📖 Tafsir - Yunus 10:91-109 - Le repentir de Pharaon et la patience
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📚 Étude des Versets
📌 Le repentir tardif, le peuple de Yunus sauvé par la foi, et l’appel à la patience
Référence : Sourate Yunus (10), Versets 91-109
Contexte du signet :
Ces versets concluent la sourate Yunus par des leçons fondamentales. D’abord, le rejet du repentir de Pharaon au moment de la mort — un avertissement pour quiconque repousse la foi. Ensuite, le cas unique du peuple de Yunus (Jonas) عليه السلام, seule communauté entière à s’être repentie avant le châtiment et à avoir été sauvée. Enfin, la sourate s’achève sur des principes universels : la foi ne peut être contrainte, la réflexion sur les signes d’Allah est un devoir, et la patience est le chemin du croyant en attendant le jugement divin.
Versets clés en français :
10:90-92 : « […] Puis quand la noyade l’eut atteint, il dit : “Je crois qu’il n’y a d’autre divinité que Celui en qui ont cru les Enfants d’Israël. Et je suis du nombre des soumis.” [Allah dit :] “Maintenant ? Alors qu’auparavant tu as désobéi et que tu étais du nombre des corrupteurs ! Nous allons aujourd’hui épargner ton corps afin que tu sois un signe pour ceux qui viendront après toi.” Et en vérité, beaucoup de gens ne prêtent aucune attention à Nos signes. »
10:98 : « Si seulement il y avait eu une cité qui ait cru et à qui sa croyance eût été utile ! [Hélas, aucune ne le fit] à l’exception du peuple de Yunus. Lorsqu’ils crurent, Nous leur enlevâmes le châtiment de l’ignominie dans la vie présente et Nous les laissâmes jouir de la vie pour un temps. »
10:99 : « Si ton Seigneur l’avait voulu, tous ceux qui sont sur la terre auraient cru. Est-ce à toi de contraindre les gens à devenir croyants ? »
10:101 : « Dis : “Regardez ce qui est dans les cieux et sur la terre.” Mais ni les signes ni les avertisseurs ne suffisent à des gens qui ne croient pas. »
10:106-107 : « Et n’invoque pas, en dehors d’Allah, ce qui ne peut te profiter ni te nuire. Si tu le faisais, tu serais alors du nombre des injustes. Et si Allah te touche d’un mal, nul ne peut l’écarter en dehors de Lui. Et s’Il te veut un bien, nul ne peut repousser Sa grâce. Il en gratifie qui Il veut parmi Ses serviteurs. Et c’est Lui le Pardonneur, le Miséricordieux. »
10:108-109 : « Dis : “Ô gens ! Certes la vérité vous est venue de votre Seigneur. Donc, quiconque est guidé n’est guidé que pour lui-même ; et quiconque s’égare ne s’égare qu’à son propre détriment. Et je ne suis pas un garant pour vous.” Et suis ce qui t’est révélé, et sois patient jusqu’à ce qu’Allah juge. Et Il est le Meilleur des juges. »
Tafsir consulté :
- [x] Ibn Kathir
- [ ] At-Tabari
- [ ] Al-Qurtubi
- [ ] Autre : _______________
Notes du tafsir :
Ibn Kathir conclut l’étude de cette sourate par des enseignements sur les limites du repentir, l’exception remarquable du peuple de Yunus, et l’attitude que doit adopter le croyant face au rejet.
Points clés :
Le rejet du repentir de Pharaon (v.90-91) : Quand les eaux se refermèrent sur lui, Pharaon prononça la shahada. Mais Allah répondit : « Maintenant ? Alors qu’auparavant tu as désobéi ! » Ibn Kathir explique que le repentir au moment de la mort (tawba al-ya’s — le repentir du désespoir) n’est pas accepté. Le Prophète ﷺ a dit : « Allah accepte le repentir du serviteur tant que l’âme n’a pas atteint la gorge » (Sunan at-Tirmidhi, Livre de la da’wa, n°3537 — hassan). Pharaon avait vu tous les signes — les neuf miracles, la défaite de ses magiciens, les plaies — et avait refusé à chaque fois. Son « repentir » face à la mort n’était qu’un réflexe de survie, non un retour sincère vers Allah.
Le corps de Pharaon préservé comme signe (v.92) : Allah déclare qu’Il préservera le corps de Pharaon « afin qu’il soit un signe pour ceux qui viendront après ». Ibn Kathir rapporte que le corps fut rejeté sur le rivage pour que les Enfants d’Israël le voient de leurs propres yeux et soient certains de sa mort — eux qui avaient été terrorisés par sa puissance. Les savants contemporains ont noté la remarquable conservation de momies pharaoniques en Égypte, ce qui illustre la portée de ce verset à travers les siècles.
Le peuple de Yunus : l’exception unique (v.98) : Parmi toutes les communautés de l’histoire, seul le peuple de Yunus (les habitants de Ninive) se repentit collectivement à temps et fut sauvé du châtiment. Ibn Kathir rapporte qu’ils étaient plus de cent mille personnes (Sourate As-Saffat (37) : 147). Quand Yunus les quitta après leur rejet, ils virent les signes du châtiment approcher — le ciel s’assombrit — et ils se repentirent avec sincérité : hommes, femmes, enfants, ils sortirent dans les champs, séparèrent les mères de leurs petits (pour intensifier les pleurs et les supplications), et implorèrent le pardon d’Allah. Allah leva le châtiment. Ce récit montre que le repentir sincère et collectif, accompli avant l’arrivée effective du châtiment, est toujours accepté.
Pas de contrainte en matière de foi (v.99) : Ce verset établit un principe fondamental : si Allah l’avait voulu, tous les habitants de la terre auraient cru. Mais Il a voulu que la foi soit un choix libre. Ibn Kathir souligne que le Prophète ﷺ ne doit pas se tourmenter pour ceux qui refusent de croire. Sa mission est de transmettre le message (balâgh), non de forcer les cœurs. Ce verset est cohérent avec la sourate Al-Baqarah (2) : 256 : « Nulle contrainte en religion. » La guidance est entre les mains d’Allah seul.
L’invitation à observer les signes dans la création (v.101) : Allah invite les hommes à « regarder » (unzurû) ce qui est dans les cieux et sur la terre — l’alternance du jour et de la nuit, les étoiles, les montagnes, les mers, la diversité des créatures. Ibn Kathir note que le Coran emploie ici le regard intellectuel, pas seulement visuel : observer la création avec réflexion (tafakkur) mène à reconnaître le Créateur. Cependant, le verset se termine par une note réaliste : « Ni les signes ni les avertisseurs ne suffisent à des gens qui ne croient pas. » Celui dont le cœur est scellé par l’orgueil ne sera convaincu par aucune preuve.
Allah seul maîtrise le bien et le mal (v.106-107) : Ces versets affirment la souveraineté absolue d’Allah sur le destin des hommes. Nul ne peut écarter un mal qu’Allah a décrété, et nul ne peut repousser un bien qu’Il accorde. Ibn Kathir explique que cette réalité devrait libérer le croyant de toute crainte autre que celle d’Allah et de tout espoir placé en autre que Lui. Le Prophète ﷺ enseigna à Ibn 'Abbas رضي الله عنهما : « Sache que si la communauté entière se réunissait pour te faire du bien, elle ne pourrait te faire que le bien qu’Allah a déjà écrit pour toi. Et si elle se réunissait pour te nuire, elle ne pourrait te nuire que par ce qu’Allah a déjà écrit contre toi » (Sunan at-Tirmidhi, n°2516 — sahih).
La responsabilité individuelle (v.108) : « Quiconque est guidé n’est guidé que pour lui-même ; et quiconque s’égare ne s’égare qu’à son propre détriment. » Ibn Kathir souligne que chaque être humain porte la responsabilité de ses propres choix. Le Prophète ﷺ n’est pas garant (wakîl) des gens — il est un avertisseur et un annonciateur. Cela décharge le prédicateur (dâ’i) de la culpabilité face au refus des autres, tout en maintenant l’obligation de transmettre le message avec clarté et sagesse.
La patience jusqu’au jugement d’Allah (v.109) : La sourate se conclut par un double commandement adressé au Prophète ﷺ — et par extension à tout croyant : « Suis ce qui t’est révélé, et sois patient jusqu’à ce qu’Allah juge. » Ibn Kathir explique que ces deux injonctions résument l’attitude du musulman face à l’adversité : l’obéissance à la révélation et la patience (sabr) en attendant qu’Allah tranche. L’expression « Il est le Meilleur des juges » (khayr al-hâkimîn) assure que la justice divine finira par s’imposer, même si elle tarde aux yeux des hommes. C’est sur cette note d’espoir et de confiance que s’achève la sourate Yunus.
Date de vérification : 2026-02-21
Dernière mise à jour : 2026-02-21