📖 Tafsir - Muhammad 47:1-38 - Le combat et l’épreuve de la foi
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📚 Étude des Versets
📌 Les règles du combat, les rivières du Paradis, les hypocrites démasqués et l’épreuve de la générosité
Référence : Sourate Muhammad (47), Versets 1-38
Contexte du signet :
Sourate Muhammad — aussi appelée « Al-Qitâl » (Le Combat) — est une sourate médinoise de 38 versets. Révélée après l’Hégire, elle est l’une des premières à légiférer sur le combat (qitâl) et à démasquer les hypocrites (munâfiqûn). Elle contient la célèbre description des rivières du Paradis (v.15) — d’eau, de lait, de vin et de miel — en contraste avec la boisson des gens de l’Enfer. La sourate aborde aussi l’attitude des hypocrites face à la révélation et le combat, et se conclut par un avertissement contre l’avarice et un rappel que c’est Allah qui est le Riche et que ce sont les hommes qui sont les pauvres.
Versets clés en français :
47:2 : « Et ceux qui croient et font de bonnes œuvres et croient en ce qui a été descendu sur Muhammad — et c’est la vérité venant de leur Seigneur — Il leur efface leurs méfaits et améliore leur condition. »
47:4 : « Lorsque vous rencontrez [au combat] ceux qui ont mécru, frappez-en les cous. Puis quand vous les avez dominés, enchaînez-les solidement. Ensuite, c’est soit la grâce, soit la rançon, jusqu’à ce que la guerre dépose ses fardeaux. »
47:7 : « Ô vous qui croyez, si vous faites triompher [la cause de] Allah, Il vous fera triompher et raffermira vos pas. »
47:15 : « Voici la description du Paradis qui a été promis aux pieux : il y aura là des ruisseaux d’une eau jamais malodorante, et des ruisseaux d’un lait au goût inaltérable, et des ruisseaux d’un vin délicieux à boire, ainsi que des ruisseaux d’un miel purifié. Et ils y auront de tous les fruits, et un pardon de la part de leur Seigneur. »
47:19 : « Sache donc qu’en vérité il n’y a point de divinité à part Allah, et implore le pardon pour ton péché, ainsi que pour les croyants et les croyantes. »
47:24 : « Ne méditent-ils pas sur le Coran ? Ou y a-t-il des verrous sur les cœurs ? »
47:36-38 : « La vie présente n’est que jeu et amusement. Si vous croyez et craignez [Allah], Il vous donnera vos récompenses et ne vous demandera pas vos biens. […] Vous voilà appelés à dépenser dans le chemin d’Allah. Parmi vous il en est qui se montrent avares. Quiconque est avare l’est à son propre détriment. Allah est le Riche et vous êtes les besogneux. Et si vous vous détournez, Il vous remplacera par un peuple autre que vous, et ils ne seront pas comme vous. »
Tafsir consulté :
- [x] Ibn Kathir
- [ ] At-Tabari
- [ ] Al-Qurtubi
- [ ] Autre : _______________
Notes du tafsir :
Ibn Kathir analyse cette sourate comme un guide complet des principes du combat, du démasquage des hypocrites et de l’épreuve de la sincérité par la générosité.
Points clés :
La foi en Muhammad ﷺ efface les péchés (v.1-3) : Les mécréants voient leurs œuvres rendues vaines, tandis que ceux qui « croient en ce qui a été descendu sur Muhammad » — et c’est « la vérité venant de leur Seigneur » — voient leurs méfaits effacés et leur condition améliorée. Ibn Kathir souligne que la foi au Prophète ﷺ est une condition indispensable après sa venue : « Cela parce que les mécréants ont suivi le faux, tandis que les croyants ont suivi la vérité venant de leur Seigneur. » La distinction entre vérité (haqq) et faux (bâtil) est le principe organisateur de toute la sourate.
Les règles du combat et les prisonniers (v.4) : « Frappez-en les cous, puis quand vous les avez dominés, enchaînez-les solidement. Ensuite, c’est soit la grâce (mann), soit la rançon (fidâ’). » Ibn Kathir explique que ce verset établit les règles de la guerre en Islam : combattre avec détermination, puis une fois l’ennemi maîtrisé, deux options pour les prisonniers — la libération gratuite (grâce) ou la rançon. « Jusqu’à ce que la guerre dépose ses fardeaux » — le combat est temporaire, jamais un objectif en soi. Les savants ont déduit de ce verset que la mise à mort systématique des prisonniers n’est pas la norme — la grâce et la rançon sont les options coraniques.
« Faites triompher Allah, Il vous fera triompher » (v.7) : « Si vous faites triompher [la cause de] Allah (tansurû-llâh), Il vous fera triompher (yansurukum). » Ibn Kathir explique que « faire triompher Allah » signifie défendre Sa religion, appliquer Sa loi et combattre pour Sa cause. La promesse est conditionnelle : le secours divin est proportionnel à l’engagement du croyant. Le Prophète ﷺ a dit à Ibn 'Abbas رضي الله عنه : « Préserve Allah, Il te préservera. Préserve Allah, tu Le trouveras devant toi. » (Sunan At-Tirmidhi, n°2516 — sahih)
Les quatre rivières du Paradis (v.15) : Description détaillée du Paradis : (1) des ruisseaux d’eau « jamais malodorante » (ghayr âsin) — contrairement à l’eau stagnante de ce monde ; (2) des ruisseaux de lait « au goût inaltérable » — il ne tourne jamais ; (3) des ruisseaux de vin « délicieux à boire » — sans ivresse ni mal de tête ; (4) des ruisseaux de miel « purifié » (musaffâ). En contraste, les gens de l’Enfer « boiront une eau bouillante qui leur déchirera les entrailles ». Ibn Kathir souligne que chaque rivière du Paradis répond à un besoin éternel : l’eau pour la soif, le lait pour la nourriture, le vin pour le plaisir, le miel pour la guérison — mais purifiés de tout défaut terrestre.
« Lâ ilâha illa-llâh » et la demande de pardon (v.19) : « Sache qu’il n’y a point de divinité à part Allah, et implore le pardon pour ton péché. » Ibn Kathir souligne que ce verset commence par la science ('ilm) — « sache » (fa’lam) — avant la pratique. Al-Bukhari a déduit que « la science précède la parole et l’action » et a intitulé un chapitre de son Sahih en conséquence. Même le Prophète ﷺ est invité à demander pardon, ce qui montre que l’istighfâr est une pratique permanente, pas réservée aux pécheurs.
« Ne méditent-ils pas sur le Coran ? » (v.24) : « Afalâ yatadabbarûna al-Qur’ân, am 'alâ qulûbin aqfâluhâ ? » — Ne méditent-ils pas sur le Coran, ou bien y a-t-il des verrous sur les cœurs ? Ibn Kathir explique que le tadabbur (méditation profonde) du Coran est une obligation — celui qui le récite sans réfléchir manque l’essentiel. Les « verrous » (aqfâl) sont les voiles du péché, de l’orgueil et de la distraction qui empêchent le cœur de recevoir la guidance. Ce verset est un reproche adressé aux hypocrites mais aussi un avertissement pour tout musulman négligent.
L’avarice et le remplacement des peuples (v.36-38) : La sourate se conclut par un avertissement saisissant : « Si vous vous détournez, Il vous remplacera par un peuple autre que vous, et ils ne seront pas comme vous. » Allah n’a pas besoin des hommes — « Allah est le Riche (al-Ghaniyy) et vous êtes les besogneux (al-fuqarâ’). » L’avarice (bukhl) est dénoncée comme un péché contre soi-même. Ibn Kathir rapporte que les Compagnons demandèrent : « Qui nous remplacera ? » Le Prophète ﷺ tapota l’épaule de Salman al-Farisi رضي الله عنه et dit : « Celui-ci et les siens. » — faisant référence aux Persans. (Rapporté par At-Tabarani et d’autres ; la chaîne est discutée)
Hadiths connexes :
Le Prophète ﷺ a dit à Ibn 'Abbas رضي الله عنه : « Préserve Allah, Il te préservera. Préserve Allah, tu Le trouveras devant toi. » (Sunan At-Tirmidhi, n°2516 — sahih)
Le Prophète ﷺ a dit : « Personne parmi vous n’entre au Paradis par ses œuvres. » Ils demandèrent : « Même toi, ô Messager d’Allah ? » Il dit : « Même moi, à moins qu’Allah ne me couvre de Sa miséricorde. » (Sahih al-Bukhari, n°5673 ; Sahih Muslim, n°2816)
Date de vérification : 2026-02-21
Dernière mise à jour : 2026-02-21