📖 Tafsir - Hud 11:84-123 - Shu’ayb, Moussa et les leçons finales
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📚 Étude des Versets
📌 Hud : La justice de Shu’ayb, les ruines comme signes et la patience du Prophète ﷺ
Référence : Sourate Hud (11), Versets 84-123
Contexte du signet :
Cette dernière section de la sourate Hud conclut la série de récits prophétiques par l’histoire de Shu’ayb envoyé aux gens de Madyan, une brève mention de Moussa et Pharaon, puis tire les enseignements universels de tous ces récits. Ibn Kathir souligne que la sourate se referme comme elle s’est ouverte : par un appel direct au Prophète Muhammad ﷺ, l’exhortant à la patience et à la droiture, en lui montrant que chaque prophète avant lui a traversé les mêmes épreuves. Les derniers versets sont parmi les plus importants en matière de conduite prophétique.
Versets clés en français :
11:84-85 : « Et aux gens de Madyan, leur frère Shu’ayb : “Ô mon peuple, adorez Allah. Vous n’avez point de divinité en dehors de Lui. Et ne diminuez pas la mesure et le poids. Je vous vois dans l’aisance, et je crains pour vous le châtiment d’un jour qui vous enveloppera. Ô mon peuple, donnez la pleine mesure et le plein poids en toute justice. Ne lésez pas les gens dans leurs biens et ne semez pas la corruption sur terre.” »
11:86 : « Ce qu’Allah laisse est bien meilleur pour vous si vous êtes croyants. Et je ne suis pas un gardien pour vous. »
11:87 : « Ils dirent : “Ô Shu’ayb, est-ce ta prière qui t’ordonne de nous faire abandonner ce que nos pères adoraient, ou de ne plus faire de nos biens ce que nous voulons ? Est-ce toi l’indulgent, le sensé ?” »
11:96-99 : « Et Nous avons certes envoyé Moussa avec Nos signes et un pouvoir manifeste, à Pharaon et ses notables. Mais ils suivirent l’ordre de Pharaon, alors que l’ordre de Pharaon n’était pas judicieux. Il précédera son peuple au Jour de la Résurrection et les mènera à l’abreuvoir du Feu. Et quel détestable abreuvoir que celui où ils seront menés ! Ils sont poursuivis par une malédiction ici-bas et au Jour de la Résurrection. Quel détestable don que le don qui leur est fait ! »
11:112 : « Sois droit comme il t’est commandé, ainsi que ceux qui se sont repentis avec toi. Et ne commettez pas d’excès. Il observe parfaitement ce que vous faites. »
11:114 : « Et accomplis la prière aux deux extrémités du jour et à certaines heures de la nuit. Les bonnes œuvres dissipent les mauvaises. Cela est un rappel pour ceux qui réfléchissent. »
11:120 : « Et tout ce que Nous te racontons des récits des messagers, c’est pour en raffermir ton cœur. Et dans ceux-ci t’est venue la vérité ainsi qu’une exhortation et un rappel aux croyants. »
11:123 : « À Allah appartient l’inconnaissable des cieux et de la terre, et c’est à Lui que revient l’ordre tout entier. Adore-Le donc et place ta confiance en Lui. Et ton Seigneur n’est pas inattentif à ce que vous faites. »
Tafsir consulté :
- [x] Ibn Kathir
- [ ] At-Tabari
- [ ] Al-Qurtubi
- [ ] Autre : _______________
Notes du tafsir :
Ibn Kathir présente cette section finale comme la synthèse morale de toute la sourate, passant des récits historiques aux injonctions directes adressées au Prophète ﷺ et à sa communauté.
Points clés :
Shu’ayb et l’éthique économique (v.84-86) : Shu’ayb — appelé « l’orateur des prophètes » (khatib al-anbiya’) pour son éloquence — est le seul prophète dont le message insiste autant sur l’éthique commerciale. Ibn Kathir explique que les gens de Madyan cumulaient deux péchés majeurs : le polythéisme et la fraude dans les transactions. Shu’ayb leur ordonne de « donner la pleine mesure et le plein poids en toute justice ». Le verset 86 contient un principe économique islamique fondamental : « Ce qu’Allah laisse est bien meilleur pour vous » — c’est-à-dire que le profit licite, même moindre, est préférable au gain frauduleux. Ce principe sera repris dans le fiqh des transactions (mu’amalat).
La moquerie du peuple de Madyan (v.87) : Les gens de Madyan répondirent à Shu’ayb par l’ironie : « Est-ce ta prière (salat) qui t’ordonne cela ? » Ibn Kathir note que cette réponse révèle leur conception séculière : pour eux, la religion ne devait pas interférer avec le commerce ni les coutumes héritées des ancêtres. Ils considéraient la foi comme une affaire privée sans incidence sur la vie sociale ou économique. Cette mentalité est dénoncée dans le Coran comme un signe d’égarement.
La destruction de Madyan (v.94-95) : Allah envoya un cri terrible (sayha) et un tremblement qui les laissa gisants dans leurs demeures. Ibn Kathir mentionne qu’il est aussi rapporté dans d’autres sourates que le châtiment prit la forme d’un nuage brûlant (yawm az-zulla, Sourate Ash-Shu’ara 26:189). Il réconcilie ces narrations en expliquant que le châtiment fut multiple : d’abord un tremblement, puis un cri assourdissant, puis un feu venu d’un nuage. Après leur anéantissement, il fut dit : « Arrière aux gens de Madyan, tout comme furent anéantis les Thamud ! » (v.95).
Moussa et Pharaon : le chef qui égare (v.96-99) : Contrairement aux récits précédents, détaillés, celui de Moussa est ici très condensé. Ibn Kathir explique que la sourate Hud ne détaille pas l’histoire de Moussa car elle est amplement développée ailleurs (Al-A’raf, Ta-Ha, Al-Qasas, Ash-Shu’ara). L’accent est mis sur un seul point : Pharaon comme archétype du chef qui mène son peuple à sa perte. Le verset 98 est particulièrement frappant : « Il précédera son peuple au Jour de la Résurrection et les mènera à l’abreuvoir du Feu. » Ibn Kathir commente que, tout comme Pharaon conduisait son peuple dans ce monde, il les conduira en Enfer dans l’au-delà — celui qui guide vers le mal portera la responsabilité de ceux qui l’ont suivi.
L’injonction de la droiture absolue (v.112) : « Sois droit comme il t’est commandé » (fastaqim kama umirta) — Ibn Kathir rapporte que ce verset est l’un des plus difficiles qui ait été révélé au Prophète ﷺ. Abu Bakr رضي الله عنه dit au Prophète ﷺ : « Qu’est-ce qui t’a fait blanchir les cheveux ? » Il répondit : « Hud et ses sœurs. » On rapporte que c’est en grande partie ce verset qui en est la cause, car l’istiqama (la droiture constante) est l’exigence la plus élevée. Elle implique de rester sur le chemin d’Allah sans excès ni négligence, en toute circonstance, ce qui est bien plus ardu que les actes d’adoration ponctuels.
Les bonnes œuvres effacent les mauvaises (v.114) : Ce verset établit un principe fondamental de la miséricorde divine. Ibn Kathir rapporte le hadith célèbre : un homme vint voir le Prophète ﷺ et lui dit qu’il avait touché (embrassé) une femme étrangère. Le Prophète ﷺ ne dit rien jusqu’à ce que ce verset soit révélé, puis il le récita à l’homme. Quelqu’un demanda : « Est-ce pour lui seul ? » Le Prophète ﷺ répondit : « C’est pour ma communauté tout entière. » (Sahih al-Bukhari, Livre des horaires de prière, n°526 ; Sahih Muslim, Livre du repentir, n°2763.) Les « deux extrémités du jour » désignent les prières de Fajr et Maghrib/Isha, et « certaines heures de la nuit » la prière de 'Isha ou le tahajjud.
La sagesse des récits prophétiques (v.120) : Ibn Kathir explique que le but des récits coraniques n’est pas le divertissement mais le raffermissement du cœur du Prophète ﷺ — et par extension de tout croyant confronté à l’épreuve. En voyant que chaque prophète avant lui a été rejeté, moqué et menacé, puis qu’Allah l’a soutenu et a détruit ses ennemis, le Prophète ﷺ trouve la force de persévérer. Le verset précise trois fonctions : « la vérité » (haqq) pour le cœur, « une exhortation » (maw’iza) pour la conduite, et « un rappel » (dhikra) pour la mémoire des croyants.
La conclusion : tawakkul et adoration (v.123) : La sourate se clôt par un ordre englobant toute la vie du croyant : l’adoration ('ibada) et la confiance en Allah (tawakkul). Ibn Kathir note que ces deux piliers résument l’ensemble du message coranique — le serviteur adore son Seigneur dans ce qu’il maîtrise et s’en remet à Lui pour ce qui le dépasse. « Ton Seigneur n’est pas inattentif à ce que vous faites » est à la fois une promesse pour les croyants (leurs efforts ne seront pas perdus) et une menace pour les mécréants (leurs actes ne passeront pas inaperçus).
Hadiths connexes :
Le Prophète ﷺ a dit : « Dis : “Je crois en Allah”, puis sois droit. » (Sahih Muslim, Livre de la foi, n°38.) Ceci est un résumé du verset 112, confirmant que l’istiqama est la plus haute exigence après la foi.
Le Prophète ﷺ a dit : « Les cinq prières, le vendredi au vendredi, le ramadan au ramadan, sont des expiations pour ce qui est entre eux, tant que les grands péchés sont évités. » (Sahih Muslim, Livre de la purification, n°233.) — en lien avec le verset 114 sur les bonnes œuvres qui dissipent les mauvaises.
Abu Dharr رضي الله عنه rapporte que le Prophète ﷺ a dit : « Crains Allah où que tu sois, fais suivre la mauvaise action par une bonne action qui l’effacera, et comporte-toi bien envers les gens. » (At-Tirmidhi, n°1987, jugé hasan.) — en lien direct avec le verset 114.
Date de vérification : 2026-02-21
Dernière mise à jour : 2026-02-21