📖 Tafsir - As-Saffat 37:75-138 - Les récits de Nuh, Ibrahim et Moussa
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📚 Étude des Versets
📌 Les prophètes éprouvés : du déluge au grand sacrifice
Référence : Sourate As-Saffat (37), Versets 75-138
Contexte du signet :
Cette section centrale d’As-Saffat présente une série de récits prophétiques qui illustrent la fidélité des messagers d’Allah et le secours divin accordé aux croyants. De Nuh (Noé) sauvé du déluge à Ibrahim (Abraham) prêt à sacrifier son fils — moment culminant de la sourate avec le « grand sacrifice » (adh-dhibh al-'adhîm) — en passant par Moussa (Moïse) et Harun (Aaron), chaque récit démontre que la victoire appartient aux serviteurs sincères. Ces versets constituent le cœur théologique de la sourate, avec le sacrifice d’Ibrahim comme préfiguration du rituel de l’Aïd al-Adha pratiqué par les musulmans.
Versets clés en français :
37:75-76 : « Nuh Nous avait certes invoqué, et Nous sommes les meilleurs à répondre. Et Nous le sauvâmes, lui et sa famille, de la grande angoisse. »
37:83-84 : « Ibrahim était certes parmi ses adeptes. Quand il vint à son Seigneur avec un cœur sain. »
37:99-100 : « Et il dit : “Je pars vers mon Seigneur, Il me guidera. Seigneur, fais-moi don d’un [fils] d’entre les vertueux.” »
37:102 : « Puis quand celui-ci fut en âge de l’accompagner, [Ibrahim] dit : “Ô mon fils, je me vois en songe en train de t’immoler. Vois donc ce que tu en penses.” [Le fils] dit : “Ô mon cher père, fais ce qui t’est commandé. Tu me trouveras, s’il plaît à Allah, du nombre des endurants.” »
37:103-107 : « Puis quand tous deux se furent soumis et qu’il l’eut jeté sur le front, voilà que Nous l’appelâmes : “Ô Ibrahim ! Tu as confirmé la vision. C’est ainsi que Nous récompensons les bienfaisants.” C’était là certes l’épreuve manifeste. Et Nous le rançonnâmes d’une immolation généreuse. »
37:114-116 : « Nous avons certes fait grâce à Moussa et Harun. Et Nous les sauvâmes, eux et leur peuple, de la grande angoisse. Et Nous les secourûmes, et ce furent eux les vainqueurs. »
37:130 : « Paix sur Ilyâsîn ! »
Tafsir consulté :
- [x] Ibn Kathir
- [ ] At-Tabari
- [ ] Al-Qurtubi
- [ ] Autre : _______________
Notes du tafsir :
Ibn Kathir présente ces récits comme une chaîne de témoignages sur la fidélité d’Allah envers Ses prophètes et la récompense de la soumission totale.
Points clés :
Nuh et le salut du déluge (v.75-82) : Nuh invoqua Allah après des siècles de prédication rejetée, et Allah répondit en le sauvant avec sa famille « de la grande angoisse » (al-karb al-'adhîm). Allah fit de sa descendance « ceux qui subsistèrent » — toute l’humanité descend donc de Nuh. Ibn Kathir note que cela confirme le hadith du Prophète ﷺ : « Nuh est le premier messager envoyé aux gens de la terre. » (Sahih al-Bukhari, n°3340, dans le long hadith de l’intercession). Allah noya « les autres » et laissa pour Nuh « un bon renom dans la postérité » : « Paix sur Nuh dans tout l’univers ! »
Ibrahim et le cœur sain (v.83-87) : Ibrahim vint à son Seigneur avec « un cœur sain » (qalb salîm) — un cœur pur de tout shirk, de toute rancune et de tout vice. Ibn Kathir explique que le qalb salîm est la qualité la plus précieuse au Jour du Jugement, comme le confirme le verset : « Le jour où ni biens ni enfants ne seront d’aucune utilité, sauf celui qui viendra à Allah avec un cœur sain. » (Ash-Shu’arâ’ 26:88-89). Ibrahim confronta ensuite son peuple et son père sur le culte des idoles, leur disant : « Que pensez-vous de ce que vous adoriez ? » puis détruisit leurs statues.
L’épreuve du feu (v.97-98) : Le peuple d’Ibrahim conspira : « Construisez pour lui un bûcher et jetez-le dans la fournaise. » Mais Allah transforma cette tentative de meurtre en victoire : « Ils voulurent ruser contre lui, mais ce sont eux que Nous rendîmes les plus bas. » Ibn Kathir rappelle le hadith d’Ibn 'Abbas رضي الله عنه : « La dernière parole d’Ibrahim quand il fut jeté dans le feu fut : “Allah me suffit, et quel excellent Protecteur !” » (Sahih al-Bukhari, n°4563)
Le sacrifice d’Ibrahim — l’épreuve manifeste (v.100-107) : C’est le passage central de la sourate. Ibrahim implora un fils, et Allah lui accorda un garçon « d’entre les vertueux ». Quand l’enfant atteignit l’âge de l’accompagner, Ibrahim lui dit avoir vu en songe qu’il l’immolait. Le fils répondit avec une soumission exemplaire : « Fais ce qui t’est commandé. » Les songes des prophètes sont une forme de révélation. Quand tous deux « se furent soumis » (aslamâ) — le père et le fils à la volonté d’Allah — et qu’Ibrahim jeta son fils « sur le front », Allah l’arrêta : « Tu as confirmé la vision. » Allah le rançonna par « une immolation généreuse » (dhibhin 'adhîm) — un bélier envoyé du Paradis. Ibn Kathir rapporte que c’est ce sacrifice qui est commémoré chaque année lors de l’Aïd al-Adha.
L’identité du fils sacrifié (v.101-107) : Ibn Kathir mentionne le débat entre les savants sur l’identité du fils : Isma’il ou Ishaq. Il penche fortement pour Isma’il, car c’est après le récit du sacrifice qu’Allah annonce à Ibrahim « la bonne nouvelle d’Ishaq » (v.112), ce qui suggère qu’Ishaq n’était pas encore né au moment de l’épreuve. De plus, le fils qui accompagnait Ibrahim au sacrifice était l’aîné — Isma’il. C’est l’avis d’Ibn 'Abbas, d’Ibn 'Umar, d’Abu Hurayra et de nombreux Compagnons رضي الله عنهم.
Moussa et Harun sauvés (v.114-122) : Allah gratifia Moussa et Harun, les sauva de « la grande angoisse » — Pharaon et son armée — et secourut leur peuple. « Ce furent eux les vainqueurs » : bien qu’opprimés au départ, les croyants furent secourus par Allah. Il leur donna « le Livre explicite » — la Torah — et les guida vers le droit chemin. Ibn Kathir note la constance du modèle divin : l’oppression des croyants est toujours suivie du secours d’Allah.
Ilyâs (Élie) et son peuple (v.123-132) : Ilyâs fut envoyé à son peuple qui adorait Ba’l — une idole. Il leur dit : « N’allez-vous pas craindre Allah ? Invoquerez-vous Ba’l et délaisserez-vous le Meilleur des créateurs, Allah votre Seigneur et le Seigneur de vos premiers ancêtres ? » Ils le traitèrent de menteur. Ibn Kathir souligne que « Paix sur Ilyâsîn » (v.130) — avec le suffixe « -în » — est une forme de « Ilyâs » en arabe, comme on dit « Ibrâhîm/Ibrâhâm ». D’autres disent que cela inclut la famille et les suiveurs d’Ilyâs.
Hadiths connexes :
Le Prophète ﷺ a dit à propos d’Ibrahim dans le feu : « Allah me suffit, et quel excellent Protecteur ! (Hasbuna-llahu wa ni’ma-l-wakîl) » (Sahih al-Bukhari, n°4563)
Le Prophète ﷺ a dit : « Le fils noble, fils du noble, fils du noble, fils du noble : Yusuf fils de Ya’qub fils d’Ishaq fils d’Ibrahim. » (Sahih al-Bukhari, n°3390)
Date de vérification : 2026-02-21
Dernière mise à jour : 2026-02-21