📖 Tafsir - Yunus 10:61-90 - L’histoire de Nuh et Moussa
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📚 Étude des Versets
📌 La science totale d’Allah, le récit de Nuh et la confrontation de Moussa avec Pharaon
Référence : Sourate Yunus (10), Versets 61-90
Contexte du signet :
Après l’argumentation rationnelle en faveur du tawhid et de l’authenticité du Coran, la sourate passe aux récits prophétiques comme preuves historiques. Ces versets s’ouvrent sur l’affirmation de la science totale d’Allah — pas un atome ne Lui échappe — puis relatent deux récits majeurs : Nuh (Noé) عليه السلام et son peuple obstiné, et Moussa (Moïse) عليه السلام face à Pharaon et ses magiciens. Ces récits servaient de consolation au Prophète ﷺ face au rejet des Quraysh et d’avertissement pour ses opposants.
Versets clés en français :
10:61 : « Tu ne te trouveras dans aucune situation, tu ne réciteras aucun passage du Coran, vous n’accomplirez aucun acte sans que Nous soyons témoins au moment où vous l’entreprendrez. Il n’échappe à ton Seigneur ni le poids d’un atome sur terre ou dans le ciel, ni un poids plus petit ou plus grand qui ne soit déjà dans un Livre explicite. »
10:71-72 : « Et récite-leur l’histoire de Nuh, quand il dit à son peuple : “Ô mon peuple, si mon séjour parmi vous et mon rappel des signes d’Allah vous pèsent trop, c’est en Allah que je place ma confiance. Rassemblez votre affaire, vous et vos associés, et que votre affaire ne reste pas obscure pour vous. Puis décidez de moi et ne me donnez pas de répit.” “Si vous vous détournez, je ne vous ai pas demandé de salaire. Mon salaire n’incombe qu’à Allah, et il m’a été commandé d’être du nombre des soumis.” »
10:73 : « Ils le traitèrent de menteur. Nous le sauvâmes, lui et ceux qui étaient avec lui dans l’arche, et Nous en fîmes des successeurs, et Nous noyâmes ceux qui avaient traité de mensonges Nos signes. Regarde donc ce que fut la fin de ceux qui avaient été avertis. »
10:75-76 : « Puis, après eux, Nous envoyâmes Moussa et Haroun vers Pharaon et ses notables, avec Nos signes. Mais ils s’enflèrent d’orgueil et étaient un peuple criminel. Lorsque la vérité leur vint de Notre part, ils dirent : “C’est là certes une magie évidente.” »
10:80-82 : « Quand les magiciens arrivèrent, Moussa leur dit : “Jetez ce que vous avez à jeter.” Puis quand ils eurent jeté, Moussa dit : “Ce que vous avez produit est de la magie ! Allah va certes le rendre vain. Allah ne fait pas prospérer l’œuvre des corrupteurs. Et par Ses paroles, Allah fera triompher la vérité, même si les criminels ont cela en horreur.” »
10:84-86 : « Et Moussa dit : “Ô mon peuple, si vous croyez en Allah, placez votre confiance en Lui si vous [Lui] êtes soumis.” Ils dirent : “En Allah nous plaçons notre confiance. Ô notre Seigneur, ne fais pas de nous une épreuve pour le peuple injuste, et délivre-nous par Ta miséricorde du peuple mécréant.” »
10:90 : « Et Nous fîmes traverser la mer aux Enfants d’Israël. Pharaon et ses troupes les poursuivirent avec acharnement et hostilité. Puis quand la noyade l’eut atteint, il dit : “Je crois qu’il n’y a d’autre divinité que Celui en qui ont cru les Enfants d’Israël. Et je suis du nombre des soumis.” »
Tafsir consulté :
- [x] Ibn Kathir
- [ ] At-Tabari
- [ ] Al-Qurtubi
- [ ] Autre : _______________
Notes du tafsir :
Ibn Kathir utilise ces récits prophétiques pour illustrer la sunna divine (loi constante d’Allah) : la vérité triomphe toujours, et les tyrans finissent par être anéantis.
Points clés :
Pas un atome n’échappe à Allah (v.61) : Ce verset est l’un des plus puissants sur l’omniscience divine. Ibn Kathir explique qu’il englobe trois dimensions : (a) Allah est témoin de chaque situation dans laquelle se trouve le Prophète ﷺ, (b) Il connaît chaque verset récité, et © Il est témoin de chaque acte accompli par quiconque. L’expression « ni le poids d’un atome » (mithqâl dharra) indique que même l’infiniment petit — la plus minuscule des particules — est enregistré dans le « Livre explicite » (al-Lawh al-Mahfûz). Ce verset devrait inspirer au croyant une conscience permanente (murâqaba) de la présence d’Allah.
Le courage de Nuh face à son peuple (v.71-72) : Nuh عليه السلام prêcha pendant 950 ans (Sourate Al-'Ankabut (29) : 14). Quand son peuple le rejeta avec obstination, il prononça ces paroles de défi : rassemblez vos forces et vos idoles, décidez de mon sort, et ne me donnez aucun répit. Ibn Kathir souligne le tawakkul (confiance absolue en Allah) de Nuh : il ne craignait pas leur nombre ni leur hostilité car sa confiance était en Allah seul. Puis il précisa : « Je ne vous ai pas demandé de salaire » — preuve de la sincérité de tout prophète, qui ne cherche aucun gain matériel.
La noyade des négateurs et la survie des croyants (v.73) : Allah sauva Nuh et les croyants dans l’arche, et noya les mécréants. Ibn Kathir note l’expression « Nous en fîmes des successeurs » (khalâ’if) — les survivants du déluge devinrent les ancêtres de l’humanité entière. Le verset se conclut par un avertissement : « Regarde ce que fut la fin de ceux qui avaient été avertis. » C’est un modèle récurrent dans le Coran : le récit historique sert de leçon pour le présent.
L’envoi de Moussa et Haroun vers Pharaon (v.75-76) : Allah envoya Moussa et son frère Haroun عليهما السلام avec des « signes » (âyât) — les neuf miracles mentionnés dans la sourate Al-Isra (17:101). Malgré l’évidence de ces signes, Pharaon et ses notables les rejetèrent par orgueil (istikbâr), non par ignorance. Ibn Kathir insiste sur cette distinction : le problème n’était pas intellectuel mais moral. Ils savaient que Moussa disait vrai, mais leur orgueil les empêchait de se soumettre. C’est le même obstacle que rencontraient les Quraysh face au Prophète ﷺ.
La défaite des magiciens et leur conversion (v.80-82) : Pharaon convoqua les meilleurs magiciens du pays pour affronter Moussa. Ibn Kathir rapporte qu’ils étaient nombreux — certains récits mentionnent des milliers. Quand ils jetèrent leurs cordes et bâtons, ceux-ci parurent se mouvoir comme des serpents par illusion. Mais quand Moussa jeta son bâton, celui-ci devint un vrai serpent qui dévora toutes leurs illusions. Les magiciens, experts en leur art, reconnurent immédiatement que cela dépassait la magie humaine. Ils se prosternèrent et déclarèrent leur foi — passant en un instant de serviteurs de Pharaon à croyants en Allah. Ibn Kathir note que leur conversion est l’une des plus spectaculaires du Coran.
La prière de Moussa et des croyants (v.84-86) : Face à la persécution de Pharaon après la conversion des magiciens, Moussa exhorta les croyants à placer leur confiance en Allah. Leur invocation est un modèle de du’â : « Ne fais pas de nous une épreuve pour le peuple injuste » — c’est-à-dire : ne leur donne pas pouvoir sur nous, car notre défaite serait interprétée comme la preuve que nous avons tort. Ibn Kathir explique que cette prière demande à Allah de protéger non seulement les croyants, mais aussi la crédibilité du message divin.
La traversée de la mer et la noyade de Pharaon (v.90) : Allah ordonna à Moussa de frapper la mer avec son bâton (détaillé dans la sourate Ash-Shu’arâ’ (26) : 63). La mer s’ouvrit en douze chemins, un pour chaque tribu d’Israël. Pharaon et son armée s’y engagèrent à leur poursuite. Quand les eaux se refermèrent sur lui, Pharaon prononça enfin les mots de foi : « Je crois qu’il n’y a d’autre divinité que Celui en qui ont cru les Enfants d’Israël. » Ibn Kathir souligne la tragédie de cette scène : voilà un homme qui avait prétendu être dieu lui-même (Sourate An-Nazi’at (79) : 24), réduit à confesser la vérité au moment même où il est trop tard.
Date de vérification : 2026-02-21
Dernière mise à jour : 2026-02-21