Yunus 10:1-30 - Le Coran et les preuves divines

📖 Tafsir - Yunus 10:1-30 - Le Coran et les preuves divines

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📚 Étude des Versets

📌 La sagesse du Coran, l’ingratitude de l’homme et la nature éphémère de ce monde

Référence : Sourate Yunus (10), Versets 1-30

Contexte du signet :

La sourate Yunus est mecquoise dans sa majeure partie. Elle tire son nom du prophète Yunus (Jonas) عليه السلام, mentionné au verset 98. Révélée durant une période de rejet intense par les Quraysh, elle répond à leurs objections contre le Coran et la prophétie de Muhammad ﷺ. Les trente premiers versets établissent trois thèmes fondamentaux : la sagesse du Coran comme preuve divine, l’ingratitude de l’homme qui oublie Allah dès que l’épreuve est levée, et la nature éphémère de la vie d’ici-bas comparée à la verdure que l’eau fait jaillir puis que le vent dessèche.

Versets clés en français :

10:1 : « Alif, Lam, Ra. Voici les versets du Livre plein de sagesse. »

10:2 : « Est-ce un sujet d’étonnement pour les gens que Nous ayons révélé à un homme d’entre eux : “Avertis les gens et annonce la bonne nouvelle aux croyants qu’ils ont auprès de leur Seigneur une avance véridique” ? Les mécréants dirent : “Celui-ci est certes un magicien évident.” »

10:10 : « Leur invocation y sera : “Gloire à Toi, ô Allah !”, et leur salutation y sera : “Paix !”, et la fin de leur invocation sera : “Louange à Allah, Seigneur des mondes.” »

10:12 : « Quand un malheur touche l’homme, il Nous invoque, couché sur le côté, assis ou debout. Puis quand Nous le délivrons de son malheur, il passe comme s’il ne Nous avait jamais invoqué pour un malheur qui l’a touché. C’est ainsi que ce qu’ils font paraît beau aux outranciers. »

10:15-16 : « Et quand leur sont récités Nos versets clairs, ceux qui n’espèrent pas Notre rencontre disent : “Apporte-nous un Coran autre que celui-ci, ou bien change-le.” Dis : “Il ne m’appartient pas de le changer de mon propre chef. Je ne fais que suivre ce qui m’est révélé. Je crains, si je désobéis à mon Seigneur, le châtiment d’un jour terrible.” Dis : “Si Allah l’avait voulu, je ne vous l’aurais pas récité et Il ne vous l’aurait pas fait connaître. Je suis resté parmi vous toute une vie avant cela. Ne raisonnez-vous donc pas ?” »

10:18 : « Ils adorent, en dehors d’Allah, ce qui ne peut ni leur nuire ni leur profiter, et ils disent : “Ceux-ci sont nos intercesseurs auprès d’Allah.” Dis : “Informez-vous Allah de ce qu’Il ne connaît ni dans les cieux ni sur la terre ?” Gloire à Lui ! Il est bien au-dessus de ce qu’ils Lui associent ! »

10:24-25 : « La vie présente est comparable à une eau que Nous faisons descendre du ciel et qui se mêle à la végétation de la terre dont se nourrissent les hommes et les bêtes. Puis lorsque la terre prend sa parure et s’embellit, et que ses habitants pensent qu’ils en sont maîtres, Notre ordre lui vient de nuit ou de jour, et Nous la rendons toute moissonnée, comme si elle n’avait pas été florissante la veille. Ainsi exposons-Nous les signes pour les gens qui réfléchissent. Et Allah appelle à la demeure de la paix et guide qui Il veut vers un droit chemin. »

Tafsir consulté :

  • [x] Ibn Kathir
  • [ ] At-Tabari
  • [ ] Al-Qurtubi
  • [ ] Autre : _______________

Notes du tafsir :

Ibn Kathir présente ces versets comme une défense du Coran face aux accusations des polythéistes et un rappel de la réalité éphémère de ce monde.

Points clés :

  1. Les lettres détachées et la sagesse du Livre (v.1-2) : La sourate s’ouvre par « Alif, Lam, Ra », lettres dont le sens profond appartient à Allah. Ibn Kathir explique que le Coran est qualifié de « Livre plein de sagesse » (al-Kitab al-Hakim) car il tranche entre le vrai et le faux avec une précision absolue. Puis Allah s’étonne de l’étonnement des polythéistes : ils trouvaient incroyable qu’un homme parmi eux soit choisi comme prophète. Ibn Kathir note que chaque peuple a reçu un messager humain, car un ange n’aurait pas pu être un modèle accessible.

  2. L’avance véridique (qadama sidq) des croyants (v.2) : Allah annonce que les croyants possèdent auprès de leur Seigneur une « avance véridique » — c’est-à-dire des œuvres acceptées qui les précèdent au Paradis. Ibn Kathir cite l’interprétation de Qatada : il s’agit des bonnes actions accomplies dans la vie qui devancent le croyant dans l’au-delà. Malgré cette bonne nouvelle, les mécréants qualifièrent le Prophète ﷺ de « magicien évident », refusant de reconnaître l’origine divine du message.

  3. La louange des gens du Paradis (v.10) : Ce verset offre un aperçu de la vie au Paradis. L’invocation de ses habitants sera la glorification d’Allah (Subhânaka Allâhumma), leur salutation sera « Salâm » (paix), et leur conclusion sera la louange d’Allah Seigneur des mondes. Ibn Kathir rapporte que le Prophète ﷺ a dit : « Les gens du Paradis seront inspirés de glorifier et louer Allah comme vous êtes inspirés de respirer » (Sahih Muslim, Livre du dhikr, n°2835). Cela indique que la louange au Paradis sera aussi naturelle que la respiration.

  4. L’ingratitude de l’homme face à l’épreuve (v.12) : Ibn Kathir souligne ici un trait récurrent de la nature humaine : dans l’adversité, l’homme invoque Allah dans toutes les positions — couché, assis, debout — tant son besoin est désespéré. Mais une fois délivré, il passe son chemin comme s’il n’avait jamais supplié. Ce verset décrit non pas le croyant sincère, mais l’outrancier (al-musrif) qui instrumentalise la prière sans en tirer de leçon durable.

  5. Le Prophète ﷺ ne peut modifier le Coran (v.15-16) : Les Quraysh demandaient au Prophète ﷺ de changer le Coran pour supprimer la condamnation de leurs idoles. La réponse est catégorique : « Il ne m’appartient pas de le changer de mon propre chef. » Ibn Kathir insiste sur l’argument décisif du verset 16 : le Prophète ﷺ avait vécu quarante ans parmi eux avant la révélation, sans jamais composer de poésie ni prononcer de discours comparable. Si ce Coran venait de lui, pourquoi ne l’a-t-il pas produit plus tôt ? C’est une preuve rationnelle de l’origine divine du message.

  6. Le rejet de l’intercession des idoles (v.18) : Les polythéistes prétendaient que leurs idoles intercéderaient pour eux auprès d’Allah. Ibn Kathir réfute cette croyance en soulignant l’ironie du verset : Allah demande s’ils prétendent L’informer de quelque chose qu’Il ignorerait dans les cieux et la terre — ce qui est absurde, puisque rien n’échappe à Sa science. L’intercession n’appartient qu’à Allah et ne sera accordée qu’à ceux qu’Il agrée, comme l’établissent d’autres versets (Sourate Al-Anbiya (21) : 28).

  7. La parabole de la vie d’ici-bas (v.24) : C’est l’une des plus puissantes paraboles du Coran. La vie terrestre est comparée à une eau de pluie qui fait jaillir la végétation : la terre se pare de sa beauté, ses habitants croient en être les maîtres — puis, en un instant, l’ordre d’Allah survient et tout est réduit à néant, « comme si elle n’avait pas été florissante la veille ». Ibn Kathir explique que cette image illustre la vanité de ceux qui s’attachent aux biens de ce monde en oubliant l’au-delà. L’expression « de nuit ou de jour » montre que la destruction peut survenir à tout moment, sans préavis.

  8. L’appel à la demeure de la paix (v.25) : Immédiatement après cette parabole sur la vanité du monde, Allah appelle les hommes à « Dar as-Salam » — la Demeure de la Paix, le Paradis. Ibn Kathir note le contraste frappant : d’un côté la vie éphémère, de l’autre une demeure éternelle de paix. Le Prophète ﷺ a dit : « Soyez dans ce monde comme un étranger ou un voyageur de passage » (Sahih al-Bukhari, Livre du raqâ’iq, n°6416). Ce verset en est l’illustration parfaite.

Date de vérification : 2026-02-21


Dernière mise à jour : 2026-02-21

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