Yusuf 12:83-101 - La réunion de la famille et la réalisation du rêve

📖 Tafsir - Yusuf 12:83-101 - La réunion de la famille et la réalisation du rêve

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📚 Étude des Versets

📌 Le pardon, les retrouvailles et l’accomplissement de la promesse divine

Référence : Sourate Yusuf (12), Versets 83-101

Contexte du signet :

Ce passage contient les scènes les plus émouvantes de la sourate : la tristesse de Ya’qub qui perd la vue à force de pleurer, la révélation de l’identité de Yusuf à ses frères, leur pardon, le miracle de la tunique qui rend la vue à Ya’qub, et enfin la réalisation du rêve initial — toute la famille prosternée devant Yusuf en Égypte. L’invocation finale de Yusuf est l’une des plus belles du Coran.

Versets clés en français :

12:83-84 : « Il dit : “Vos âmes vous ont plutôt inspiré quelque chose. Patience ! Il se peut qu’Allah me les ramène tous les deux. C’est Lui l’Omniscient, le Sage.” Et il se détourna d’eux et dit : “Que mon chagrin est grand pour Yusuf !” Et ses yeux blanchirent de tristesse. Et il était accablé. »

12:86-87 : « Il dit : “Je ne me plains qu’à Allah de mon angoisse et de mon chagrin. Et je sais d’Allah ce que vous ne savez pas. Ô mes fils, partez et enquêtez-vous de Yusuf et de son frère. Et ne désespérez pas de la miséricorde d’Allah. Ce sont seulement les gens mécréants qui désespèrent de la miséricorde d’Allah.” »

12:89-90 : « Ils dirent : “Est-ce toi Yusuf ?” Il dit : “Je suis Yusuf et voici mon frère. Allah nous a favorisés. Quiconque craint Allah et patiente… car Allah ne fait pas perdre la récompense des bienfaisants.” Ils dirent : “Par Allah ! Allah t’a préféré à nous, et nous avons été fautifs.” »

12:92 : « Il dit : “Pas de reproche à vous aujourd’hui ! Qu’Allah vous pardonne. C’est Lui le plus Miséricordieux des miséricordieux.” »

12:93 : « “Emportez ma tunique que voici et posez-la sur le visage de mon père : il recouvrera la vue. Et amenez-moi toute votre famille.” »

12:96 : « Et dès que le porteur de bonne nouvelle arriva, il la posa sur son visage et celui-ci recouvra la vue. »

12:99-100 : « Et quand ils entrèrent auprès de Yusuf, celui-ci prit ses père et mère auprès de lui et dit : “Entrez en Égypte, en toute sécurité, si Allah le veut !” Et il éleva ses parents sur le trône, et tous tombèrent devant lui prosternés. Et il dit : “Ô mon père, voilà l’interprétation de mon rêve de jadis. Allah l’a réalisé.” »

12:101 : « “Ô mon Seigneur, Tu m’as donné du pouvoir et Tu m’as enseigné l’interprétation des rêves. Créateur des cieux et de la terre, Tu es mon protecteur ici-bas et dans l’au-delà. Fais-moi mourir en état de soumission et fais-moi rejoindre les vertueux.” »

Tafsir consulté :

  • [x] Ibn Kathir
  • [ ] At-Tabari
  • [ ] Al-Qurtubi
  • [ ] Autre : _______________

Notes du tafsir :

Ibn Kathir considère ce passage comme le dénouement parfait de l’histoire, démontrant que la patience et la confiance en Allah mènent toujours à une bonne fin.

Points clés :

  1. Le chagrin de Ya’qub (v.83-84) : Ya’qub réagit à la perte de Benjamin comme il avait réagi à celle de Yusuf : « Patience ! » (sabrun jamîl — une belle patience). Mais cette fois, la douleur fut si intense que « ses yeux blanchirent de tristesse » — il perdit la vue à force de pleurer. Ibn Kathir explique que le blanchissement des yeux est causé par des larmes excessives. Malgré sa douleur, Ya’qub dit : « Il se peut qu’Allah me les ramène tous les deux » — montrant qu’il n’avait jamais perdu espoir.

  2. La plainte à Allah seul (v.86) : « Je ne me plains qu’à Allah » — Ya’qub عليه السلام ne se plaignait pas aux gens mais directement à son Seigneur. Ibn Kathir y voit le modèle de l’adab (bienséance) avec Allah dans l’épreuve : pleurer est permis, se plaindre à Allah est une forme d’adoration, mais se lamenter devant les gens en accusant le destin est interdit.

  3. Ne pas désespérer (v.87) : « Ne désespérez pas de la miséricorde d’Allah. Ce sont seulement les mécréants qui désespèrent. » Ce verset est un principe fondamental : le désespoir de la miséricorde divine est assimilé à la mécréance, car il implique de nier la capacité d’Allah à changer la situation. Ibn Kathir souligne que Ya’qub attendait depuis des décennies, et pourtant il maintenait son espoir intact.

  4. La révélation et le pardon (v.89-92) : Les frères, revenus en Égypte dans un état misérable, supplièrent le ministre. Yusuf se révéla : « Je suis Yusuf et voici mon frère. » Leur réaction fut immédiate : « Par Allah, Allah t’a préféré à nous, et nous avons été fautifs. » Et la réponse de Yusuf est un sommet de noblesse : « Pas de reproche à vous aujourd’hui ! » (lâ tathrîba 'alaykum al-yawm). Il pardonna complètement et invoqua Allah pour leur pardon. Le Prophète Muhammad ﷺ prononça les mêmes mots le jour de la conquête de La Mecque face aux Quraysh qui l’avaient persécuté pendant 20 ans (Sirah d’Ibn Hisham).

  5. La tunique miraculeuse (v.93-96) : Yusuf envoya sa tunique à son père avec l’ordre de la poser sur son visage. La caravane n’était pas encore arrivée que Ya’qub perçut l’odeur de Yusuf. Quand la tunique fut posée sur ses yeux, il recouvra la vue miraculeusement. Ibn Kathir note le retour symbolique de la tunique : souillée de faux sang par les frères (v.18), elle devient maintenant instrument de guérison. Les frères reconnurent : « Tu es certes dans ton ancien égarement » — mais Ya’qub répondit : « Je savais d’Allah ce que vous ne saviez pas. »

  6. La réalisation du rêve (v.99-100) : Toute la famille entra en Égypte. Yusuf éleva ses parents sur le trône et tous — père, mère (ou tante maternelle) et onze frères — se prosternèrent devant lui. C’est l’accomplissement exact du rêve d’enfance (v.4) : onze étoiles, le soleil et la lune prosternés. Ibn Kathir note que cette prosternation était un salut d’honneur permis dans les législations antérieures, mais interdit en Islam où la prosternation n’est due qu’à Allah seul.

  7. L’invocation de Yusuf (v.101) : Sa dernière parole dans la sourate est une invocation magnifique : « Tu m’as donné du pouvoir et l’interprétation des rêves. Créateur des cieux et de la terre, Tu es mon protecteur ici-bas et dans l’au-delà. Fais-moi mourir en état de soumission (musliman) et fais-moi rejoindre les vertueux. » Ibn Kathir souligne que même au sommet du pouvoir et de la félicité, Yusuf ne demanda qu’une chose : mourir en musulman. C’est le modèle de la vraie réussite : le pouvoir terrestre n’est rien sans la soumission à Allah.

Date de vérification : 2026-02-21


Dernière mise à jour : 2026-02-21

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