📖 Tafsir - Al-Mutaffifin 83:1-36 - Les fraudeurs
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📚 Étude de la Sourate
📌 Les fraudeurs, le registre de Sijjin, le registre d’Illiyyun et le triomphe des justes
Référence : Sourate Al-Mutaffifin (83), Versets 1-36
Contexte du signet :
Al-Mutaffifin (« Les Fraudeurs ») est l’une des dernières sourates révélées à La Mecque, ou selon certains avis la première révélée à Médine. Ibn Kathir rapporte que lorsque le Prophète ﷺ arriva à Médine, les gens du marché avaient l’habitude de tricher dans les poids et mesures. Allah révéla alors cette sourate qui s’ouvre par une menace terrible contre les fraudeurs, puis oppose deux registres — Sijjin pour les pervers et Illiyyun pour les pieux — et se conclut par une scène où les croyants rient des mécréants, inversant les moqueries qu’ils subissaient dans ce monde.
Versets clés en français :
83:1-3 : « Malheur aux fraudeurs, qui, lorsqu’ils font mesurer pour eux-mêmes, exigent la pleine mesure, et qui, lorsqu’eux-mêmes mesurent ou pèsent pour les autres, diminuent [la part]. »
83:7-9 : « Non ! En vérité, le livre des libertins est dans Sijjin. Et qui te dira ce qu’est Sijjin ? Un livre inscrit ! »
83:18-21 : « Non ! En vérité, le livre des vertueux sera dans Illiyyun. Et qui te dira ce qu’est Illiyyun ? Un livre inscrit, dont témoignent les rapprochés [d’Allah]. »
83:29-33 : « Les criminels riaient de ceux qui croyaient, et, passant près d’eux, ils se faisaient des clins d’œil, et retournant chez eux, ils revenaient tout joyeux. Et quand ils les voyaient, ils disaient : “Voilà vraiment des égarés !” Alors qu’ils n’avaient pas été envoyés comme gardiens sur eux. »
83:34-36 : « Aujourd’hui, ce sont ceux qui ont cru qui rient des mécréants, sur les divans, ils regardent. Les mécréants ne sont-ils pas rétribués pour ce qu’ils faisaient ? »
Tafsir consulté :
- [x] Ibn Kathir
- [ ] At-Tabari
- [ ] Al-Qurtubi
- [ ] Autre : _______________
Notes du tafsir :
Ibn Kathir développe cette sourate en trois axes : l’éthique sociale, l’eschatologie et le renversement final des situations.
Points clés :
La menace contre les fraudeurs (v.1-6) : « Wayl » (malheur) est un terme d’une gravité extrême dans le Coran. Ibn Kathir rapporte que « wayl » est une vallée de l’Enfer où le pus des damnés s’écoule. Les « mutaffifin » sont ceux qui trichent dans les poids et mesures — ils exigent leur dû en totalité mais diminuent la part des autres. Ibn Kathir étend ce sens à toute forme de triche dans les transactions et les droits. Il cite le verset 6 : « Ne pensent-ils pas qu’ils seront ressuscités, pour un Jour terrible ? » — ce qui signifie que la fraude est un signe de déni de la résurrection, car celui qui croit au Jugement ne triche pas.
Sijjin — Le registre des pervers (v.7-17) : « Sijjin » désigne le registre (kitab marqum) où sont consignés les actes des libertins (fujjar). Ibn Kathir rapporte d’après Ibn 'Abbas (رضي الله عنه) que Sijjin est la septième terre inférieure, le lieu le plus bas. Le Prophète ﷺ a dit au sujet de l’âme du mécréant : « Son âme est restituée dans son corps et deux anges viennent le faire asseoir. Ils lui demandent : “Qui est ton Seigneur ?” Il répond : “Euh, euh, je ne sais pas.” […] Alors on proclame du ciel : “Mon serviteur a menti ! Étendez-lui un tapis du Feu et ouvrez-lui une porte sur le Feu” » (rapporté par Ahmad et Abu Dawud, authentifié par al-Albani). Ceux dont le registre est dans Sijjin sont ceux qui traitaient de mensonge le Jour de la Rétribution (v.11).
Illiyyun — Le registre des vertueux (v.18-28) : En contraste, « Illiyyun » est le registre des vertueux (abrar), attesté par les « muqarrabun » (les rapprochés d’Allah, c’est-à-dire les anges des plus hauts cieux). Ibn Kathir cite le hadith sur l’âme du croyant : « On inscrit son livre dans Illiyyun, puis on restitue son âme à son corps. Deux anges viennent et lui demandent : “Qui est ton Seigneur ?” Il répond : “Mon Seigneur est Allah.” […] Alors on proclame du ciel : “Mon serviteur a dit vrai ! Étendez-lui un tapis du Paradis et ouvrez-lui une porte sur le Paradis” » (Ahmad, Abu Dawud, sahih). Les pieux boiront un nectar cacheté de musc (rahiq makhtum), mélangé de Tasnim, source des plus rapprochés.
Le nectar cacheté — Rahiq Makhtum (v.25-28) : Les pieux seront abreuvés d’un « rahiq makhtum » — un vin pur du Paradis dont le sceau est de musc. Ibn Kathir explique que « khitamuhu misk » signifie que l’arrière-goût de cette boisson sera du musc, la plus noble des fragrances. « Et que les concurrents rivalisent pour cela ! » (v.26) — cette compétition est la seule que le Coran encourage, celle des bonnes œuvres. Le Tasnim (v.27) est la source la plus élevée du Paradis, dont les rapprochés boivent directement.
Les moqueries des mécréants inversées (v.29-36) : Dans la vie terrestre, les mécréants riaient des croyants, se moquaient d’eux en privé, se faisaient des clins d’œil de mépris en les croisant. Ibn Kathir rapporte que ces versets furent révélés au sujet de notables de Quraysh (Abu Jahl, al-Walid ibn al-Mughira et leurs semblables) qui se moquaient de Compagnons pauvres comme 'Ammar, Suhayb et Bilal (رضي الله عنهم). Mais au Jour du Jugement, le renversement sera total : ce sont les croyants qui riront des mécréants, installés sur des divans dans le Paradis, observant la rétribution de ceux qui les méprisaient.
La portée éthique universelle (v.1-6) : Ibn Kathir souligne que la fraude dans les mesures n’est qu’un exemple d’un principe plus large. Le Prophète ﷺ a dit : « Celui qui triche n’est pas des nôtres » (Sahih Muslim, Livre de la foi, n°101). Ibn Kathir étend le sens de « tatfif » (fraude) à toute injustice : celui qui exige ses droits en totalité mais néglige les droits des autres, que ce soit dans le commerce, dans les relations sociales ou même dans la prière (celui qui prie vite en bâclant les mouvements « vole » sa propre prière).
La rouille sur les cœurs (v.14) : « Non ! Mais ce qu’ils ont accompli couvre leurs cœurs de rouille » (rana 'ala qulubihim). Ibn Kathir cite le hadith du Prophète ﷺ : « Quand le serviteur commet un péché, un point noir se forme sur son cœur. S’il se repent et demande pardon, son cœur est purifié. Mais s’il recommence, la tache s’étend jusqu’à recouvrir tout son cœur. C’est la “rouille” (ran) qu’Allah mentionne » (Sunan at-Tirmidhi, n°3334, déclaré hasan sahih). Ce verset enseigne que le péché répété sans repentir finit par aveugler le cœur.
Date de vérification : 2026-02-21
Dernière mise à jour : 2026-02-21