Prophète ﷺ envoya 'Ali et Az-Zubayr intercepter la messagère. Quand Hatib fut interrogé, il expliqua qu’il voulait protéger sa famille à La Mecque, n’ayant pas de clan pour les défendre. 'Umar رضي الله عنه demanda la permission de le tuer, mais le Prophète ﷺ dit : « N’a-t-il pas participé à Badr ? Peut-être qu’Allah a regardé les gens de Badr et dit : “Faites ce que vous voulez, Je vous ai pardonné.” » (Sahih al-Bukhari, n°3983 ; Sahih Muslim, n°2494). Ibn Kathir souligne que malgré la faute grave, la participation à Badr valut à Hatib le pardon divin.
L’exemple d’Ibrahim (v.4-5) : Le modèle à suivre est Ibrahim عليه السلام qui rompit clairement avec l’idolâtrie de son peuple : « Nous vous désavouons, vous et ce que vous adorez en dehors d’Allah. » Ibn Kathir note que cette rupture est exclusivement religieuse — Ibrahim ne cessa pas de traiter ses proches avec respect et bienveillance au niveau humain, comme le montre son dialogue respectueux avec son père (Maryam 19:42-48). La seule exception mentionnée est l’invocation d’Ibrahim pour son père (v.4b) — Allah précise que cette invocation était due à une promesse qu’Ibrahim avait faite, et qu’elle cessa quand il comprit que son père était un ennemi d’Allah.
L’espoir du rapprochement (v.7) : « Il se peut qu’Allah établisse de l’amitié entre vous et ceux d’entre eux dont vous avez été les ennemis. » Ibn Kathir rapporte que ce verset s’est réalisé lors de la conquête de La Mecque : les Quraysh, ennemis acharnés, embrassèrent l’islam en masse, et les cœurs se réconcilièrent. Abu Sufyan, Hind, 'Ikrima ibn Abi Jahl — tous devinrent des musulmans sincères. Le verset enseigne que l’inimitié entre les peuples n’est pas éternelle si la guidance d’Allah intervient.
La bienveillance envers les non-combattants (v.8-9) : Ces deux versets établissent une règle fondamentale : Allah ne vous interdit PAS la bienveillance (birr) et l’équité (qist) envers les non-musulmans qui ne vous combattent pas — au contraire, « Allah aime les équitables ». L’interdiction ne concerne QUE ceux qui combattent activement les musulmans pour leur religion. Ibn Kathir rapporte qu’Asma bint Abi Bakr رضي الله عنها demanda au Prophète ﷺ si elle pouvait maintenir les liens avec sa mère polythéiste venue lui rendre visite. Le Prophète ﷺ répondit : « Oui, maintiens les liens avec ta mère. » (Sahih al-Bukhari, n°2620)
L’examen des émigrantes (v.10) : Quand des femmes émigraient de La Mecque à Médine, elles devaient être « examinées » (imtihân) — on s’assurait que leur émigration était motivée par la foi et non par un problème conjugal ou un intérêt matériel. Si elles étaient croyantes, elles ne devaient pas être renvoyées à leurs maris mécréants, car « ni elles ne sont licites pour eux, ni eux pour elles ». Ibn Kathir note que cet examen consistait en un serment : la femme jurait devant Allah qu’elle n’avait émigré que pour l’amour d’Allah et de Son Messager.
Le serment d’allégeance des femmes (v.12) : Les femmes prêtèrent serment au Prophète ﷺ sur six engagements : ne pas associer à Allah, ne pas voler, ne pas commettre l’adultère, ne pas tuer leurs enfants, ne pas proférer de calomnie, et ne pas désobéir au Prophète dans le bien. Ibn Kathir précise que le Prophète ﷺ ne touchait jamais la main des femmes lors de ce serment — le pacte était verbal. Aisha رضي الله عنها dit : « La main du Messager d’Allah ﷺ n’a jamais touché la main d’une femme étrangère. Il prenait leur allégeance par la parole. » (Sahih al-Bukhari, n°5288)
Hadiths connexes :
Le Prophète ﷺ dit à propos de Hatib : « N’a-t-il pas participé à Badr ? Peut-être qu’Allah a regardé les gens de Badr et a dit : “Faites ce que vous voulez, Je vous ai pardonné.” » (Sahih al-Bukhari, n°3983)
Asma bint Abi Bakr رضي الله عنها demanda au Prophète ﷺ : « Ma mère [polythéiste] est venue me voir, puis-je maintenir les liens avec elle ? » Il répondit : « Oui, maintiens les liens avec ta mère. » (Sahih al-Bukhari, n°2620)
Date de vérification : 2026-02-21
Dernière mise à jour : 2026-02-21