📖 Tafsir - Saba 34:1-27 - Saba et les bienfaits perdus
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📚 Étude des Versets
📌 Les royaumes bénis de Dawud et Sulayman, et la chute de Saba
Référence : Sourate Saba (34), Versets 1-27
Contexte du signet :
Sourate mecquoise qui tire son nom du peuple de Saba (Sheba), un royaume prospère du Yémen qui jouissait de deux jardins paradisiaques mais qui, par ingratitude, fut détruit par un déluge dévastateur. Avant ce récit, la sourate rappelle les bienfaits qu’Allah accorda à Dawud عليه السلام et Sulayman عليه السلام, et comment ils surent être reconnaissants.
Versets clés en français :
34:1 : « Louange à Allah à qui appartient tout ce qui est dans les cieux et tout ce qui est sur la terre. Et louange à Lui dans l’au-delà. Et c’est Lui le Sage, le Parfaitement Connaisseur. »
34:10 : « Nous avons certes accordé une grâce à Dawud de Notre part : “Ô montagnes, répétez avec lui [les louanges d’Allah] ! Et vous aussi, oiseaux !” Et Nous avons amolli le fer pour lui. »
34:12-13 : « Et à Sulayman [Nous avons assujetti] le vent […] Et parmi les djinns il y en avait qui travaillaient sous ses ordres […] Ils lui fabriquaient ce qu’il voulait : sanctuaires, statues, plateaux comme des bassins et marmites bien ancrées. “Ô famille de Dawud, œuvrez par gratitude !” »
34:14 : « Puis, quand Nous décidâmes sa mort [Sulayman], il n’y eut pour les avertir de sa mort que la bête de terre qui rongea son bâton. Lorsqu’il s’effondra, il apparut clairement aux djinns que s’ils avaient su l’Invisible, ils ne seraient pas restés dans le supplice avilissant. »
34:15 : « Il y avait certes, pour Saba, un signe dans leurs demeures : deux jardins, l’un à droite et l’autre à gauche. “Mangez de ce que votre Seigneur vous a attribué, et soyez-Lui reconnaissants : une bonne contrée et un Seigneur Pardonneur.” »
34:16 : « Mais ils se détournèrent. Nous déchaînâmes contre eux le déluge de la digue (sayl al-'arim). Et Nous leur changeâmes leurs deux jardins en deux jardins à fruits amers, tamaris et quelques jujubiers. »
34:19 : « Mais ils dirent : “Seigneur, allonge les distances entre nos étapes.” Ils se firent du tort à eux-mêmes. Nous fîmes d’eux des sujets de légendes et les dispersâmes totalement. »
Tafsir consulté :
- [x] Ibn Kathir
- [ ] At-Tabari
- [ ] Al-Qurtubi
- [ ] Autre : _______________
Notes du tafsir :
Ibn Kathir utilise cette section pour illustrer un thème central du Coran : les bienfaits d’Allah sont conditionnés à la gratitude, et l’ingratitude mène à la destruction.
Points clés :
Les bienfaits de Dawud (v.10-11) : Allah accorda à Dawud عليه السلام des dons extraordinaires : les montagnes et les oiseaux glorifiaient Allah avec lui, et le fer se ramollissait dans ses mains pour qu’il fabrique des cottes de mailles. Ibn Kathir rapporte que le Prophète ﷺ a dit : « La meilleure prière auprès d’Allah est celle de Dawud : il dormait la moitié de la nuit, priait le tiers, et dormait le sixième. Et le jeûne le plus aimé d’Allah est celui de Dawud : il jeûnait un jour sur deux. » (Sahih al-Bukhari, Livre du Tahajjud, n°1131 ; Sahih Muslim, n°1159.)
Le royaume de Sulayman (v.12-13) : Sulayman عليه السلام avait le vent à son service, les djinns comme ouvriers, et du cuivre en fusion (ou de l’airain) qui coulait pour lui. L’injonction « Œuvrez par gratitude ! » résume l’attitude attendue face aux bienfaits : les utiliser dans l’obéissance, non dans l’orgueil. Ibn Kathir note que peu sont ceux qui pratiquent cette gratitude active. Le Prophète ﷺ priait la nuit jusqu’à ce que ses pieds enflent ; quand Aisha رضي الله عنها lui demanda pourquoi, il répondit : « Ne serais-je pas un serviteur reconnaissant ? » (Sahih al-Bukhari, Livre du Tahajjud, n°1130.)
La mort de Sulayman (v.14) : Sulayman عليه السلام mourut debout, appuyé sur son bâton, et les djinns continuèrent à travailler en pensant qu’il les surveillait, jusqu’à ce qu’un insecte ronge le bâton et que le corps s’effondre. Ibn Kathir tire deux leçons : (a) les djinns ne connaissent pas l’Invisible — s’ils l’avaient su, ils auraient cessé de travailler ; (b) la mort vient sans avertissement, même pour un roi-prophète.
Les deux jardins de Saba (v.15) : Le peuple de Saba (au Yémen actuel) vivait dans une prospérité exceptionnelle grâce à un barrage (la digue de Ma’rib) qui irrigait deux vallées luxuriantes. L’expression « baldatun tayyibatun wa rabbun ghafur » (une bonne contrée et un Seigneur Pardonneur) résume la bénédiction parfaite : richesse matérielle et pardon divin. Ibn Kathir note que le site archéologique de Ma’rib confirme l’existence historique de cette civilisation et de sa digue.
Le déluge du barrage (v.16) : En raison de leur ingratitude, Allah envoya le « sayl al-'arim » — la rupture du barrage de Ma’rib — qui transforma leurs jardins paradisiaques en terres arides avec des arbres amers et des épines. Ibn Kathir rapporte que cet événement, attesté historiquement, provoqua une migration massive des tribus yéménites vers le nord de la péninsule arabique, formant les tribus arabes du Sham et de l’Irak.
L’ingratitude suicidaire (v.19) : Alors que les étapes entre leurs villes étaient courtes et faciles, les Sabéens demandèrent l’allongement des distances — symbole de leur mépris pour les bienfaits d’Allah. Ibn Kathir interprète cela comme le summum de l’ingratitude : lorsque l’homme est comblé, il en demande davantage ou se plaint du bienfait lui-même. Allah les dispersa « totalement » — un avertissement pour toute civilisation qui oublie la source de sa prospérité.
La leçon pour les contemporains du Prophète ﷺ (v.20-27) : Ibn Kathir relie ces récits aux Quraysh, qui jouissaient eux aussi de bienfaits considérables — sécurité, commerce, Kaaba — et risquaient le même sort s’ils persistaient dans le shirk et le rejet du message. Le Prophète ﷺ a dit : « Les bienfaits d’Allah ne disparaissent que par l’ingratitude. » (Sens général rapporté dans plusieurs narrations.) La gratitude préserve les bienfaits ; l’ingratitude les détruit.
Date de vérification : 2026-02-21
Dernière mise à jour : 2026-02-21