📖 Tafsir - Quraysh 106:1-4 - Les Qurayshites et leurs privilèges
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📚 Étude de la Sourate
📌 Quraysh : La gratitude due pour les bienfaits de sécurité et de subsistance
Référence : Sourate Quraysh (106), Versets 1-4
Contexte du signet :
Quraysh est une sourate mecquoise de 4 versets, intimement liée à la sourate précédente Al-Fil. De nombreux exégètes, dont Ibn Kathir, rapportent que certains compagnons considéraient ces deux sourates comme une seule unité thématique : Allah a détruit l’armée de l’éléphant (sourate 105) afin que les Quraysh puissent continuer à jouir de leurs privilèges (sourate 106). La particule « li-îlâf » (pour la familiarité / pour l’habitude) qui ouvre la sourate est souvent comprise comme liée au contenu d’Al-Fil. Les Quraysh, en tant que gardiens de la Kaaba, bénéficiaient d’un statut privilégié parmi les Arabes : sécurité dans leurs voyages commerciaux et respect de la part de toutes les tribus. Cette sourate leur rappelle que ces bienfaits viennent d’Allah, le « Seigneur de cette Maison ».
Versets clés en français :
106:1 : « À cause du pacte des Quraysh, »
106:2 : « de leur pacte [pour] les caravanes d’hiver et d’été, »
106:3 : « qu’ils adorent donc le Seigneur de cette Maison (la Kaaba), »
106:4 : « qui les a nourris contre la faim et rassurés de la crainte ! »
Tafsir consulté :
- [x] Ibn Kathir
- [ ] At-Tabari
- [ ] Al-Qurtubi
- [ ] Autre : _______________
Notes du tafsir :
Ibn Kathir analyse cette sourate comme un rappel des bienfaits divins accordés aux Quraysh et une injonction à la gratitude par l’adoration.
Points clés :
Le lien avec Al-Fil et le sens de « îlâf » (v.1) : Le terme « îlâf » (إيلاف) vient de la racine « alifa » (s’habituer, être familier). Il désigne le pacte coutumier, l’habitude sécurisée dont jouissaient les Quraysh. Ibn Kathir rapporte que certains savants, comme Ubayy ibn Ka’b رضي الله عنه, lisaient les deux sourates (Al-Fil et Quraysh) comme une seule dans leur mushaf, sans basmala entre elles. Le sens serait alors : « [Nous avons détruit les gens de l’éléphant] pour la familiarité des Quraysh. » Allah leur rappelle que la destruction d’Abraha était un bienfait qui leur permettait de maintenir leur mode de vie.
Les caravanes d’hiver et d’été (v.2) : Les Quraysh organisaient deux grandes caravanes commerciales annuelles : la caravane d’hiver (rihlat ash-shitâ’) vers le Yémen et l’Éthiopie — pays chauds pour le commerce des épices, du cuir et des parfums — et la caravane d’été (rihlat as-sayf) vers la Syrie (Ash-Shâm) et la Palestine — pour le commerce des céréales, des tissus et de l’huile d’olive. Ibn Kathir souligne que ces voyages étaient le fondement de la prospérité de La Mecque, une ville située dans une vallée aride sans agriculture, comme le mentionne le Coran : « une vallée sans culture » (Ibrahim, 14:37).
Le commandement d’adorer (v.3) : « Qu’ils adorent donc le Seigneur de cette Maison » — l’expression « Rabb hâdhâ-l-bayt » (le Seigneur de cette Maison) désigne Allah en tant que Seigneur de la Kaaba. Ibn Kathir note le choix de cette formulation : Allah S’identifie par rapport à la Kaaba, car c’est elle qui confère aux Quraysh leur statut. Le message est clair : c’est Allah qui est la source de vos privilèges, pas la Kaaba elle-même ni les idoles que vous y avez placées. L’adoration exclusive d’Allah est la conséquence logique de la reconnaissance de Ses bienfaits.
Nourris contre la faim (v.4) : « Allâdhî at’amahum min jû’ » (qui les a nourris contre la faim). La Mecque était un terrain stérile et rocailleux, incapable de produire la moindre nourriture. C’est grâce au commerce et au statut sacré de la Kaaba — qui attirait les pèlerins — que les Quraysh ne souffraient pas de la famine. Ibn Kathir rappelle l’invocation d’Ibrahim عليه السلام : « Seigneur, fais de cette cité un lieu sûr, et pourvois de fruits ceux de ses habitants qui croient en Allah et au Jour dernier. » (Al-Baqarah, 2:126)
Rassurés de la crainte (v.4) : « Wa âmanahum min khawf » (et les a rassurés de la crainte). Tandis que les tribus arabes vivaient dans l’insécurité permanente des razzias et des guerres tribales, les Quraysh jouissaient d’une sécurité exceptionnelle grâce à leur statut de gardiens du Haram. Personne n’osait les attaquer ni piller leurs caravanes. Ibn Kathir souligne que cette double bénédiction — nourriture et sécurité — couvre les deux besoins fondamentaux de l’être humain.
L’argument de la sourate : La structure de la sourate est un raisonnement imparable : (1) Vous jouissez de privilèges uniques — sécurité et prospérité — (2) Ces privilèges viennent du Seigneur de la Kaaba — (3) Adorez-Le donc Lui seul. C’est un argument par la reconnaissance du bienfait (shukr an-ni’mah) qui devrait naturellement conduire à l’adoration du Bienfaiteur.
La leçon universelle : Bien que la sourate s’adresse historiquement aux Quraysh, Ibn Kathir en tire une leçon universelle : tout être humain qui bénéficie de la subsistance et de la sécurité est redevable à Allah et devrait L’adorer exclusivement. L’ingratitude envers les bienfaits divins est un chemin vers la perte, comme l’illustre l’exemple de peuples passés détruits malgré leur prospérité.
Date de vérification : 2026-02-21
Dernière mise à jour : 2026-02-21