An-Nahl 16:84-128 - La justice et l'appel à la sagesse

📖 Tafsir - An-Nahl 16:84-128 - La justice et l’appel à la sagesse

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📚 Étude des Versets

📌 An-Nahl : Justice, bienfaisance et méthode prophétique d’appel à Allah

Référence : Sourate An-Nahl (16), Versets 84-128

Contexte du signet :

Cette dernière partie de la sourate An-Nahl contient certains des versets les plus fondamentaux sur l’éthique islamique et la méthode de da’wa. Le verset 90 — « Allah ordonne la justice, la bienfaisance et l’assistance aux proches » — est considéré par les savants comme le verset le plus synthétique du Coran en matière de morale. Le verset 125 — « Appelle au sentier de ton Seigneur par la sagesse et la bonne exhortation » — constitue la charte de la prédication islamique. La sourate se clôt sur l’exemple d’Ibrahim عليه السلام, modèle de patience et de piété. Ibn Kathir y voit l’aboutissement logique de l’énumération des bienfaits : la gratitude s’exprime par la justice, la bienfaisance et l’appel à Allah.

Versets clés en français :

16:89 : « Et Nous avons fait descendre sur toi le Livre, comme un exposé explicite de toute chose, ainsi qu’un guide, une grâce et une bonne annonce aux musulmans. »

16:90 : « Certes, Allah commande la justice, la bienfaisance et l’assistance aux proches. Et Il interdit la turpitude, l’acte répréhensible et la tyrannie. Il vous exhorte afin que vous vous souveniez. »

16:97 : « Quiconque, mâle ou femelle, fait une bonne œuvre tout en étant croyant, Nous lui ferons vivre une bonne vie. Et Nous les récompenserons, certes, en fonction des meilleures de leurs actions. »

16:106 : « Quiconque a renié Allah après avoir cru — sauf celui qui y a été contraint alors que son cœur demeure plein de la sérénité de la foi — mais ceux qui ouvrent délibérément leur cœur à la mécréance, ceux-là ont sur eux une colère d’Allah et un châtiment terrible. »

16:125 : « Par la sagesse et la bonne exhortation, appelle [les gens] au sentier de ton Seigneur. Et discute avec eux de la meilleure façon. Car c’est ton Seigneur qui connaît le mieux celui qui s’égare de Son sentier et c’est Lui qui connaît le mieux ceux qui sont bien guidés. »

16:128 : « Certes, Allah est avec ceux qui [Le] craignent et ceux qui sont bienfaisants. »

Tafsir consulté :

  • [x] Ibn Kathir
  • [ ] At-Tabari
  • [ ] Al-Qurtubi
  • [ ] Autre : _______________

Notes du tafsir :

Ibn Kathir présente cette section comme la quintessence de l’éthique coranique et la méthode optimale de prédication.

Points clés :

  1. Le Coran, exposé de toute chose (v.89) : Ibn Kathir explique que « tibyana li-kulli shay’ » (exposé de toute chose) signifie que le Coran contient les fondements de toute guidance — le licite et l’illicite, les principes de croyance, les règles de conduite, les récits des nations passées et les descriptions de l’au-delà. Ce qui n’y est pas mentionné explicitement est éclairci par la Sunna, car le Prophète ﷺ a dit : « On m’a donné le Coran et quelque chose de semblable avec lui » (Sunan Abu Dawud, Livre de la Sunna, n°4604, sahih). Le témoin de chaque communauté témoignera par ce Livre.

  2. Le verset de la justice et de la bienfaisance (v.90) : ‘Abdullah ibn Mas’ud رضي الله عنه a dit : « C’est le verset le plus synthétique du Coran en matière de bien et de mal. » Ibn Kathir détaille les trois ordres : la justice (‘adl) — donner à chacun son droit et traiter les gens équitablement ; la bienfaisance (ihsan) — aller au-delà du strict devoir pour exceller dans les bonnes œuvres ; et l’assistance aux proches (ita’ dhi l-qurba) — le maintien des liens de parenté. Les trois interdictions sont : la turpitude (fahsha’) — les grands péchés comme la fornication ; l’acte répréhensible (munkar) — tout ce que la Loi divine rejette ; et la tyrannie (baghiy) — l’agression et l’injustice envers autrui. Il est rapporté que c’est ce verset qui convainquit 'Uthman ibn Madh’un d’embrasser l’Islam.

  3. La bonne vie promise au croyant (v.97) : Ibn Kathir souligne l’universalité de cette promesse : « mâle ou femelle, tout croyant » recevra une « bonne vie » (hayat tayyiba) en ce monde. 'Ali ibn Abi Talib رضي الله عنه l’a interprétée comme la « satisfaction » (qana’a), et Ibn 'Abbas رضي الله عنه comme « le bonheur ». La vraie bonne vie n’est pas nécessairement la richesse matérielle, mais la paix intérieure, la satisfaction du cœur et la sérénité que procure la foi. Dans l’au-delà, la récompense sera calculée selon les meilleures de leurs actions — preuve de la générosité divine.

  4. L’exception pour la contrainte (v.106) : Ce verset fut révélé au sujet de 'Ammar ibn Yasir رضي الله عنه, contraint par les polythéistes de Quraysh de prononcer des paroles de mécréance sous la torture. Ibn Kathir rapporte qu’il vint voir le Prophète ﷺ en pleurant, et celui-ci lui dit : « Comment trouves-tu ton cœur ? » 'Ammar répondit : « Empli de foi. » Le Prophète ﷺ dit : « S’ils recommencent, recommence [à dire ce qu’ils veulent]. » (Rapporté par Al-Hakim, authentifié.) Ce verset établit le principe juridique de l’excuse par la contrainte (ikrah) : la parole prononcée sous contrainte, tant que le cœur reste ferme dans la foi, n’invalide pas la croyance.

  5. La méthode d’appel à Allah (v.125) : Ce verset est la charte de la da’wa islamique. Ibn Kathir identifie trois niveaux d’approche adaptés au public : la sagesse (hikma) — l’argumentation rationnelle et scientifique pour les intellectuels et les chercheurs de vérité ; la bonne exhortation (maw’idha hasana) — les rappels émouvants, les histoires et les conseils pour le commun des gens ; et la discussion de la meilleure façon (mujadala bi-llati hiya ahsan) — le débat courtois et argumenté pour ceux qui s’opposent. La violence verbale, l’humiliation et le mépris sont exclus de la méthodologie prophétique.

  6. La patience d’Ibrahim, modèle ultime (v.120-123, 128) : Ibrahim عليه السلام est qualifié de « umma » (nation à lui seul), de « qanit » (constamment obéissant) et de « hanif » (monothéiste pur). Ibn Kathir explique qu’il fut appelé « umma » car il réunissait en lui seul les qualités d’une communauté entière de croyants. Le Prophète ﷺ reçoit l’ordre de suivre la voie d’Ibrahim. Le dernier verset de la sourate — « Allah est avec ceux qui Le craignent et ceux qui sont bienfaisants » — est une conclusion parfaite : la compagnie d’Allah (ma’iyya) est acquise par la taqwa et l’ihsan.

  7. La rétribution équitable (v.126-127) : Si l’on riposte, on ne peut le faire qu’à hauteur exacte du préjudice subi — mais la patience est meilleure. Ibn Kathir rapporte que ce verset fut révélé à propos de la mutilation de Hamza رضي الله عنه à la bataille d’Uhud. Le Prophète ﷺ, en voyant le corps mutilé de son oncle, dit : « Par Allah, je mutilerai soixante-dix d’entre eux ! » Alors ce verset descendit, et le Prophète ﷺ choisit la patience et expia son serment. Ce passage illustre la supériorité du pardon sur la vengeance, tout en reconnaissant le droit à la rétribution proportionnelle.

Hadiths connexes :

  • Le Prophète ﷺ a dit à 'Ammar ibn Yasir, contraint de prononcer des paroles de mécréance sous la torture : « Comment trouves-tu ton cœur ? » 'Ammar répondit : « Empli de foi. » Le Prophète ﷺ dit : « S’ils recommencent, recommence. » (Rapporté par Al-Hakim, authentifié) — en lien avec le verset 106 sur l’exception de la contrainte.

  • Le Prophète ﷺ, en voyant le corps mutilé de son oncle Hamza à Uhud, jura de se venger, puis les versets 126-127 furent révélés. Il choisit la patience et expia son serment. (Rapporté par At-Tirmidhi, n°3129) — en lien avec la supériorité de la patience sur la vengeance.

Date de vérification : 2026-02-21


Dernière mise à jour : 2026-02-21

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