Ta-Ha 20:56-98 - Les magiciens et le veau d'or

📖 Tafsir - Ta-Ha 20:56-98 - Les magiciens et le veau d’or

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📚 Étude des Versets

📌 Ta-Ha : La conversion des magiciens, l’ouverture de la mer et l’épreuve du veau d’or

Référence : Sourate Ta-Ha (20), Versets 56-98

Contexte du signet :

Cette section centrale de la sourate Ta-Ha relate trois épisodes majeurs du récit de Moussa عليه السلام : la confrontation avec les magiciens de Pharaon et leur conversion spectaculaire à la foi ; l’exode des Bani Isra’il et l’ouverture miraculeuse de la mer ; et l’épisode du veau d’or façonné par As-Samiri durant l’absence de Moussa sur le mont Tur. Ibn Kathir voit dans la conversion instantanée des magiciens — passant de la prosternation devant Pharaon à la prosternation devant Allah — l’une des preuves les plus éclatantes de la force de la vérité face au pouvoir humain.

Versets clés en français :

20:56 : « Nous lui [Pharaon] montrâmes toutes Nos merveilles, mais il les traita de mensonge et refusa [de croire]. »

20:70 : « Les magiciens se jetèrent prosternés, disant : “Nous croyons au Seigneur de Harun et de Moussa.” »

20:71-73 : « Pharaon dit : “Vous lui avez cru avant que je ne vous y autorise ! C’est lui votre maître qui vous a enseigné la magie. Je vous ferai certainement couper mains et pieds opposés, et vous ferai crucifier aux troncs des palmiers, et vous saurez, certes, qui de nous est plus sévère en châtiment et qui est plus durable.” Ils dirent : “Nous ne te préférerons jamais aux preuves qui nous sont parvenues, ni à Celui qui nous a créés. Décrète donc ce que tu as à décréter. Tu ne décides que pour cette vie d’ici-bas.” »

20:77 : « Et Nous avions révélé à Moussa : “Emmène de nuit Mes serviteurs et frappe-leur un chemin à sec dans la mer, sans craindre d’être rejoint et sans avoir peur.” »

20:83-85 : « “Pourquoi as-tu devancé ton peuple, ô Moussa ?” Il dit : “Ils sont sur mes traces, et je me suis hâté vers Toi, Seigneur, afin que Tu sois satisfait.” [Allah] dit : “Nous avons mis ton peuple à l’épreuve après ton départ, et le Samiri les a égarés.” »

20:88 : « Puis il [le Samiri] leur a fabriqué un veau, un corps à mugissement. Et ils ont dit : “C’est votre divinité et la divinité de Moussa ; il a donc oublié.” »

20:97-98 : « [Moussa] dit : “Va-t-en ! Dans la vie, tu auras à dire : ‘Pas de contact !’ Et il y aura pour toi un rendez-vous que tu ne manqueras pas. Regarde ta divinité que tu adorais assidûment. Nous la brûlerons certainement puis nous disperserons ses cendres dans la mer.” »

Tafsir consulté :

  • [x] Ibn Kathir
  • [ ] At-Tabari
  • [ ] Al-Qurtubi
  • [ ] Autre : _______________

Notes du tafsir :

Ibn Kathir met en lumière le contraste entre la conversion sincère des magiciens et l’égarement des Bani Isra’il malgré les miracles qu’ils avaient vus.

Points clés :

  1. La confrontation : magie contre miracle (v.56-69) : Pharaon rassembla les meilleurs magiciens d’Égypte pour un jour de fête publique. Ils jetèrent leurs cordes et leurs bâtons qui, par illusion magique, parurent se mouvoir comme des serpents. Moussa عليه السلام ressentit de la crainte, mais Allah le rassura : « Ne crains pas, c’est toi qui auras le dessus. Jette ce que tu as dans la main droite, cela avalera ce qu’ils ont fabriqué. » Ibn Kathir souligne la différence fondamentale : la magie est une illusion (sihr) qui trompe les yeux, tandis que le miracle (mu’jiza) est une réalité tangible qui transforme la matière. Le bâton de Moussa dévora réellement toutes les cordes et bâtons des magiciens.

  2. La conversion fulgurante des magiciens (v.70-73) : Les magiciens, experts en magie, furent les premiers à reconnaître que le prodige de Moussa n’était pas de la magie. Ils se prosternèrent immédiatement en disant : « Nous croyons au Seigneur de Harun et de Moussa. » Ibn Kathir note qu’en un instant, ils passèrent de magiciens au service de Pharaon à martyrs prêts à mourir pour la foi. Quand Pharaon les menaça de crucifixion et d’amputation, leur réponse fut héroïque : « Décrète ce que tu as à décréter. Tu ne décides que pour cette vie d’ici-bas. » Ils comprirent que la vie éternelle valait infiniment plus que la vie terrestre.

  3. L’ouverture de la mer et la noyade de Pharaon (v.77-79) : Allah ordonna à Moussa d’emmener les Bani Isra’il de nuit et de frapper la mer avec son bâton. La mer se fendit en douze chemins secs — un pour chaque tribu — avec des murs d’eau de part et d’autre. Pharaon et son armée les poursuivirent et furent engloutis. Ibn Kathir rapporte que les Bani Isra’il virent de leurs propres yeux ce miracle et la destruction de leur oppresseur — un spectacle qui aurait dû graver la foi dans leurs cœurs pour toujours. Le contraste avec l’épisode du veau d’or qui suit est d’autant plus frappant.

  4. L’épreuve du veau d’or (v.83-91) : Pendant que Moussa était sur le mont Tur pour recevoir la Torah, As-Samiri collecta les bijoux d’or des Égyptiens que les Bani Isra’il avaient emportés et façonna un veau qui émettait un mugissement. Ibn Kathir rapporte que le mugissement provenait du vent qui entrait dans le corps creux du veau. Le peuple, à peine délivré de l’idolâtrie de Pharaon, retomba dans l’adoration d’une idole — un veau incapable de parler, de nuire ou de profiter. Ce récit illustre la fragilité de la foi quand elle n’est pas consolidée par la science et la patience.

  5. Harun face à son peuple (v.90-94) : Harun عليه السلام avait averti les Bani Isra’il : « Ô mon peuple, vous n’êtes qu’éprouvés par cela. Votre Seigneur est le Tout Miséricordieux. Suivez-moi donc et obéissez à mon commandement. » Mais ils refusèrent de l’écouter tant que Moussa ne serait pas revenu. Ibn Kathir explique que Harun choisit de ne pas employer la force pour ne pas diviser la communauté — un jugement que Moussa, dans sa colère initiale, ne comprit pas immédiatement. Quand Moussa saisit la barbe et les cheveux de Harun, celui-ci répondit : « Ne me prends ni par la barbe ni par la tête. J’ai eu peur que tu dises : “Tu as divisé les enfants d’Israël.” » — une sagesse politique que Moussa finit par reconnaître.

  6. Le châtiment d’As-Samiri (v.95-98) : Moussa interrogea As-Samiri sur ses motivations. Celui-ci répondit : « J’ai vu ce qu’ils n’ont pas vu. J’ai pris une poignée de la trace du Messager et je l’ai lancée. » Ibn Kathir rapporte l’interprétation selon laquelle As-Samiri aurait pris une poignée de terre de l’empreinte du cheval de Gabriel lors de la traversée de la mer. Moussa le châtia en le bannissant avec ces mots : « Dans la vie, tu diras : “Pas de contact !” » — une mise en quarantaine sociale et un rendez-vous avec le châtiment de l’au-delà. Le veau fut brûlé et ses cendres dispersées dans la mer.

  7. « Votre divinité n’est qu’Allah, nul divinité autre que Lui » (v.98) : Moussa conclut en affirmant le tawhid absolu : le seul Dieu est Allah, dont la science embrasse toute chose. Ibn Kathir souligne que ce verset est le message central de chaque prophète, répété à chaque génération, à chaque peuple, dans chaque langue. L’épisode du veau d’or n’est pas un simple récit historique mais un avertissement permanent contre l’attachement du cœur à autre qu’Allah — que ce soit une idole de métal, d’argent, ou une passion moderne.

Hadiths connexes :

  • Le Prophète ﷺ a dit : « Le jour d’Achoura, Moussa jeûna en remerciement à Allah pour avoir sauvé les Bani Isra’il de Pharaon. » Les juifs de Médine jeûnaient ce jour-là, et le Prophète ﷺ dit : « Nous sommes plus en droit de Moussa que vous » et ordonna de jeûner ce jour. (Sahih al-Bukhari, Livre du jeûne, n°2004) — en lien avec l’épisode de l’ouverture de la mer.

  • Le Prophète ﷺ a dit : « Aucun serviteur ne sera interrogé au Jour du Jugement sur ses bienfaits avant qu’on lui demande : “N’avons-Nous pas donné à ton corps la santé et ne t’avons-Nous pas abreuvé d’eau fraîche ?” » (At-Tirmidhi, n°3358, hasan) — en lien avec les bienfaits mentionnés aux versets 53-54.

Date de vérification : 2026-02-21


Dernière mise à jour : 2026-02-21

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